Les rémoras, ces passagers clandestins des océans

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Dans l’imaginaire collectif, ils ont souvent le mauvais rôle. Accrochés au ventre d’un requin, glissant sous une tortue marine ou voyageant dans le sillage d’une raie manta, les rémoras évoquent volontiers le parasite opportuniste, le suiveur sans mérite, le passager clandestin des mers chaudes. Et pourtant, ces poissons discrets sont bien plus fascinants que leur réputation ne le laisse croire.

Dans l’imaginaire collectif, ils ont souvent le mauvais rôle. Accrochés au ventre d’un requin, glissant sous une tortue marine ou voyageant dans le sillage d’une raie manta, les rémoras évoquent volontiers le parasite opportuniste, le suiveur sans mérite, le passager clandestin des mers chaudes. Et pourtant, ces poissons discrets sont bien plus fascinants que leur réputation ne le laisse croire.
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Car le rémora n’est pas un simple squatteur des océans. C’est un spécialiste. Un virtuose de l’adhérence. Un animal parfaitement adapté à une vie mobile, suspendue entre autonomie et dépendance, dans un monde marin où survivre exige souvent de savoir s’attacher… au bon partenaire. Le premier détail qui frappe chez le rémora, c’est bien sûr cette étonnante « ventouse » installée sur le dessus de sa tête. En réalité, il ne s’agit pas d’une simple surface collante, mais d’un disque ovale formé à partir d’une nageoire dorsale transformée au fil de l’évolution. Grâce à ce dispositif, le rémora peut se fixer à d’autres animaux marins avec une efficacité remarquable. Requins, dauphins, tortues, baleines, raies mantas : les grands voyageurs des mers deviennent pour lui autant de taxis vivants. Une fois agrippé, le rémora économise une énergie précieuse. Plus besoin de nager en permanence sur de longues distances : il se laisse transporter. Un privilège qui, dans l’immensité océanique, vaut de l’or.
Mais cette relation n’a rien d’un simple acte de paresse. Elle relève d’une stratégie fine, patiemment façonnée par la sélection naturelle.

 

Ni héros, ni parasite absolu
Le rémora souffre d’une image tenace : celle d’un parasite profitant sans vergogne de son hôte. La réalité est plus nuancée. Certes, il se nourrit souvent des restes de repas de l’animal auquel il s’accroche, voire de petits organismes présents à proximité de son corps. Il bénéficie donc clairement de l’association. Mais dans certains cas, sa présence peut aussi rendre service. En consommant des débris, des parasites externes ou des fragments de peau morte, il participe parfois à une forme de nettoyage. Le lien entre le rémora et son hôte se situe ainsi dans une zone grise du vivant : ni coopération franche, ni exploitation totale. Une cohabitation pragmatique, en somme, où chacun tire plus ou moins son compte de l’autre.

 

Une vie dans le mouvement des géants
S’accrocher à plus gros que soi n’est pas seulement une question de transport ou de nourriture. C’est aussi un moyen de traverser des espaces immenses, d’accéder à des zones riches en ressources et, parfois, de réduire les risques face à certains prédateurs. En se tenant au contact d’un animal imposant, le rémora bénéficie d’une protection indirecte.
Ce mode de vie fait de lui un témoin discret des grandes migrations marines. Là où passent les requins et les cétacés, les rémoras suivent. Ils vivent dans leur ombre, épousent leur rythme, partagent leurs trajets sans jamais vraiment appartenir à leur monde. Ce sont les accompagnateurs silencieux des géants. Il y a dans cette existence une forme d’élégance fonctionnelle : ne pas dominer, ne pas lutter de front, mais tirer parti du mouvement des autres.

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Un champion de l’adaptation
Ce qui rend le rémora si captivant, au fond, c’est la singularité de sa solution évolutive. Là où d’autres espèces ont développé la vitesse, le camouflage ou l’armure, lui a misé sur l’attachement. Sa célèbre ventouse n’est pas une curiosité anecdotique : c’est un outil de survie d’une redoutable intelligence biologique. Et comme souvent dans le règne animal, ce qui paraît étrange au premier regard se révèle, à y regarder de plus près, d’une logique implacable. Le rémora n’a pas choisi la force. Il a choisi la ruse, l’économie, l’opportunité. Il ne règne pas sur l’océan, mais il en a compris une règle essentielle : pour aller loin, mieux vaut parfois voyager avec plus grand que soi.

 

Une petite leçon venue du large
Le rémora n’a ni la puissance du requin, ni la grâce de la manta, ni le prestige de la baleine. Il ne suscite pas l’admiration spontanée. Et pourtant, il raconte quelque chose de précieux sur la vie marine : l’évolution ne récompense pas seulement les plus forts ou les plus rapides, mais aussi les plus ingénieux.
À sa manière, ce poisson à l’allure modeste rappelle que la nature déborde d’alliances subtiles, de compromis inattendus et de stratégies discrètes. Le rémora ne fait pas de bruit. Il ne chasse pas les projecteurs. Il s’accroche, il observe, il avance. Et dans le grand théâtre des océans, il a trouvé sa place.

 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.