« Smart Boat » : l’IA au service de nos navigations, jusqu’au point de rupture ?

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Vous avez sans doute déjà croisé ces nouveaux navires qui semblent s’amarrer comme par magie, sans un cri sur le pont, ou ces voiliers dont les voiles se règlent par une simple pression sur un écran tactile. Le "Smart Boat", ou bateau intelligent, n’est plus un concept de salon nautique mais une réalité qui transforme radicalement notre manière de pratiquer la mer. Jusqu’où ?

Vous avez sans doute déjà croisé ces nouveaux navires qui semblent s’amarrer comme par magie, sans un cri sur le pont, ou ces voiliers dont les voiles se règlent par une simple pression sur un écran tactile. Le "Smart Boat", ou bateau intelligent, n’est plus un concept de salon nautique mais une réalité qui transforme radicalement notre manière de pratiquer la mer. Jusqu’où ?

Une révolution technologique pour une navigation apaisée

Pendant des décennies, la voile a été synonyme de compétences, d'effort physique et de dextérité manuelle. Aujourd'hui, l'automatisation vient gommer les aspects les plus ingrats de la vie à bord. Les winchs électriques couplés à des capteurs de charge permettent désormais de hisser une grand-voile de plusieurs dizaines de mètres carrés sans la moindre sueur, tandis que les systèmes d’aide à la manœuvre, tels que les joysticks de commande couplés aux propulseurs, rendent les arrivées au port dans un courant de travers presque ludiques.

Cette démocratisation technologique permet à des équipages plus âgés ou moins expérimentés de continuer à naviguer sur des unités de plus en plus grandes. Jean-Marc, lecteur assidu du Figaro Nautisme et plaisancier de 68 ans, navigue désormais en solitaire sur un 45 pieds. Il nous a confié que sans cette gestion centralisée sur tablette, il aurait sans doute dû vendre son bateau il y a trois ans. Il peut désormais tout surveiller depuis son cockpit, de la tension des batteries aux réglages de ses voiles, en passant par le niveau des réservoirs d’eau. Cette "délégation" de la force physique au profit de l'intelligence électronique offre un confort et une sécurité indéniables, mais transformant aussi le skipper en un véritable gestionnaire de systèmes.

Jusqu’où peut-on déléguer la conduite du navire ?

La question n'est plus de savoir si la technologie aide le marin, mais si elle ne finit pas par le remplacer. Avec l'apparition de l'intelligence artificielle embarquée, certains bateaux proposent aujourd'hui des routages automatiques extrêmement précis. En se basant sur les données de METEO CONSULT Marine, ces systèmes calculent en temps réel la route la plus rapide ou la plus confortable, ajustant même l'angle de barre pour optimiser la vitesse de carène.

Toutefois, les experts du nautisme mettent en garde contre une confiance aveugle. Déléguer la veille visuelle – ce qui est totalement interdit et irresponsable - ou l'analyse d'un grain qui arrive à l'horizon à un algorithme présente un risque de déresponsabilisation. Si l'automatisation permet de réduire la fatigue de l'équipage, elle ne doit pas gommer le « sens marin ». Comme le souligne un formateur en école de croisière, le danger est de voir arriver sur le marché des navigateurs capables de piloter un système informatique, mais incapables de sentir que leur bateau force ou qu'une pièce mécanique est sur le point de céder.

L’envers du décor : l’enquête sur les pannes en haute mer

Le revers de cette médaille technologique réside dans la relative fragilité des systèmes. Une enquête récente menée auprès des services de dépannage en mer montre que près de 40 % des demandes d'assistance au large sont désormais liées à des défaillances électroniques plutôt qu'à des avaries de structure. En haute mer, l'humidité saline et les vibrations sont les ennemis jurés des microprocesseurs.

Le scénario du « black-out » total est la hantise du marin moderne. Que faire lorsque la tablette qui centralise toutes les commandes refuse de s'allumer en pleine traversée nocturne ? Les rapports d'accidents soulignent que les pannes de bus NMEA (le réseau informatique du bord) peuvent rendre un bateau totalement aveugle et paralyser jusqu'au pilote automatique. Dans ces conditions, l'automatisation devient un piège si elle n'a pas été doublée par des systèmes redondants et, surtout, par une connaissance approfondie du mode « dégradé ».

Les protocoles de secours : l'indispensable retour à l'analogique

Pour naviguer sereinement sur un Smart Boat, la préparation doit être encore plus rigoureuse que sur un bateau traditionnel. Les skippers les plus avisés adoptent désormais des protocoles de secours stricts. Cela commence par l'installation de circuits électriques indépendants pour les instruments vitaux et la conservation de cartes papier à jour, au cas où l'écran principal viendrait à faillir.

La maîtrise de la météo reste également le dernier rempart du marin. Malgré toutes les aides au routage, savoir interpréter soi-même les fichiers GRIB et les bulletins de météo marine permet de garder un œil critique sur les propositions de l'ordinateur de bord. En cas de panne de système, c'est cette compréhension globale de l'environnement qui permettra de ramener le bateau à bon port. L'expert en électronique marine que nous avons interrogé est catégorique : il ne faut jamais installer un système automatique que l'on ne sait pas débrayer manuellement en moins de trente secondes.

Vers un équilibre entre confort et autonomie

L'automatisation est une avancée formidable qui rend la mer plus accessible et les voyages au long cours moins éprouvants. Elle permet de se concentrer sur le plaisir pur de la navigation et la découverte de nouveaux horizons. Cependant, le Smart Boat ne doit pas être un paquebot de croisière miniature où l'on oublierait les fondamentaux de la vie maritime.

Le bateau idéal est sans doute celui qui utilise la technologie comme un assistant zélé, tout en laissant au marin la décision finale. En fin de compte, la plus belle des intelligences à bord restera toujours celle de l'homme capable de s'adapter aux humeurs de l'océan, aidé par une électronique fiable, mais jamais totalement asservi à elle.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.