Cannes Yachting Festival 2026 : cinq innovations récompensées sur l’Innovation Route
Après avoir mis en lumière les innovations présentées cette année au Vieux Port et à Port Canto, l’Innovation Route a livré son palmarès. Les récompenses ont été remises lors du Cocktail Exposants du Cannes Yachting Festival, avec quatre catégories principales et un prix spécial du jury. BlueNav, Suzuki Marine, Excess Catamarans et D-Marin repartent chacun avec un trophée, tandis qu’Azimut Yachts décroche le « Coup de Cœur » du jury pour son Grande 44M. Au-delà du palmarès, cette deuxième édition fait surtout émerger plusieurs tendances fortes : automatiser les manœuvres sans déposséder le plaisancier de son bateau, réduire l’impact de la construction et de l’usage, prolonger la durée de vie des équipements et replacer la biodiversité au cœur des ports.
Dans la catégorie du meilleur équipement améliorant la navigation, c’est BlueNav qui s’impose avec son Smart Mooring.
Le principe vise directement l’un des moments les moins confortables pour de nombreux plaisanciers : l’arrivée au quai. Le système analyse en permanence le vent, le courant et la houle et s’appuie sur le GPS Precision+ de BlueNav ainsi que sur ses moteurs électriques pour aider à conserver précisément la position du bateau. Une position GPS peut ainsi être enregistrée avant que le bateau y soit automatiquement ramené puis maintenu, avec une précision annoncée de l’ordre de ± 20 cm. Le dispositif peut également effectuer les corrections nécessaires pendant que l’équipage prépare ses amarres, ou être commandé depuis l'application BlueNav. Une fonction particulièrement intéressante lorsque le bateau est manœuvré avec peu d'équipiers, voire par une seule personne.
Ce prix arrive quelques mois après une autre distinction obtenue par l'entreprise pour son Ancre Virtuelle. BlueNav confirme ainsi son positionnement sur un terrain de plus en plus stratégique : utiliser l’électrique non seulement comme moyen de propulsion, mais aussi comme outil d’assistance à la manœuvre.
« Avec le Smart Mooring, nous apportons une réponse concrète à l’un des moments les plus exigeants à bord, en réduisant le stress et en donnant au skipper davantage de contrôle sur les manœuvres qui demandent le plus d’attention », explique Xavier Lachérade, CEO de BlueNav.
Le prix du meilleur produit durable revient à Suzuki Marine France pour son Edge eCoat, déjà mis en œuvre sur les hors-bord DF115B et DF140B. Ici, l’innovation se cache à l'intérieur du moteur. Suzuki utilise un procédé d’électrolyse permettant de créer une couche d’oxyde d’aluminium directement sur certaines pièces du circuit de refroidissement en contact avec l’eau, notamment le bloc moteur et la culasse. L’objectif est double. D’abord renforcer la résistance des composants à la corrosion et aux températures élevées, jusqu’à 300 °C selon Suzuki. Mais l'intérêt du procédé est également industriel : en remplaçant l'application traditionnelle d'un apprêt et d'une peinture, ainsi que l'énergie nécessaire à leur cuisson, la marque annonce une réduction de 50 % des émissions de CO₂ liées à cette étape de traitement. Déjà utilisé sur deux motorisations, Edge eCoat doit progressivement être étendu au reste de la gamme Suzuki Marine. Une innovation moins spectaculaire qu’un nouveau moteur ou qu’une nouvelle propulsion, mais qui rappelle que la réduction de l’impact environnemental du nautisme se joue aussi dans les procédés de fabrication.
Le prix du meilleur bateau innovant a été attribué à l’Excess 11, dans une version qui constitue une première particulièrement intéressante pour la construction de catamarans de série. Le chantier a en effet réalisé un Excess 11 associant résine recyclable Elium®, résine bas carbone et fibre de verre composée à 45 % de matière recyclée. Excess présente cette combinaison comme une première mondiale sur un catamaran produit en série.
L’enjeu est important. Les composites offrent depuis des décennies légèreté, rigidité et durabilité aux bateaux de plaisance, mais leur fin de vie reste l’un des grands points faibles de la construction nautique. L'utilisation d'une résine thermoplastique recyclable ouvre donc une piste pour mieux prendre en compte le devenir des structures dès leur conception.
Excess assure avoir travaillé cette évolution sans remettre en cause les qualités structurelles, les performances et le comportement sous voile qui constituent l’ADN de l’Excess 11.
Le trophée cannois dépasse ainsi le seul cas de ce catamaran de 37 pieds : il vient récompenser une tentative de réponse à l’un des sujets les plus complexes de la filière, celui des matériaux utilisés pour construire les bateaux de demain.
La meilleure initiative RSE n’est cette fois ni un bateau ni un équipement embarqué. Le jury a distingué D-Marin et son programme Biohuts, développé avec Ecocean.
Ces structures immergées dans les ports constituent des habitats artificiels destinés notamment aux jeunes poissons. Elles leur offrent des zones de refuge dans des espaces portuaires où les aménagements artificiels ont souvent fait disparaître une partie des habitats naturels indispensables à leur développement. D-Marin déploie progressivement ces dispositifs au sein de son réseau de marinas, notamment en France, en Italie, en Grèce et en Croatie. Le choix du jury est intéressant à plus d’un titre. Il montre que l’innovation environnementale dans le nautisme ne se limite plus aux bateaux, aux carburants ou aux motorisations. Les ports eux-mêmes deviennent des terrains d’expérimentation, avec la question de la qualité de l’eau, de la biodiversité et de la restauration des écosystèmes.
À ces quatre catégories s’est ajouté un Prix Spécial « Coup de Cœur » du jury, décerné au spectaculaire Azimut Grande 44M, présenté à Cannes pour ses débuts.
Avec ses 43,6 mètres, le nouveau navire amiral du chantier italien joue évidemment dans une tout autre dimension. Mais le jury a justement voulu distinguer la manière dont Azimut a réuni plusieurs innovations au sein d’un même yacht, avec un objectif affiché d’efficacité énergétique et de réduction de la consommation. Sa superstructure fait largement appel à la fibre de carbone afin de réduire le poids tout en autorisant une architecture sur quatre ponts. Le Grande 44M reçoit également un foil Hull Vane® destiné à réduire la traînée et le tangage, une carène Dual Mode, environ 30 m² de panneaux solaires et un système Mild Hybrid pouvant intégrer jusqu’à 230 kWh de batteries.
Azimut annonce ainsi une réduction des émissions de CO₂ pouvant atteindre 30 % par rapport à des yachts de dimensions comparables. Une donnée à replacer dans le contexte très énergivore des grands yachts, mais qui explique en partie le choix du jury, celui-ci évoquant « une nouvelle approche dans le segment des grands yachts ».
De quelques centimètres de précision lors d’un amarrage aux 44 mètres du nouveau flagship d’Azimut, le palmarès 2026 de l’Innovation Route couvre un spectre inhabituellement large.
Et c’est peut-être ce qui le rend intéressant. Aucun grand bouleversement technologique unique ne se détache. À la place, les cinq récompenses montrent une industrie qui avance simultanément sur plusieurs fronts : assistance à la navigation, recyclabilité des matériaux, amélioration des procédés industriels, biodiversité dans les ports et efficacité énergétique des bateaux.
Le Cannes Yachting Festival avait réuni cette année 48 innovations au sein de son Innovation Route. Les cinq projets récompensés n’en représentent qu’une petite partie, mais ils donnent déjà une bonne idée de la direction prise : l’innovation nautique ne consiste plus seulement à aller plus vite ou à embarquer davantage de technologie. Elle doit désormais aussi simplifier la navigation et tenter de réduire son empreinte.



