
De l’ébénisterie à la mécanique
Le chantier du Tanet a été repris en 2013 par deux passionnés de bateaux : Valérie Dadid et Thomas Piel. Après quatre années de navigation (2008 à 2012) sur un voilier de 38 pieds autour de l’Atlantique et des îles antillaises, ils ont décidé de reprendre le chantier.
Ce dernier a été fondé il y a une cinquantaine d’années par le père de Valérie, et elle y a passé toute sa jeunesse. Le goût du beau, en particulier celui des bateaux traditionnels qui entraient en restauration, lui a donné l’envie d’aller plus loin dans ce domaine. Elle est donc entrée à l’École Boulle à Paris pour obtenir son diplôme d’ébéniste d’art. Ensuite, elle s’est tournée vers la charpenterie de marine en suivant une formation bois et matériaux composites à l’AFPA d’Auray. Elle a participé à différentes restaurations, traditionnelles comme contemporaines, allant de la réalisation de ponts aux aménagements intérieurs, ce qui lui a permis de travailler sur tous types de matériaux.
Son mari Thomas a toujours pratiqué la voile. Pour approfondir sa passion et travailler dans le milieu maritime, il est entré à l’École supérieure de la marine marchande. Après l’obtention de son diplôme d’officier de 1re classe, il a navigué comme second capitaine et second mécanicien. Cette expérience sur divers navires offshore, remorqueurs, bâtiments de servitude et d’assistance aux plateformes pétrolières l’a amené à faire face à de nombreuses situations techniques. Les compétences de Valérie et Thomas sont complémentaires, ce qui leur permet de mener à bien l’ensemble des travaux réalisés au chantier.

Que propose le chantier du Tanet ?
S’il est possible d’y hiverner son bateau, le chantier est avant tout orienté vers la réalisation de travaux. Les prestations proposées couvrent notamment :
- Mécanique : de la réparation à la remotorisation.
- Électricité : pose de nouveaux équipements, mise aux normes et réparations.
- Composite : réparation et fabrication d’éléments.
- Peinture : peinture complète d’une coque ou d’un pont.
- Bois : de la réparation à la construction, en passant par les aménagements.
- Coques : réparations structurelles tous matériaux.
- Aménagements : personnalisation intérieure.
- Accastillage : du gréement à la pose d’équipements spécifiques, comme des portiques destinés à recevoir antennes, panneaux solaires ou éoliennes.

Comment se rendre au chantier ?
Par la mer :
Le chantier se situe sur la rive gauche de l’estuaire, à environ 2 milles du barrage de la Rance, après la pointe de Garel (face à Saint-Suliac). Il convient de bien suivre le balisage. Avant de rejoindre le chantier, qui dispose de bouées d’attente, il est conseillé de prendre rendez-vous par téléphone (02 99 88 57 70).
Par la route :
En venant de Plouër-sur-Rance, prendre la direction du Minihic-sur-Rance ; après le village de La Bénatais, tourner à droite au niveau d’une petite chapelle du XIIe siècle.
En venant de La Richardais, prendre la direction de Plouër jusqu’à la petite chapelle, puis tourner à gauche.
10 questions à Valérie Dadid et Thomas Piel, propriétaires du chantier du Tanet
Figaro Nautisme : Avec vos engins de manutention, quelles unités pouvez-vous sortir ?
Nous sortons habituellement des bateaux jusqu’à 42 pieds, pour environ 4 mètres de large et 2 mètres de tirant d’eau. Au-delà de ces dimensions, cela se fait au cas par cas.
Figaro Nautisme : Quelles sont les recommandations pour rejoindre le chantier : tirant d’eau, hauteur d’eau, etc. ?
Pas de recommandation particulière. La marée est évidemment à prendre en compte, mais elle ne pose pas de problème particulier. Nous convenons simplement d’un rendez-vous aux horaires adaptés.
Figaro Nautisme : Êtes-vous spécialisés dans une marque de moteur inboard ou hors-bord ?
Nous sommes agents NANNI, l’un des leaders mondiaux de la motorisation marine, et avons déjà installé une vingtaine de moteurs de la marque depuis 2020. Nous disposons également d’un stock important de pièces détachées d’origine NANNI. Nous effectuons bien entendu les réparations et l’entretien des moteurs de toutes marques, et stockons les pièces courantes des grandes marques.

Figaro Nautisme : Vous arrive-t-il de faire appel à des sous-traitants ?
L’un de nos atouts est la complémentarité ; nous ne sous-traitons donc que rarement. Cela peut concerner la voilerie, la sellerie ou certains travaux de chaudronnerie. Pour le reste, nous sommes autonomes.
Figaro Nautisme : Avez-vous plus de demandes de travaux sur les bateaux traditionnels en bois que sur les bateaux en polyester ?
Évidemment, davantage sur les bateaux en polyester. Néanmoins, en termes de temps passé, la question se pose : la restauration d’un bateau en bois peut être très chronophage.
Figaro Nautisme : La mécanique a-t-elle une place importante ?
Très importante, oui. Nous sommes passionnés par les voiliers, mais sans une mécanique fiable et de confiance, on ne va pas bien loin. De plus, mon passé d’officier mécanicien me permet d’entretenir un lien privilégié avec les systèmes mécaniques en général.
Figaro Nautisme : Des plaisanciers, avant l’achat d’un bateau nécessitant des travaux, font-ils appel à vous pour évaluer les coûts et définir l’intérêt du projet ?
Cela peut arriver. Il est alors nécessaire d’établir une relation de confiance. Nous n’avons pas vocation à établir des devis dans le seul but de négocier une vente. Si nous réalisons un diagnostic et un préchiffrage, c’est que nous pensons que le bateau en vaut la peine… et le client aussi. Pour connaître la valeur d’un bateau, il faut faire appel à un broker ; nous ne suivons pas précisément le marché.
Figaro Nautisme : On vous demande sûrement la pose d’électronique. Conseillez-vous des marques ?
Je n’ai pas d’exclusivité avec une marque en particulier. Cela dépend des attentes du client et de son budget. Toutefois, pour ce qui concerne la navigation, nous travaillons essentiellement avec Raymarine. Nous sommes installateurs agréés.

Figaro Nautisme : Envisagez-vous des travaux de rénovation ou d’agrandissement à court terme ?
C’est la prochaine grande étape de notre parcours. Refaire des hangars modernes, confortables et ergonomiques est désormais notre priorité. C’est un défi, à la fois financier et administratif. Exploiter un chantier les pieds dans l’eau comporte son lot de contraintes : nous sommes soumis à une réglementation très stricte du fait de notre proximité avec le littoral et les bâtiments historiques environnants.
Figaro Nautisme : Pour vous, quels sont les travaux les plus urgents à effectuer sur le chantier ?
Comme évoqué précédemment, je porte aujourd’hui mon attention sur les ateliers. Le chantier s’est développé au fil des années ; il serait temps d’apporter une cohérence architecturale et davantage d’ergonomie. Un peu plus de confort pour l’équipe serait évidemment appréciable.
À l’heure où les bateaux de tradition retrouvent une place de choix dans les ports et les rassemblements maritimes, le chantier du Tanet s’inscrit dans une démarche exigeante, fondée sur la maîtrise technique et la transmission d’un savoir-faire. Entre ébénisterie d’art, charpenterie de marine et mécanique, Valérie Dadid et Thomas Piel défendent une vision engagée : celle d’un patrimoine nautique qui mérite d’être entretenu avec rigueur et conviction.
vous recommande