Cilento, la côte italienne où la mer a façonné bien plus que des paysages
Le Cilento se situe au sud de la côte amalfitaine, dans la région de Campanie, entre le golfe de Salerne et le golfe de Policastro. Longtemps resté à l’écart des grands flux touristiques, ce territoire s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres de côte tyrrhénienne, adossée à un arrière-pays montagneux et rural. Ici, la Méditerranée n’est jamais plate ni uniforme. Les reliefs plongent rapidement dans la mer, les villages restent accrochés aux collines, et la côte alterne plages ouvertes, falaises calcaires et criques profondes.
Le Cilento fait partie du parc national du Cilento, du Vallo di Diano et des Alburni, l’un des plus vastes parcs naturels d’Italie. Cette dimension explique l’impression d’espace et de continuité sauvage que ressent immédiatement le navigateur. Contrairement à d’autres secteurs plus urbanisés de la péninsule, la côte conserve une lecture naturelle, presque austère par endroits, où la mer impose encore son rythme.
Pourquoi le Cilento est devenu célèbre sans jamais être à la mode
La célébrité du Cilento ne repose pas sur une image balnéaire ou mondaine. Elle s’est construite lentement, à partir de l’histoire, de l’archéologie et de la recherche scientifique. Le territoire abrite des sites majeurs de la Grande Grèce, notamment Paestum et Velia, qui rappellent que cette côte était déjà, dans l’Antiquité, un espace d’échanges entre la mer et l’intérieur des terres.
Mais la notoriété moderne du Cilento s’est forgée au XXe siècle, lorsque des chercheurs se sont intéressés aux modes de vie locaux. Loin des stations touristiques, ils ont observé une population rurale et maritime, peu mobile, dont l’alimentation, l’activité physique quotidienne et les habitudes sociales semblaient produire des effets mesurables sur la santé ; le fameux régime méditerranéen. Cette approche scientifique a placé le Cilento au cœur d’un récit mondial, sans jamais transformer la région en vitrine.
Aujourd’hui encore, le territoire revendique une forme de discrétion. La fréquentation existe, mais elle reste très différente de celle de la côte amalfitaine voisine. Pour les plaisanciers, cette différence se ressent immédiatement, tant dans l’ambiance des ports que dans la manière dont les criques sont protégées et gérées.
Le Cilento et la naissance du régime méditerranéen
Le régime méditerranéen est souvent présenté comme un modèle alimentaire abstrait, résumé à quelques ingrédients emblématiques. Dans le Cilento, il reprend son sens originel. C’est ici, notamment dans le village de Pioppi, que le physiologiste Ancel Keys a mené une partie décisive de ses travaux sur les maladies cardiovasculaires au milieu du XXe siècle. En observant les habitudes alimentaires et le mode de vie des habitants, il a contribué à démontrer l’impact de l’alimentation, de l’activité physique et du cadre social sur la santé à long terme.
Dans le Cilento, le régime méditerranéen n’est pas une tendance, mais une conséquence logique de l’environnement. Huile d’olive produite localement, céréales, légumineuses, légumes de saison, poisson côtier et consommation modérée de produits animaux composent une alimentation dictée par la géographie et l’économie locale. À cela s’ajoutent des repas pris lentement, souvent collectifs, et une relation directe entre producteurs, pêcheurs et consommateurs.
Cette vision globale explique pourquoi le régime méditerranéen a été reconnu comme patrimoine culturel immatériel. Dans le Cilento, cette reconnaissance n’a rien de théorique. Elle structure encore aujourd’hui l’identité des villages côtiers et de l’arrière-pays, et elle influence la manière dont le territoire se protège et se développe.
Naviguer sur le Cilento : mouillages, ports et escales à terre
Pour le navigateur, le Cilento se découvre par la mer avec une approche méthodique. La côte n’est pas difficile au sens technique, mais elle exige de l’anticipation. Les brises thermiques sont bien installées en saison, les effets de relief sont marqués, et certaines houles résiduelles peuvent rendre des baies inconfortables malgré un ciel dégagé. La lecture météo reste donc centrale, en particulier pour le choix des mouillages.
Les plus belles criques se situent entre Palinuro et Marina di Camerota, un secteur réputé pour ses grottes marines, ses fonds clairs et ses falaises abruptes. Certaines baies emblématiques sont aujourd’hui intégrées à des aires marines protégées. Le mouillage y est réglementé, parfois remplacé par des systèmes de bouées, afin de préserver les herbiers et les fonds sensibles. Cette organisation change profondément l’expérience : le navigateur ne vient pas consommer un paysage, il s’inscrit dans un cadre précis.
Les ports restent de taille modeste et conservent une vocation locale. Acciaroli, Santa Maria di Castellabate ou Marina di Camerota offrent des escales accueillantes, sans sophistication excessive, mais avec une vraie vie à terre. On y trouve une relation directe avec la pêche, des marchés actifs et une atmosphère plus résidentielle que touristique.
À terre, le Cilento mérite du temps. Paestum reste un passage marquant pour comprendre la profondeur historique du territoire. Plus au sud, les villages perchés comme Castellabate ou Pollica racontent une Méditerranée rurale, loin des clichés. L’arrière-pays, accessible depuis la côte, permet de relier navigation et découverte pédestre, dans un paysage resté très peu transformé.
Cilento : une destination pour les navigateurs ?
Le Cilento ne s’adresse pas à ceux qui cherchent une succession rapide d’escales spectaculaires ou une animation permanente à quai. C’est une destination pour les navigateurs qui aiment comprendre un territoire, anticiper leurs choix et accepter certaines contraintes en échange d’une expérience cohérente.
Ici, la navigation rejoint une culture du temps long, héritée à la fois de la mer et de la terre. Les règles de protection environnementale, loin d’être une contrainte artificielle, prolongent une histoire locale fondée sur l’équilibre et la sobriété. Pour qui accepte cette logique, le Cilento offre une Méditerranée dense, lisible et profondément sincère.
Ce n’est pas une côte qui se livre immédiatement. Mais pour les plaisanciers attentifs, elle devient l’une des plus justes expressions de ce que peut encore être la navigation en Méditerranée aujourd’hui.
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