Ferrari Hypersail : le monocoque à foils qui veut réinventer l’énergie en course au large

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Avec Hypersail, Ferrari quitte symboliquement l’asphalte pour se confronter aux océans. Le constructeur italien dévoile un concept énergétique ambitieux, pensé pour rendre son futur monocoque à foils entièrement autonome grâce aux énergies produites à bord. Une approche qui mêle performance, innovation et gestion intelligente de l’énergie.

 

Ferrari ne se contente plus de regarder vers la mer. Avec Hypersail, le Cheval Cabré entend transposer son savoir-faire technologique dans un univers radicalement différent de la Formule 1 : celui de la navigation océanique. Présenté depuis Maranello, ce projet repose sur une idée forte : développer un monocoque de course au large capable de fonctionner en autonomie énergétique totale, sans dépendre d’une source externe pendant la navigation.

L’enjeu est considérable. En mer, chaque watt compte. Sur un bateau de course moderne, l’énergie ne sert pas seulement à alimenter l’électronique ou les systèmes de communication. Elle intervient aussi dans le contrôle des appendices, la gestion des voiles, les réglages, les instruments de bord et l’ensemble des systèmes embarqués. Ferrari Hypersail veut donc aller plus loin qu’un simple bateau performant : il veut devenir une plateforme énergétique capable de produire, stocker et redistribuer sa propre puissance.

Un bateau pensé comme un système énergétique complet

Le cœur du projet repose sur une architecture entièrement électrique. L’objectif annoncé est clair : garantir une efficacité maximale tout en assurant l’intégration de toutes les architectures embarquées. Le choix d’une solution 100 % électrique répond à une contrainte majeure de la course au large : maintenir l’autonomie sur de longues traversées, y compris lorsque les conditions deviennent exigeantes. Pour y parvenir, Hypersail mise sur une récupération d’énergie issue de plusieurs sources renouvelables, notamment solaire et éolienne. Cette énergie est ensuite stockée dans des batteries haute tension, chargées de gérer les flux énergétiques du bord et de les redistribuer selon les besoins.

« Hypersail est le premier monocoque à foils destiné à la course au large à atteindre une autonomie énergétique totale », déclare Marco Guglielmo Ribigni, responsable technique de Ferrari Hypersail. « Grâce à un système électrique assurant un équilibre idéal entre efficacité et performance, associé à des solutions innovantes comme le Winch-by-Wire, tous les réglages à bord sont alimentés exclusivement par l’énergie produite pendant la navigation. »

Une déclaration qui résume bien l’ambition du projet : faire de l’énergie non plus une contrainte, mais un véritable levier de performance.

© Ferrari

Le Winch-by-Wire, l’innovation clé sur le pont

L’une des grandes nouveautés mises en avant par Ferrari concerne les manœuvres. Sur un voilier de course, les winchs sont au cœur de l’action : ils permettent de border, choquer, régler les voiles et contrôler des charges parfois énormes. Traditionnellement, ces systèmes reposent sur des transmissions mécaniques ou hydrauliques. Hypersail introduit une autre approche avec le Winch-by-Wire. Le principe : la puissance générée par l’effort musculaire de l’équipage n’est plus transmise directement aux systèmes mécaniques. Elle est convertie en énergie électrique, centralisée, puis redistribuée aux différentes fonctions du plan de voilure.

Sur le papier, cette évolution change profondément la manière de gérer l’effort à bord. Les équipiers chargés du « grinding » peuvent maintenir une cadence de rotation plus régulière, contrairement aux systèmes conventionnels où l’augmentation de la résistance entraîne souvent un effort plus lent et plus éprouvant.

Ferrari met en avant une autre donnée spectaculaire : cette technologie permettrait à un seul membre d’équipage de gérer des charges exceptionnelles pouvant atteindre 9 tonnes, dépassant ainsi les limites des architectures mécaniques ou hydrauliques classiques.

Quand la performance passe par l’efficacité humaine

Ce projet ne parle pas seulement de batteries, de câbles et de puissance électrique. Il s’intéresse aussi à l’humain. En course au large, l’efficacité de l’équipage est un facteur décisif. Fatigue, cadence, répétition des manœuvres, gestion de l’effort : tout peut peser sur la performance globale. Avec le Winch-by-Wire, Ferrari cherche à optimiser le lien entre la puissance produite par l’équipage et son utilisation réelle à bord. L’idée n’est pas de supprimer l’effort, mais de le rendre plus efficace. La force humaine devient une source d’énergie maîtrisée, intégrée dans un système global, capable d’alimenter les réglages du bateau avec davantage de constance.

Cette logique rappelle évidemment l’univers de la course automobile, où chaque élément est pensé comme une partie d’un système complet. Dans Hypersail, le marin, le bateau, les foils, les batteries et les sources d’énergie renouvelables fonctionnent comme un ensemble cohérent.

Ferrari transpose son ADN technologique en mer

Ce qui frappe dans ce projet, c’est la volonté de Ferrari de ne pas simplement apposer son nom sur un bateau. Hypersail s’inscrit dans une démarche plus large : utiliser la mer comme laboratoire technologique. Le constructeur italien parle d’innovation ouverte, avec l’idée de transférer des compétences venues de ses univers historiques, performance, optimisation, gestion énergétique, systèmes complexes, vers un nouveau terrain d’expérimentation. Après la piste, l’océan devient un espace où tester des solutions capables de concilier vitesse, autonomie et sobriété énergétique.

Dans le monde de la course au large, où les bateaux sont de plus en plus rapides, volants et complexes, cette approche tombe juste. Les foils permettent déjà de réduire la traînée et de gagner en vitesse. Mais plus les bateaux deviennent sophistiqués, plus la question de l’énergie devient centrale.

Une nouvelle étape pour la navigation océanique ?

Avec Hypersail, Ferrari pose une question qui dépasse le seul cadre de la performance sportive : jusqu’où peut-on pousser l’autonomie énergétique d’un voilier de course moderne ? Le projet reste encore un concept, mais il annonce une direction claire. Demain, les bateaux de course ne seront peut-être plus seulement jugés sur leur vitesse ou leur capacité à voler au-dessus de l’eau. Leur intelligence énergétique, leur efficacité globale et leur capacité à produire eux-mêmes l’énergie nécessaire à leur fonctionnement pourraient devenir des critères tout aussi décisifs.

Ferrari Hypersail veut précisément se placer à cet endroit-là : à la frontière entre compétition, technologie et transition énergétique. Et si le pari est tenu, ce monocoque à foils pourrait bien ouvrir une nouvelle voie dans la navigation océanique, où la performance ne se mesurerait plus seulement en nœuds, mais aussi en autonomie, en rendement et en maîtrise de l’énergie.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.