Rétrospective 2021, année foil !

Voiliers
Jeudi 23 décembre 2021 à 15h37

Les fêtes sont là, une drôle d’année 2021 se termine. C’est l’occasion de confier la barre au pilote automatique et de regarder un petit peu dans le sillage. On y voit bien distinctement une révolution en marche : le vol s’est invité dans nos navigations. Il est arrivé par la course, se diffuse doucement via la voile légère et arrivera forcément un jour sur certains bateaux de croisière. Voici le récit en trois actes, de comment le foil nous a convaincu en 12 mois.

©Gilles Martin-Raget
Les fêtes sont là, une drôle d’année 2021 se termine. C’est l’occasion de confier la barre au pilote automatique et de regarder un petit peu dans le sillage. On y voit bien distinctement une révolution en marche : le vol s’est invité dans nos navigations. Il est arrivé par la course, se diffuse doucement via la voile légère et arrivera forcément un jour sur certains bateaux de croisière. Voici le récit en trois actes, de comment le foil nous a convaincu en 12 mois.

Acte I : Vaincre le scepticisme

Il y a bien sûr les précurseurs, aux réussites contrastées, du Paul Ricard d’Éric Tabarly à l’Hydroptère d’Alain Thébault, en passant par le Charles Heidsieck IV d’Alain Gabbay, magnifique oiseau ne pouvant pas vraiment voler, car trop lourd d’être né trop tôt (1984). Après le « mano a mano » Le Cléac’h vs Thomson de 2017, le Vendée Globe 2020-2021 était promis à un foiler c’est sûr. On allait voir ce qu’on allait voir, il y aurait deux divisions, ceux qui volent et les autres. Las, si le podium final est bien 100% foilers, il ne s’en est fallu que de quelques heures pour que « Le vieux con, l’handicapé et le branleur » dixit Jean Le Cam, viennent, avec leurs dérives droites, chambouler tous les pronostics. Scepticisme… Mais nous n’étions qu’en janvier. En mars, la Coupe de l’America profite de l’été austral pour disputer sa 36ème édition en Nouvelle Zélande. Les catamarans volants de l’édition précédente nous avaient enthousiasmé ? Ils sont remplacés par des monocoques en forme de plats à barbe, montés sur de drôles de foils basculants, censés être plus excitants, revenir aux racines du match-racing… re-scepticisme. Mais une fois devant notre écran télé, car toujours impossible de se déplacer, il faut bien l’avouer, nous avons été bluffés. Filant trois à quatre fois plus vite que le vent, parfaitement horizontaux, les croisements sont chauds et les images mettent à mal les quelques lois de physique que nous avons retenu du lycée. Si les Kiwis dominent et gagnent, les régates sont passionnantes à suivre et surtout le doute s’installe. Et si finalement, le foil était l’avenir de l’homme ?

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© Studio Borlenghi

Acte II : Tester

Alors pour en avoir le cœur net, nous avons pris la direction de l’ENV (Ecole Nationale de Voile) à Quiberon. Notre mission : naviguer sur le premier catamaran à foils se voulant vraiment grand public, le Befoil 16. De loin, avec ses coques en sandwich-verre et vinylester dessinées par VPLP, il est bien difficile de le distinguer des Nacra 17 qui semblent pousser sur les pelouses du centre. De plus près, il y a pourtant bien deux dérives à foils en T, et deux safrans équipés de plans porteurs horizontaux réglables à leur base. Les foils sont en aluminium extrudés et présentent donc une corde constante limitant dans une certaine mesure les performances, mais surtout le coût rédhibitoire et la fragilité d’appendices carbone. Les volets à la base des dérives peuvent s’anguler de 12 degrés de part et d’autre de leur plan horizontal, courant sur 35% de la corde du profil aluminium. Pour adapter le profil à l’assiette du bateau, à sa gîte, la hauteur de vol, l’état de la mer, un flotteur à chaque étrave, est relié par un câble push-pull aux foils. Simple, efficace, mais surtout ingénieux, ce réglage délicat est de fait automatisé. Le résultat ? Trois minutes chrono après avoir pris la barre, nous volons ! Bien calés à l’horizontale, stables, le postérieur perché en bout d’échelle à un bon mètre au-dessus de l’eau. Pas de tangage, une vitesse constante, et un bateau admirablement tolérant. Avec seulement la barre en main cela semble presque trop facile. C’est lorsque l’on y ajoute l’écoute de grand-voile que tout se corse. Barrer avec doigté d’une main tout en choquant-bordant constamment la Grand-Voile dans le bon tempo de l’autre, ne s’acquiert pas dans la minute. Car en quittant la surface de l’eau, les repères changent. Suivant l’envol du bateau, la logique, les sensations, les réglages et les termes tendent vers l’aérien. Les voiles sont comme des ailes, et le vent apparent devient prépondérant. Nous avons vraiment la sensation d’être entrés dans une nouvelle dimension, éminemment jouissive, et on se prend à rêver que le vol ne s’arrêtera jamais. Bilan de la journée : OK tout le monde peut voler, mais sans mon coéquipier-coach l’apprentissage va prendre énormément de temps, ne serait-ce que pour décoller.

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© Jean-Marie Liot

Acte III : Valider

Et puis sur l’espace innovation du Cannes Yachting Festival, nous avons découvert le Birdyfish. Une start-up française, et même nantaise, qui veut faire entrer le foil dans les écoles de voile et définitivement envoyer à la retraite les plus que soixantenaires 420 et 470. Rendez-vous est donc pris à La Rochelle pour un essai « débutants acceptés ». Etienne Bertrand a dessiné une carène de scow moderne, ne pesant que 93 Kg, à la fois performante et tolérante. Les deux foils rose flashy en forme de J se rangent dans le cockpit pour le transport, et n’ont que deux positions : rentrés ou sortis. Après une courte démonstration de son concepteur, nous échangeons les rôles et je prends la barre. Sans beaucoup plus d’explications, et par tout juste 10 à 12 nœuds de vent, le bateau décolle. Mieux, nous atteignons bien les 18 nœuds, slalomant dans le Pertuis Rochelais entre tous les bateaux présents et qui paraissent comme « arrêtés ». Pour moins de 20 000 Euros (hors options) un pur amateur qui n’avait pas mis les pieds sur un dériveur depuis 40 ans peut donc voler, dans de bonnes conditions, dès sa première heure de navigation. C’est sûr la révolution est en marche !

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© François Tregouet/MULTImedia

Alors bien sûr, en voyant Ultims, Ocean Fifty et Imoca voler sur la Transat Jacques Vabre, on se prend à rêver. Est-ce que le Figaro 3 ne préfigurerait pas l’arrivée des foils sur nos bateaux de croisière ? Peut-être pas tout de suite et pas forcément pour voler. Pour cela il faudrait bien sûr rester léger ce qui n’est pas toujours compatible avec un programme de croisière. Mais si leur présence peut limiter l’envolée du déplacement, la gîte, l’enfoncement, voire le tirant d’eau, la plaisance de monsieur-toit-le-monde entrerait dans un cercle vertueux qui ne serait pas pour nous déplaire. On parie ? Rendez-vous dans dix ans.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…