
L’Australie dompte Rio et frappe fort au championnat
Le tout premier Sail Grand Prix organisé à Rio de Janeiro a tenu ses promesses. Sur une baie de Guanabara aussi majestueuse qu’exigeante, les 12 équipes engagées ont dû composer avec un vent irrégulier, des rafales instables, une forte houle et les perturbations générées autour du Pain de Sucre. Dans ce décor grandiose, l’Australie a livré la prestation la plus aboutie du week end pour s’offrir sa 2e victoire de la saison 2026.
Les BONDS Flying Roos, emmenés par Tom Slingsby, ont survolé la journée décisive. Le triple champion du circuit a remporté les 3 courses de flotte qualificatives du jour avant de conclure en patron lors de la finale. Une domination d’autant plus marquante qu’elle s’est construite dans des conditions techniques, où la moindre erreur de placement ou de maniement pouvait coûter très cher. Ce succès permet à l’Australie de prendre les commandes du classement général du Rolex SailGP Championship. Un basculement important dans la saison, surtout après le week end catastrophique d’Emirates GBR, jusque là bien placé, mais relégué à la 2e place du championnat après une étape totalement manquée.
Une baie de Guanabara spectaculaire, mais redoutable
Rio a offert un terrain de jeu aussi photogénique que redoutable. Entre les reliefs qui perturbent le flux d’air, les zones d’ombre de vent au pied du Pain de Sucre et la houle qui compliquait encore le pilotage des F50, les équipages ont dû rester en alerte permanente. Dans ce type de configuration, la vitesse pure ne suffit pas. Il faut aussi savoir lire les oscillations, anticiper les bascules et conserver assez de contrôle pour ne pas sortir trop vite de sa trajectoire.
C’est précisément dans ce registre que l’Australie a fait la différence. Même lorsqu’elle a reculé en 3e position dans la 6e course, l’équipe a su rester dans le match. Elle a pourtant dû encaisser une pénalité de 5 points après une infraction à la règle 14 face aux Suisses, un incident qui a provoqué des dommages. Malgré ce contretemps, les Australiens n’ont jamais perdu le fil de leur week end. Tom Slingsby a salué après coup la montée en puissance de son groupe, estimant que l’équipe avait enfin montré son vrai potentiel lorsque tout s’assemble. Ce succès avait aussi une résonance particulière pour le skipper australien, heureux de partager cette première victoire avec Iain Jensen, avec qui il entretient une longue histoire sportive.
L’Espagne confirme, Artemis signe une grande première
Derrière l’Australie, l’équipe espagnole Los Gallos a une nouvelle fois démontré qu’elle faisait désormais partie des formations les plus régulières du circuit. Jamais au delà de la 4e place lors des dernières courses qualificatives, l’Espagne a construit sa qualification pour la finale avec méthode. Sa 2e place à Rio confirme sa progression et vient récompenser un week end solide dans l’ensemble. Diego Botín n’a pas caché sa satisfaction à l’arrivée. Revenir à Rio, avec le Christ Rédempteur et le Pain de Sucre en toile de fond, avait déjà quelque chose de fort. Mais accrocher une 2e place dans un tel contexte donne encore plus de relief au résultat. Surtout, cette nouvelle finale, la 3e de la saison pour l’Espagne, montre que le collectif prend de l’épaisseur.
L’autre belle histoire du week end vient d’Artemis. La nouvelle équipe de la saison 2026 a atteint sa première finale, un cap important dans sa construction. Les Suédois ont même brièvement pris les commandes au début de l’ultime course, avant qu’une erreur de maniement ne les fasse décrocher de leurs foils. À partir de là, l’élan a changé de camp. Une pénalité est ensuite venue mettre fin à leurs espoirs de victoire, mais cette 3e place reste leur meilleur résultat à ce jour. Nathan Outteridge a d’ailleurs insisté sur ce point, soulignant à la fois la difficulté des conditions et la satisfaction de voir l’équipe franchir un premier vrai palier. Pour Artemis, Rio pourrait bien marquer le début d’une nouvelle dynamique.
Derrière, les écarts se creusent et la Grande Bretagne sombre
Plusieurs équipes ont affiché un niveau intéressant sur les courses de flotte sans parvenir à entrer dans la finale. Les États Unis, Rockwool Racing, l’Allemagne et Red Bull Italy terminent respectivement aux 4e, 5e, 6e et 7e places. Des résultats honorables, mais insuffisants pour peser sur l’issue du week end.
Le retour à Rio a en revanche tourné à la frustration pour l’équipe de France. DS Automobiles Team France a vu son étape assombrie par une rare disqualification sous pavillon noir au départ de la 4e et dernière course de flotte. Dans un format où chaque manche compte énormément, ce type de sanction pèse lourd.
Mais la vraie contre performance du week end reste celle d’Emirates GBR. L’équipe de Dylan Fletcher, référence du championnat ces derniers mois, a vécu une étape à oublier, conclue à une très inhabituelle 12e place. Avec une série de résultats très faibles tout au long de l’épreuve, la formation britannique a signé son plus mauvais classement depuis son arrivée au sommet. Cette défaillance relance clairement le suspense au général.
Rio réussit son entrée dans le calendrier SailGP
Au delà du seul résultat sportif, cette première édition brésilienne a aussi marqué les esprits par son ambiance. Près de 8 000 spectateurs ont assisté à l’événement, donnant à ce rendez vous une atmosphère à la hauteur de son cadre. Pour l’équipe brésilienne de Martine Grael, courir à domicile représentait un moment fort, même si le résultat final n’a pas été à la hauteur des attentes.
La navigatrice a évoqué un plan d’eau aussi amusant qu’extrêmement exigeant, où la régularité a fait toute la différence. Un constat lucide, qui résume bien ce week end carioca. À Rio, il ne suffisait pas d’avoir de la vitesse. Il fallait surtout éviter les fautes et rester constant dans un environnement changeant d’une minute à l’autre.
Le directeur général et cofondateur de SailGP, Sir Russell Coutts, a lui aussi insisté sur la réussite de cette première. Entre l’énergie du public, l’intensité des courses et la qualité du spectacle offert au plus près du rivage, Rio a pleinement validé sa place dans l’univers SailGP. Le rendez vous est déjà pris pour 2027.
Une étape fondatrice pour la suite de la saison
Cette escale brésilienne ne restera pas seulement comme une nouvelle ligne au calendrier. Elle pourrait compter parmi les moments charnières de la saison 2026. L’Australie y a repris la main avec autorité, l’Espagne s’y est affirmée comme un prétendant de plus en plus crédible, Artemis y a posé les bases de son ambition, et la Grande Bretagne y a montré qu’aucune domination n’est jamais acquise.
Dans une ligue aussi serrée, où les écarts se jouent parfois sur une manœuvre ou une pénalité, Rio a rappelé une évidence : le SailGP récompense autant le talent brut que la capacité à rester propre, lucide et constant sous pression. Sur ce point, l’Australie a donné une leçon.
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