Bateau connecté : comment bien gérer sa cybersécurité ?

Equipements
Par Mark Bernie

Le bord n’a jamais été aussi connecté. Routeur, caméras, objets intelligents, tablettes de navigation, stockage en ligne, météo en temps réel… Cette révolution numérique a transformé et surtout simplifié la croisière. Mais elle a aussi importé en mer des risques longtemps réservés aux entreprises et aux administrations. Faut-il désormais penser la cybersécurité comme un élément de sécurité à part entière, au même titre que le radeau ou l’AIS ?

Le bord n’a jamais été aussi connecté. Routeur, caméras, objets intelligents, tablettes de navigation, stockage en ligne, météo en temps réel… Cette révolution numérique a transformé et surtout simplifié la croisière. Mais elle a aussi importé en mer des risques longtemps réservés aux entreprises et aux administrations. Faut-il désormais penser la cybersécurité comme un élément de sécurité à part entière, au même titre que le radeau ou l’AIS ?

Cybersécurité à bord : Wi-Fi, caméras, IoT, applis de navigation… la nouvelle discipline des marins connectés

Il y a encore une quinzaine d’années, la question numérique à bord se résumait souvent à un ordinateur portable et, pour les plus équipés, à un logiciel de cartographie. Aujourd’hui, même un voilier de croisière familiale embarque un véritable écosystème numérique : routeur 4G ou satellite, réseau Wi-Fi interne, caméras de surveillance, capteurs connectés pour les batteries ou les fonds, tablettes dédiées à la navigation, smartphones, montres intelligentes, stockage en ligne, sans oublier les applications météo et de routage.

Le bateau moderne est devenu un petit réseau informatique flottant.

Or, un réseau informatique mal protégé n’est pas seulement une source d’inconfort. Il peut devenir une vulnérabilité. Pas nécessairement à cause d’un pirate sophistiqué visant un plaisancier isolé, mais en raison d’erreurs simples, répétées, prévisibles. Ce sont ces failles ordinaires qui posent aujourd’hui le plus grand risque.

Le fantasme du hacker contre la réalité des “piratages bêtes”

Dans l’imaginaire collectif, le piratage ressemble à une scène de film : écrans qui clignotent, prise de contrôle à distance, sabotage spectaculaire. La réalité est beaucoup plus prosaïque.

Dans le transport maritime au sens large, les rapports récents sur les menaces numériques montrent que la majorité des incidents proviennent d’attaques opportunistes, automatisées, visant des systèmes mal configurés, des mots de passe faibles ou des machines non mises à jour. La plaisance n’est pas isolée de cet environnement.

À l’échelle d’un voilier, les scénarios sont souvent simples.

Un routeur installé avec son identifiant d’origine, jamais modifié.
Une caméra connectée accessible depuis l’extérieur avec un mot de passe par défaut.
Un même mot de passe utilisé pour la messagerie, une application de navigation et un espace de stockage en ligne.
Une tablette de cartographie jamais mise à jour par crainte de “casser quelque chose”.

Ces erreurs ne relèvent pas d’une incompétence. Elles relèvent du quotidien. On installe, on navigue, on reporte. Jusqu’au jour où un accès est compromis, où des données sont accessibles, ou où des documents administratifs disparaissent.

La cybersécurité à bord commence donc par une vérité simple : la menace la plus probable est celle que l’on facilite soi-même.

Quand le numérique touche directement la navigation

Au-delà des données personnelles, la question devient plus sensible lorsqu’elle concerne la navigation.

Les phénomènes de brouillage et de falsification des signaux GNSS, largement documentés dans certaines zones du globe, rappellent que la position affichée sur un écran n’est pas une vérité absolue. Sans sombrer dans l’alarmisme, ces événements montrent que la chaîne numérique peut être perturbée, volontairement ou non.

Pour un plaisancier, la conséquence n’est pas de renoncer à l’électronique. Elle est de conserver une culture du recoupement. Vérifier la cohérence entre la route fond, le cap compas, l’estime, le balisage visuel, la profondeur. Multiplier les sources d’information. Disposer, si possible, d’un second support indépendant.

La cybersécurité rejoint ici une tradition maritime ancienne : ne jamais dépendre d’une seule source.

Le réseau du bord : cloisonner plutôt que compliquer

La plupart des voiliers connectés fonctionnent aujourd’hui autour d’un routeur central distribuant le Wi-Fi à tout le bord. Ordinateur personnel, tablette de navigation, caméras, téléphones des invités, parfois même équipements techniques, partagent le même réseau.

C’est confortable. C’est aussi une faiblesse.

Une règle simple améliore fortement la situation : séparer les usages. Mettre en place un réseau invité distinct pour les passagers et les appareils non essentiels. Isoler, autant que possible, les équipements de navigation et l’ordinateur principal contenant documents et données sensibles.

Cette logique de cloisonnement est classique dans les systèmes professionnels. Elle limite la propagation d’un incident. À bord, elle peut faire la différence entre un appareil infecté et un réseau entier compromis.

Les mots de passe : la pièce maîtresse

On sous-estime encore l’importance de la gestion des mots de passe. Pourtant, c’est la mesure la plus efficace et la moins coûteuse.

Chaque service doit disposer d’un mot de passe unique et robuste. L’activation de la double authentification, lorsqu’elle est proposée, constitue un rempart supplémentaire très efficace contre l’usurpation de compte.

Un gestionnaire de mots de passe permet d’éviter la tentation du recyclage. Ce n’est pas un gadget technophile, c’est un outil d’hygiène numérique.

À bord, où l’on manipule des copies de passeports, des attestations d’assurance, des contrats de location ou des documents bancaires, la protection des comptes devient un enjeu très concret.

Les mises à jour : un entretien comme un autre

Beaucoup d’équipages hésitent encore à effectuer des mises à jour par crainte d’introduire une instabilité dans un système qui fonctionne parfaitement. Cette prudence est compréhensible, surtout lorsque l’équipement sert à naviguer.

Pourtant, les mises à jour corrigent aussi des vulnérabilités connues. Reporter indéfiniment revient à laisser ouvertes des failles identifiées.

La solution n’est surtout pas de mettre à jour ses outils numériques par mer agitée ou au moment d’une approche délicate. Elle consiste à intégrer les mises à jour dans une routine d’entretien planifiée, au mouillage ou au port, avec une vérification préalable et toujours précédé d’une sauvegarde.

Comme pour un moteur ou un gréement, l’anticipation réduit le risque.

Sauvegardes : penser panne, vol et infection

Une sauvegarde efficace doit répondre à trois scénarios : la panne matérielle, le vol et l’attaque par logiciel malveillant.

Conserver une copie hors ligne, déconnectée du réseau, reste une pratique prudente. De nombreux incidents numériques deviennent critiques non pas parce qu’un appareil est compromis, mais parce qu’aucune copie indépendante des données n’existe.

Pour un navigateur au long cours, perdre ses documents administratifs numérisés, ses relevés ou ses plans de route peut compliquer considérablement une situation déjà délicate. La règle doit toujours être : « si vous n’avez pas de sauvegarde sur système séparé, c’est que vous acceptez de perdre ces données » !

La dimension humaine : partager la connaissance

Enfin, la cybersécurité à bord n’est pas uniquement technique. Elle est organisationnelle.

Qui connaît les accès administrateur du routeur ?
Où sont stockées les sauvegardes ?
Qui peut restaurer un système en cas de problème ?

Concentrer toute cette connaissance sur une seule personne crée une fragilité. Comme pour la veille ou les manœuvres, une transmission minimale est nécessaire.

Faut-il une “nouvelle sécurité” ?

Oui, si l’on entend par là une nouvelle discipline. Non, si l’on cherche une solution miracle.

Le bateau connecté impose une hygiène numérique, au même titre qu’une hygiène mécanique ou sanitaire. Elle repose sur des principes simples : mots de passe uniques, double authentification, cloisonnement du réseau, mises à jour planifiées, sauvegardes hors ligne, recoupement des informations de navigation.

Il ne s’agit pas d’angoisser le plaisancier. Il s’agit de reconnaître que la connectivité a changé la nature du risque. Les incidents spectaculaires restent rares. Les erreurs ordinaires, elles, sont fréquentes.

À mesure que la plaisance adopte des technologies autrefois réservées aux navires professionnels, elle doit aussi adopter une part de leur rigueur.

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.