Plongée sur le Michel C, une épave chargée d’histoire au large de Porquerolles

© Sophie Savant-Ros

À quelques encablures de Porquerolles, dans les eaux limpides de la rade d’Hyères, le Michel C repose depuis plus d’un siècle entre 32 et 39 mètres de profondeur. Moins spectaculaire que certaines grandes épaves de Méditerranée, ce petit vapeur offre pourtant une plongée pleine de charme, où les vestiges du navire se mêlent aux reliefs rocheux et à une vie sous-marine foisonnante.

À la surface, rien ne laisse deviner le morceau d'histoire qui sommeille une quarantaine de mètres plus bas. Nous sommes au large de l'île du Grand Ribaud, non loin de Porquerolles. Sous le bateau, quelque part dans le bleu, repose le Michel C.

La mise à l'eau effectuée, il faut quitter la lumière éclatante de la Méditerranée et se laisser glisser vers le fond. Le bleu se densifie progressivement. Puis les premiers reliefs apparaissent et, avec eux, les formes sombres de l'épave.

Le Michel C n'a rien d'un navire miraculeusement préservé. Plus de 125 années passées sous l'eau ont fait leur œuvre. L'épave s'est en partie disloquée sur le relief rocheux et il faut parfois apprendre à la lire pour reconstituer mentalement la silhouette du bateau.

C'est précisément ce qui fait le charme de cette plongée.

 

Poupe du Michel C
Poupe du Michel C© Sophie Savant-Ros

 

Un vapeur né à Belfast en 1866

Avant de devenir une épave recherchée par les plongeurs, le Michel C eut une longue vie de caboteur.

Construit en 1866 par les chantiers Renfrew de Belfast, le navire porte à l'origine le nom de Correo de Cette. Avec ses 39,25 mètres de longueur pour 5,75 mètres de largeur et ses quelque 285 tonneaux, il appartient à cette génération de petits vapeurs qui sillonnent alors les côtes méditerranéennes.

Après plusieurs changements de propriétaires, il prend le nom de Michel C. Sa propulsion sera elle aussi modifiée : le navire sera notamment équipé de deux machines entraînant deux hélices.

Mais son histoire maritime connaît déjà un premier accident : le bateau sombre une première fois à Sète avant d'être renfloué et remis en service.

La seconde fois sera définitive.

 

Partie avant du Michel C
Partie avant du Michel C© Sophie Savant-Ros

 

Une collision dans le brouillard

Dans la nuit du 26 au 27 novembre 1900, le Michel C navigue vers Cannes. Dans ses cales se trouvent notamment de la farine et des bouteilles de bière.

La visibilité est mauvaise. Un épais brouillard enveloppe la passe entre les îles d'Hyères.

Arrive en sens inverse l'Amphion, un autre vapeur. Les deux navires se découvrent trop tard et l'Amphion percute violemment le Michel C sur bâbord.

L'eau envahit rapidement le bateau. Onze hommes réussissent à quitter le navire et à passer à bord de l'Amphion. Un mécanicien perd la vie dans la collision.

Quelques instants plus tard, le Michel C disparaît sous les eaux.

Il repose depuis au large du Grand Ribaud, curieusement à une centaine de mètres seulement d'une autre épave, celle du Ville de Grasse.

 

Tteuil de manutention
Tteuil de manutention© Sophie Savant-Ros

 

À 39 mètres, la proue surgit du bleu

C'est par l'avant que le Michel C dévoile aujourd'hui ses vestiges les plus spectaculaires.

La proue, qui constitue la partie la mieux conservée du navire, se trouve aux alentours de 39 mètres. Malgré les décennies passées sous l'eau, on distingue encore les équipements qui racontent la fonction du bateau : treuils, ancres et éléments de manutention.

La lumière est désormais plus rare. Les couleurs s'effacent et le métal prend des tonalités presque monochromes, jusqu'à ce qu'un coup de lampe fasse brusquement réapparaître les rouges et les orangés.

On progresse lentement.

Ici, il ne s'agit pas seulement de regarder une épave. Il faut l'observer, chercher les détails et imaginer ce qu'était le navire lorsqu'il naviguait encore le long des côtes méditerranéennes.

La partie centrale a davantage souffert. Les structures se sont affaissées, mais les machines restent identifiables au milieu des tôles et des éléments métalliques. Plus loin, vers la poupe située autour de 32 mètres, le bateau est encore plus disloqué. Un arbre d'hélice et les restes d'une hélice témoignent cependant toujours de l'ancienne propulsion du vapeur.

 

Partie centrale
Partie centrale© Sophie Savant-Ros

 

Une épave devenue refuge

Mais le Michel C n'appartient plus vraiment aux hommes.

Depuis longtemps, la Méditerranée en a repris possession.

Les cavités ouvertes dans la coque et les amas de tôles constituent autant d'abris pour la faune. Congres et murènes trouvent refuge dans les anfractuosités. Un mérou peut parfois venir inspecter les visiteurs tandis que, dans le bleu, passent des bancs de poissons.

Il faut prendre le temps de regarder dans les trous, sous une tôle, derrière une pièce de machine. Sur une épave, une lampe est presque aussi utile pour observer ses nouveaux habitants que pour en découvrir les détails.

Curieusement, les gorgones sont relativement peu présentes sur le Michel C lui-même. Il suffit pourtant de s'en éloigner légèrement pour que le décor change : les failles et les tombants rocheux environnants se parent de gorgones et ajoutent une dimension presque paysagère à la plongée.

 

Labre caché dans l
Labre caché dans l"épave© Sophie Savant-Ros

 

Une plongée qui se mérite

Avec une proue située à près de 40 mètres, le Michel C est une plongée destinée aux plongeurs confirmés. Le site est généralement donné accessible à partir du niveau 2.

La profondeur n'est d'ailleurs pas le seul élément à prendre en compte. Le courant peut être sensible dans le secteur et les fonds descendent rapidement lorsque l'on s'éloigne de l'épave vers l'ouest. La passe est également fréquentée par les bateaux. Une plongée qui nécessite donc une organisation rigoureuse et une bonne maîtrise de sa consommation et de sa décompression.

Mais le Michel C possède un avantage : ses dimensions relativement modestes permettent d'en découvrir l'essentiel au cours d'une seule immersion.

Lorsque vient le moment de quitter l'épave, sa silhouette disparaît aussi progressivement qu'elle était apparue. Quelques mètres de remontée suffisent pour que les tôles se confondent de nouveau avec le relief.

Le bleu reprend toute la place.

Il reste alors cette sensation particulière que connaissent les amateurs d'épaves : celle d'avoir, pendant quelques dizaines de minutes, remonté le temps.

Car sous près de quarante mètres d'eau, le Michel C n'est pas seulement un site de plongée. C'est un fragment de l'histoire maritime de la Méditerranée, figé depuis une nuit de brouillard de novembre 1900.

 

Mérou dans le Michel C
Mérou dans le Michel C© Sophie Savant-Ros

 

Le Michel C en pratique

Type : vapeur de cabotage
Construction : 1866, Belfast
Longueur : 39,25 m
Largeur : 5,75 m
Profondeur : environ 32 à 39 m
Localisation : au large de l'île du Grand Ribaud, secteur de Porquerolles
Niveau : à partir du Niveau 2 / plongeurs confirmés
À voir : proue, treuils, ancres, machines, arbre d'hélice, faune d'épave et tombants environnants
Vigilance : courant possible, profondeur et circulation maritime en surface.

 

Position épave Michel C
Position épave Michel C© Google map

 

Et avant de partir, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT MARINE et à télécharger l'application mobile gratuite Bloc Marine.

 

Diaporama
© Sophie Savant-Ros
Sars à museau pointu © Sophie Savant-Ros
© Sophie Savant-Ros
Etoile de mer © Sophie Savant-Ros
Castagnoles sur le Michel C © Sophie Savant-Ros
Limace © Sophie Savant-Ros
© Sophie Savant-Ros
Partie arrière de l'épave © Sophie Savant-Ros
Dernier aperçu de l'épave avnt la remontée © Sophie Savant-Ros
Mérou dans le Michel C © Sophie Savant-Ros
Limace © Sophie Savant-Ros
Poupe du bateau © Sophie Savant-Ros
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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.