Plongée sur le Michel C, une épave chargée d’histoire au large de Porquerolles
À la surface, rien ne laisse deviner le morceau d'histoire qui sommeille une quarantaine de mètres plus bas. Nous sommes au large de l'île du Grand Ribaud, non loin de Porquerolles. Sous le bateau, quelque part dans le bleu, repose le Michel C.
La mise à l'eau effectuée, il faut quitter la lumière éclatante de la Méditerranée et se laisser glisser vers le fond. Le bleu se densifie progressivement. Puis les premiers reliefs apparaissent et, avec eux, les formes sombres de l'épave.
Le Michel C n'a rien d'un navire miraculeusement préservé. Plus de 125 années passées sous l'eau ont fait leur œuvre. L'épave s'est en partie disloquée sur le relief rocheux et il faut parfois apprendre à la lire pour reconstituer mentalement la silhouette du bateau.
C'est précisément ce qui fait le charme de cette plongée.
Avant de devenir une épave recherchée par les plongeurs, le Michel C eut une longue vie de caboteur.
Construit en 1866 par les chantiers Renfrew de Belfast, le navire porte à l'origine le nom de Correo de Cette. Avec ses 39,25 mètres de longueur pour 5,75 mètres de largeur et ses quelque 285 tonneaux, il appartient à cette génération de petits vapeurs qui sillonnent alors les côtes méditerranéennes.
Après plusieurs changements de propriétaires, il prend le nom de Michel C. Sa propulsion sera elle aussi modifiée : le navire sera notamment équipé de deux machines entraînant deux hélices.
Mais son histoire maritime connaît déjà un premier accident : le bateau sombre une première fois à Sète avant d'être renfloué et remis en service.
La seconde fois sera définitive.
Dans la nuit du 26 au 27 novembre 1900, le Michel C navigue vers Cannes. Dans ses cales se trouvent notamment de la farine et des bouteilles de bière.
La visibilité est mauvaise. Un épais brouillard enveloppe la passe entre les îles d'Hyères.
Arrive en sens inverse l'Amphion, un autre vapeur. Les deux navires se découvrent trop tard et l'Amphion percute violemment le Michel C sur bâbord.
L'eau envahit rapidement le bateau. Onze hommes réussissent à quitter le navire et à passer à bord de l'Amphion. Un mécanicien perd la vie dans la collision.
Quelques instants plus tard, le Michel C disparaît sous les eaux.
Il repose depuis au large du Grand Ribaud, curieusement à une centaine de mètres seulement d'une autre épave, celle du Ville de Grasse.
C'est par l'avant que le Michel C dévoile aujourd'hui ses vestiges les plus spectaculaires.
La proue, qui constitue la partie la mieux conservée du navire, se trouve aux alentours de 39 mètres. Malgré les décennies passées sous l'eau, on distingue encore les équipements qui racontent la fonction du bateau : treuils, ancres et éléments de manutention.
La lumière est désormais plus rare. Les couleurs s'effacent et le métal prend des tonalités presque monochromes, jusqu'à ce qu'un coup de lampe fasse brusquement réapparaître les rouges et les orangés.
On progresse lentement.
Ici, il ne s'agit pas seulement de regarder une épave. Il faut l'observer, chercher les détails et imaginer ce qu'était le navire lorsqu'il naviguait encore le long des côtes méditerranéennes.
La partie centrale a davantage souffert. Les structures se sont affaissées, mais les machines restent identifiables au milieu des tôles et des éléments métalliques. Plus loin, vers la poupe située autour de 32 mètres, le bateau est encore plus disloqué. Un arbre d'hélice et les restes d'une hélice témoignent cependant toujours de l'ancienne propulsion du vapeur.
Mais le Michel C n'appartient plus vraiment aux hommes.
Depuis longtemps, la Méditerranée en a repris possession.
Les cavités ouvertes dans la coque et les amas de tôles constituent autant d'abris pour la faune. Congres et murènes trouvent refuge dans les anfractuosités. Un mérou peut parfois venir inspecter les visiteurs tandis que, dans le bleu, passent des bancs de poissons.
Il faut prendre le temps de regarder dans les trous, sous une tôle, derrière une pièce de machine. Sur une épave, une lampe est presque aussi utile pour observer ses nouveaux habitants que pour en découvrir les détails.
Curieusement, les gorgones sont relativement peu présentes sur le Michel C lui-même. Il suffit pourtant de s'en éloigner légèrement pour que le décor change : les failles et les tombants rocheux environnants se parent de gorgones et ajoutent une dimension presque paysagère à la plongée.
Avec une proue située à près de 40 mètres, le Michel C est une plongée destinée aux plongeurs confirmés. Le site est généralement donné accessible à partir du niveau 2.
La profondeur n'est d'ailleurs pas le seul élément à prendre en compte. Le courant peut être sensible dans le secteur et les fonds descendent rapidement lorsque l'on s'éloigne de l'épave vers l'ouest. La passe est également fréquentée par les bateaux. Une plongée qui nécessite donc une organisation rigoureuse et une bonne maîtrise de sa consommation et de sa décompression.
Mais le Michel C possède un avantage : ses dimensions relativement modestes permettent d'en découvrir l'essentiel au cours d'une seule immersion.
Lorsque vient le moment de quitter l'épave, sa silhouette disparaît aussi progressivement qu'elle était apparue. Quelques mètres de remontée suffisent pour que les tôles se confondent de nouveau avec le relief.
Le bleu reprend toute la place.
Il reste alors cette sensation particulière que connaissent les amateurs d'épaves : celle d'avoir, pendant quelques dizaines de minutes, remonté le temps.
Car sous près de quarante mètres d'eau, le Michel C n'est pas seulement un site de plongée. C'est un fragment de l'histoire maritime de la Méditerranée, figé depuis une nuit de brouillard de novembre 1900.
Type : vapeur de cabotage
Construction : 1866, Belfast
Longueur : 39,25 m
Largeur : 5,75 m
Profondeur : environ 32 à 39 m
Localisation : au large de l'île du Grand Ribaud, secteur de Porquerolles
Niveau : à partir du Niveau 2 / plongeurs confirmés
À voir : proue, treuils, ancres, machines, arbre d'hélice, faune d'épave et tombants environnants
Vigilance : courant possible, profondeur et circulation maritime en surface.
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