Dérèglement climatique et tempêtes extrêmes : pourquoi les phares demeurent essentiels en mer

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Sur l’horizon marin, leur lumière perce encore l’obscurité. Bien loin d’être de simples monuments historiques, les phares continuent de veiller sur les routes maritimes, témoins de l’ingéniosité humaine autant qu’aides à la navigation essentielle. À l’heure où chaque embarcation peut se repérer grâce à une puce électronique, comment expliquer que ces sentinelles de pierre et de métal demeurent encore en service, parfois après plusieurs siècles d’activité ?

Sur l’horizon marin, leur lumière perce encore l’obscurité. Bien loin d’être de simples monuments historiques, les phares continuent de veiller sur les routes maritimes, témoins de l’ingéniosité humaine autant qu’aides à la navigation essentielle. À l’heure où chaque embarcation peut se repérer grâce à une puce électronique, comment expliquer que ces sentinelles de pierre et de métal demeurent encore en service, parfois après plusieurs siècles d’activité ?
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Un héritage millénaire qui éclaire encore aujourd’hui

Le mot « phare » lui-même nous renvoie à l’Antiquité. Il dérive du grec Pháros, l’île au large d’Alexandrie où s’élevait l’une des sept merveilles du monde antique : le grand phare d’Alexandrie, construit vers 280 avant J-C. et culminant à près de 100 m de hauteur, dont la lumière pouvait être vue à des dizaines de kilomètres. Cette prouesse architecturale n’a plus survécu aux séismes du Moyen Âge, mais son nom et sa fonction ont traversé les siècles. 
À l’origine, ces tours lumineuses permettaient aux marins d’éviter les récifs, d’identifier les côtes et d’anticiper l’entrée des ports, une fonction critique bien avant les instruments électroniques. Aujourd’hui encore, les phares font partie intégrante du système de signalisation maritime, signalant à la fois les obstacles, la présence de terre et la proximité des routes navigables.

 

GPS : indispensable mais jamais exclusif

L’avènement du GPS a profondément transformé la navigation maritime en offrant une précision sans précédent. Pourtant, comme dans toute technologie, le GPS n’est pas infaillible : il dépend d’un signal satellite qui peut être perturbé par des conditions atmosphériques sévères, des brouillages ou des pannes électroniques. Dans ces cas-là, rien ne remplace un repère visuel réel visible à l’œil nu.  Les phares ne sont donc pas juste des reliques du passé : ils servent de filets de sécurité essentiels, confirmant visuellement des positions ou des routes, ou signalant des dangers que les instruments n’ont pas détectés. Ils restent aussi utilisables par toutes les embarcations, même celles qui ne sont pas équipées des systèmes les plus modernes.

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Sécurité et redondance : une règle d’or

En mer, la redondance n’est pas un luxe, c’est une règle fondamentale. Les phares ne concurrencent pas le GPS, ils le complètent. Ils constituent ce filet de sécurité indispensable lorsque l’électronique montre ses limites, qu’il s’agisse d’une panne, d’un brouillage de signal ou de conditions météorologiques dégradées. Face à l’estuaire mouvant de la Gironde, le Phare de Cordouan continue ainsi de matérialiser physiquement une entrée délicate, là où les cartes numériques ne remplacent pas la perception directe du danger. Le long des côtes galiciennes, la Tour de Hércules éclaire toujours une zone exposée aux vents et aux houles atlantiques, rappelant que même à l’ère du satellite, un repère lumineux fixe conserve toute sa valeur stratégique.
Aujourd’hui, radar, AIS, ECDIS et systèmes d’identification automatique équipent la majorité des navires. Pourtant, aucun de ces instruments ne fournit ce que délivre un phare : une confirmation visuelle immédiate, indépendante de toute interface. À l’approche du littoral rocheux du Maine, le Portland Head Light demeure un point d’appui concret dans une région longtemps marquée par les naufrages. En mer Baltique, le Phare de Kopu poursuit la même mission depuis le XVIᵉ siècle dans une zone de hauts-fonds complexes. Dans ces contextes, le phare n’est pas décoratif : il est une assurance supplémentaire.

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Au-delà de la technique : un symbole rassurant

Mais réduire les phares à leur seule fonction technique serait incomplet. Ils incarnent un lien profond entre l’homme et la mer, une continuité presque charnelle entre les générations de marins. Voir surgir la silhouette de la Lanterna de Genes en entrant en Méditerranée, ou distinguer la lumière de Cordouan après des heures de navigation, procure un sentiment que ne donnera jamais un écran : celui d’un repère tangible, stable, inscrit dans le paysage. Beaucoup de ces structures sont désormais automatisées et intégrées aux dispositifs modernes, parfois équipées de balises radio ou de systèmes AIS, preuve que tradition et innovation ne s’opposent pas mais cohabitent. Leur présence rassure parce qu’elle est physique, visible, indépendante. Dans un environnement où l’on sait qu’aucune technologie n’est infaillible, cette lumière persistante reste, encore aujourd’hui, un signal de sécurité universel.


À l’ère numérique, les phares sont plus que jamais des aides à la navigation complémentaires indispensables. Leur présence physique, leur fiabilité dans des conditions extrêmes, et même leur aura historique en font des repères incontournables sur les routes maritimes d’hier et de demain. Alors que la technologie continue de progresser, ces géants lumineux, du plus ancien au plus moderne, restent fidèles à leur rôle premier : éclairer la mer et protéger ceux qui s’y aventurent.

 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.