Un Leopard au pied du Pan Deï Palais

Au cœur de Saint-Tropez, une ancienne demeure construite par un général fou amoureux d'une princesse indienne est devenu un hôtel de luxe. Son annexe, un Leopard 31, propose aux clients de perpétuer l'esprit d'aventure de l’officier.
A peine franchie la grande porte en bois sculptée qui sépare le calme de la demeure provençale du brouhaha des passants affluant vers la Place des Lices, et l’on perçoit toute l’âme du lieu aux deux visages apaisés qui nous accueillent dans le salon orangé. D’un côté, celui du général Allard, éminent officier tropézien à la longue barbe blanchissante, qui veille du haut de son tableau sur la peinture lui faisant face et sur laquelle est représentée une belle jeune fille aux boucles brunes : Bannu Pan Deï, l’amour de sa vie, celle pour qui il a fait construire cette résidence en 1835. Pourtant, avant de devenir sa femme, cette princesse hindoue fut d’abord sa prisonnière. Le général, engagé dans les années 1820 par le Maharaja Ranjît Singh pour l’aider à étendre son empire, avait en effet assiégé le royaume de Châmba, au nord de l’Inde, d’où elle était originaire. Mais, fasciné par la beauté de l’adolescente, il en tomba amoureux et l’épousa. Quelques années plus tard, pour la protéger de la tradition religieuse Satî voulant que les veuves soient brûlées vives aux côtés de leur défunt mari, il prit la décision de lui faire traverser une large partie du globe en navire pour l’emmener dans son Saint-Tropez natal.
Une bâtisse tropézienne aux allures de palais
Au cœur du village, il fit construire une belle maison de maître aux allures de palais où ils vécurent tranquillement avec leurs cinq enfants. Mais l’appel du large et de sa vocation militaire eurent raison de cette parenthèse hors du temps et Jean-François Allard repartit en mer vers le royaume du Penjab où il laissa la vie en 1839. La princesse resta seule dans son havre de paix tropézien avec une servante et ses enfants. Elle y vécut tout le reste de sa vie, n’osant jamais retourner en Inde de peur d’y être sacrifiée. C’est ainsi qu’est toujours racontée l’histoire, presque 200 ans plus tard, rue Gambetta, à deux pas de la rue du Général-Allard, dans la demeure qui hébergea les deux époux. Aujourd’hui, le cocon de Bannu Pan Deï est devenu un hôtel de luxe Relais& Château. Les dix chambres, deux suites, salons et patio avec piscine y exhalent un parfum exotique et contemporain rehaussé de tons ocre, orangés, rouges vifs et parme. Les tapis indiens, boiseries birmanes, coussins de soie multicolores, statuettes de Bouddha et Shiva, subtilement posés ici et là, rappellent les objets chers que la belle avait emmenés avec elle dans cet oasis varois pour pouvoir y planter définitivement ses racines et s’y épanouir.
Une annexe de luxe pour traverser la Méditerranée
Pour rester fidèle aux étapes qui ont construit la légende du couple ainsi qu’à l’esprit d’aventure du général, le Pan Deï Palais a choisi de s’étendre sur la mer. Amarré dans le port de Saint-Tropez, son annexe, un Leopard de 31 m, avec quatre cabines, deux salons et cinq membres d’équipage, offre de partir à la découverte de la Pointe Camarat, les Iles de Lérins, la Corse, Cythère… Des traversées faites et refaites en son temps par le Général Allard avant qu’il ne rejoigne Napoléon à Golfe-Juan et Waterloo, puis ne s’exile en Inde en 1822. Sur cette Méditerranée que Bannou Pan Deï découvrit pour la première fois en 1834, le client est libre de choisir n’importe quelle destination. Et s’il ne sait vers où tourner ses envies d’exploration, il peut se laisser inspirer par la princesse qui, du haut de sa dernière demeure dans le joli cimetière marin où elle repose sous le nom de « La générale », veille sur chaque Tropézien qui part au large.
Pan Deï Palais, 52 Rue Gambetta, Saint-Tropez. www.pandei.com
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