Espèces invasives marines : ces animaux et algues qui bouleversent la biodiversité sur les côtes françaises

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Sur les plages, dans les rades, au fond des étangs méditerranéens ou le long des quais atlantiques, une transformation discrète mais profonde est en cours. Les scientifiques ont déjà recensé plus de 325 espèces non indigènes sur les côtes françaises. Certaines s’installent sans provoquer de bouleversement visible. D’autres, en revanche, modifient les équilibres écologiques, concurrencent les espèces locales et fragilisent des activités économiques déjà sous tension. Derrière cette progression, un même phénomène : celui des invasions biologiques marines.

Sur les plages, dans les rades, au fond des étangs méditerranéens ou le long des quais atlantiques, une transformation discrète mais profonde est en cours. Les scientifiques ont déjà recensé plus de 325 espèces non indigènes sur les côtes françaises. Certaines s’installent sans provoquer de bouleversement visible. D’autres, en revanche, modifient les équilibres écologiques, concurrencent les espèces locales et fragilisent des activités économiques déjà sous tension. Derrière cette progression, un même phénomène : celui des invasions biologiques marines.
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Une mondialisation du vivant sous la surface

Le scénario est désormais bien connu. Une espèce originaire d’une autre région du monde traverse les océans, transportée involontairement dans les eaux de ballast d’un navire de commerce, fixée sur une coque ou introduite via des activités humaines comme l’aquaculture. Une fois arrivée sur nos côtes, elle découvre parfois un environnement favorable, sans prédateur naturel, sans parasite régulateur et avec peu de concurrence directe. Les conditions sont alors réunies pour qu’elle s’installe, se reproduise et, dans certains cas, prolifère. La France métropolitaine, avec ses 5 853 km de littoral ouverts sur la Manche, l’Atlantique et la Méditerranée, se trouve particulièrement exposée. Depuis 1983, chaque département littoral métropolitain a en moyenne vu apparaître 10 espèces exotiques envahissantes par décennie. Et cette dynamique s’accélère. Le réchauffement climatique joue ici un rôle majeur, en rendant nos eaux plus accueillantes pour des espèces jusque-là limitées à des latitudes plus chaudes. Le constat est suffisamment sérieux pour que les espèces exotiques envahissantes soient aujourd’hui considérées comme la 5e cause mondiale d’érosion de la biodiversité. Comme le rappelle le ministère de la Transition écologique dans ses Chiffres clés de la mer 2024, les espèces introduites par l’homme dans les milieux naturels peuvent porter atteinte à la biodiversité, à la santé et à l’économie.

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Les espèces les plus emblématiques de cette recomposition

Parmi les espèces qui illustrent le mieux cette reconfiguration de la vie marine sur les côtes françaises, la crépidule occupe une place à part. Originaire de la côte est des États-Unis, ce coquillage a été introduit involontairement avec les huîtres américaines au début du XXe siècle. Son expansion a été particulièrement marquée dans certaines zones comme le golfe de Saint Malo, où ses bancs très denses finissent par modifier les fonds marins et gêner le développement d’espèces locales comme les praires ou les coquilles Saint Jacques. Sa capacité de reproduction, de 3 à 4 fois par an, en fait une conquérante redoutable.
Le crabe bleu, Callinectes sapidus, est un autre symbole de cette progression. Originaire de l’Atlantique ouest, il a été signalé en Corse dès 2014, avant de devenir l’une des espèces les plus préoccupantes pour les pêcheurs méditerranéens. Son impact n’est pas seulement écologique. Il est aussi économique. Dans l’étang de Canet, en 2022, 5 pêcheurs ont remonté à eux seuls 14 tonnes de crabes bleus dans leurs filets, souvent déchirés ou rendus inutilisables par l’abondance et la puissance de l’animal.
Autre cas célèbre, celui de la Caulerpa taxifolia, longtemps surnommée la « tueuse ». Cette algue tropicale, introduite en Méditerranée dans les années 1980, possiblement via le musée océanographique de Monaco, a colonisé des milliers d’hectares de fonds sous-marins. Sa progression a souvent été associée à un étouffement progressif des herbiers de posidonie, écosystèmes pourtant essentiels à la biodiversité méditerranéenne. Le wakamé, Undaria pinnatifida, montre quant à lui que toutes les invasions ne prennent pas la forme d’une crise spectaculaire, mais qu’elles n’en restent pas moins structurantes. Cette grande algue brune venue du Japon, de Corée et de Chine aurait voyagé jusqu’aux côtes françaises dans les années 1970, probablement fixée à des huîtres japonaises importées pour l’aquaculture. On la retrouve aujourd’hui dans de nombreux ports bretons et atlantiques, où elle s’est durablement installée.

 

Le crabe bleu, un cas d’école en Méditerranée

S’il fallait retenir un exemple pour comprendre concrètement le mécanisme d’une invasion marine, ce serait sans doute celui du crabe bleu. Sa présence en France n’est pas totalement nouvelle. Des individus isolés avaient déjà été observés dès 1962. Mais pendant longtemps, ces signalements sont restés marginaux. Puis la situation a changé. À partir des années 2000, l’élévation des températures de surface a rendu certaines zones méditerranéennes beaucoup plus favorables à sa reproduction et à son installation durable.
Le phénomène est d’autant plus frappant que certaines aires marines protégées, conçues pour préserver la biodiversité, ont pu offrir à cette espèce invasive des espaces propices à sa prolifération. Le paradoxe est cruel : des zones de quiétude créées pour protéger le vivant ont parfois aussi servi de refuge à un prédateur opportuniste et agressif. Pour les pêcheurs, les conséquences ont été immédiates. L’un d’eux, Jean Claude, à Canet Saint Nazaire, résumait ainsi la violence du phénomène : en 2022, avec ses collègues, il avait remonté 14 tonnes de crabes bleus, au point de mettre en péril l’activité.

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Comment ces espèces arrivent-elles jusqu’à nous ?

Les biologistes distinguent généralement 2 grandes voies d’introduction. La première est involontaire. Les navires transportent d’immenses volumes d’eau de ballast d’un port à l’autre. Cette eau, pompée dans une région du monde puis rejetée ailleurs, contient parfois des larves, des micro-organismes ou de jeunes individus capables de survivre au voyage. Les coques des bateaux jouent elles aussi un rôle important, en transportant algues, coquillages ou petits invertébrés fixés sur leur surface. La seconde voie est liée aux introductions intentionnelles, notamment dans le cadre de l’aquaculture. L’exemple des huîtres creuses japonaises est souvent cité. Importées massivement dans les années 1970 pour relancer une filière ostréicole en crise, elles n’ont pas voyagé seules. Elles ont pu transporter avec elles toute une série d’organismes associés. Dans ce contexte, le changement climatique agit comme un multiplicateur. Des espèces qui n’auraient autrefois pas supporté les conditions de nos côtes peuvent désormais s’y maintenir, voire s’y développer rapidement.

 

Toutes les espèces venues d’ailleurs ne deviennent pas invasives

Il faut néanmoins éviter les raccourcis. Une espèce non indigène n’est pas automatiquement une espèce envahissante. Les scientifiques insistent sur cette nuance essentielle. Dès les années 1990, les travaux de Williamson et Fitter suggéraient qu’environ 10 % des espèces transportées parviennent réellement à s’installer localement, et que seulement 10 % de celles-ci deviennent ensuite problématiques. Cela signifie qu’une faible part des espèces introduites finit par provoquer des déséquilibres majeurs.
L’histoire écologique montre même que certaines espèces introduites depuis longtemps sont aujourd’hui perçues comme faisant partie du paysage naturel. C’est le cas de Mya arenaria, une palourde américaine arrivée en Europe au XIIIe siècle, peut-être avec les Vikings. Après plusieurs siècles de présence, elle est désormais intégrée au patrimoine naturel de certaines zones littorales. La chercheuse Frédérique Viard, spécialiste des invasions biologiques marines au CNRS, rappelle d’ailleurs qu’il faut distinguer soigneusement les relations entre espèces et les relations entre populations d’une même espèce, tant les dynamiques écologiques peuvent être complexes.

 

Une lutte souvent limitée, mais pas vaine

Face à une espèce marine invasive déjà bien installée, l’éradication totale relève presque toujours de l’illusion. En milieu marin, la dispersion est telle qu’il est extrêmement difficile de revenir en arrière. Les réponses consistent donc le plus souvent à contenir, surveiller, limiter ou gérer. Pour certaines algues, l’arrachage manuel peut être tenté. D’autres méthodes reposent sur des traitements chimiques, souvent très discutés en raison de leurs effets collatéraux. Dans certains cas, on cherche à valoriser économiquement l’espèce pour en réduire la pression. La pêche intensive du crabe bleu en Méditerranée s’inscrit dans cette logique : transformer un nuisible en ressource. À l’échelle internationale, des instruments existent aussi pour freiner les nouvelles introductions. La convention de l’Organisation maritime internationale sur la gestion des eaux de ballast vise à imposer leur traitement avant rejet. Sur le terrain, la surveillance repose de plus en plus sur des réseaux associant chercheurs, plongeurs, pêcheurs, naturalistes et promeneurs du littoral. Cette vigilance partagée permet de repérer plus rapidement l’apparition d’espèces suspectes et d’intervenir avant qu’une installation durable ne devienne incontrôlable.

Au fond, c’est peut-être là que se joue l’essentiel. Les côtes françaises ne sont pas des décors immobiles. Ce sont des milieux vivants, mobiles, fragiles, traversés en permanence par les effets du commerce mondial, du réchauffement climatique et des activités humaines. Chaque cargaison, chaque traversée, chaque transfert d’espèces peut modifier durablement les équilibres sous-marins. Et cette transformation, parce qu’elle se déroule souvent hors de notre vue, n’en est que plus difficile à percevoir alors même qu’elle redessine déjà, silencieusement, le visage de nos mers.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.