Voiles d'avant : du tourmentin au Code 0, le choix du plat

Voiliers
Jeudi 9 juin 2022 à 12h08

La généralisation du génois sur enrouleur dans les années 80 nous a fait oublier foc, cacatois, perroquet, et autres huniers. Sans revenir au vocabulaire de la marine ancienne, parce qu’une seule voile ne peut décemment pas tout faire, on a vu apparaître de nouvelles triangulations dans les balcons avant de nos embarcations. Si ces voiles font le bonheur des amateurs de voile, elles valent bien quelques explications.

Génois sur enrouleur sur le Salona 380 © François Tregouet - MULTImedia
La généralisation du génois sur enrouleur dans les années 80 nous a fait oublier foc, cacatois, perroquet, et autres huniers. Sans revenir au vocabulaire de la marine ancienne, parce qu’une seule voile ne peut décemment pas tout faire, on a vu apparaître de nouvelles triangulations dans les balcons avant de nos embarcations. Si ces voiles font le bonheur des amateurs de voile, elles valent bien quelques explications.

Génois sur enrouleur, la polyvalence a ses limites

Le génois sur enrouleur, c’est la voile à tout faire par tous les temps. Dans les petits airs sa surface est intéressante, et dès que le vent apparent atteint 20 nœuds, réduire la toile est simple comme tirer sur le bout de l’enrouleur. Malheureusement, une fois enroulée, malgré les plus sophistiqués des systèmes de rattrapage de creux, la forme générale laisse toujours à désirer. Son volume trop important empêche de faire un près décent, pouvant rendre la navigation difficile si ce n’est dangereuse quand le vent monte. Pour en tirer le meilleur parti, une coupe triradiale et un tissu de très bonne qualité sont des alliés de choix. Mais pour vraiment performer, la seule solution est de l’utiliser en « tout ou rien », ce qui impliquera de remplacer le génois par une autre voile lorsque la brise sa venue.

Une trinquette pour aller loin

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Trinquette sur enrouleur à poste à bord du Privilège 510 Signature© François Tregouet - MULTImedia

C’est donc là que la trinquette intervient et ce n’est pas un hasard si elle équipe tant de bateaux de circumnavigateurs. Bien plate, de faible recouvrement, avec un point d’écoute réhaussé par rapport au génois, c’est la voile de gros temps par excellente. Sur mousquetons et étai largable il y a encore quelques années, la trinquette se monte souvent aujourd’hui sur emmagasineur et s’enroule sur sa ralingue Kevlar anti-torsion. Sa mise en place peut être ardue si le vent est déjà monté, mais elle peut être aussi rangée le long du mât ou à plat pont, prête à hisser, sans pour autant gêner. Avec des systèmes de hook type Karver et de reprise de tension par le bas, l’école de la course au large fait le bonheur des amateurs de grande croisière. Elle peut aussi être montée sur un enrouleur fixe, la rendant disponible immédiatement lorsque l’on en a besoin, mais elle gênera alors le passage du génois dans les virements comme lors des empannages. Réalisée dans un tissu particulièrement solide, servie par de solides renforts, c’est une voile qui qui se doit d’être indestructible.

Bonheurs et limites du solent

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Solent auto-vireur sur le récent Dufour 530© François Tregouet - MULTImedia

Très répandu en multicoque, le solent auto-vireur a aussi quelques plans de pont monocoque sur lesquels Hanse l’a popularisé. C’est la voile qui vous accompagnera, entièrement déroulée, de 15 à 35 nœuds de vent apparent. De coupe relativement plate, compte tenu de son profil élancé et de sa polyvalence, le choix de tissu est similaire à celui de la grand-voile. Avec une coupe horizontale dacron la stabilité du profil n’est pas garantie. Un tissu type Hydranet associé à une coupe triradiale offriront une bien meilleure longévité. Si la perfection de la membrane est tentante, le surcoût reste important et la polyvalence de cette voile ne nécessite pas forcément l’investissement dans un tel degré de précision. La facilité de virement est bien sûr le point fort du solent, tout comme sa bonne tolérance aux vents forts. En revanche, si ces dernières années, les mâts ont eu tendance à reculer au profit d’un certain rééquilibrage, en dessous d’une douzaine de nœuds de vent, on sent bien que quelques mètres carrés de plus seraient les bienvenus.

Le Code 0 en sauveur

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Code Zero sur Gunboat 68© Gilles Martin Raget

Heureusement, issu de la compétition le Code 0 est arrivé ! Comme dans les années 70 ou à bord des voiliers de compétition c’est en quelque sorte un immense génois léger, mais en plus grand. Comme un gennaker le point d’amure de son emmagasineur est fixé sur la delphinière, voire un véritable bout-dehors pour allonger encore la bordure. L’affaler systématiquement lorsqu’il n’est pas utilisé pourrait paraître fastidieux, mais c’est une voile de petit temps, les manœuvres ne sont donc jamais physiques ou dangereuses. Pour cette voile légère, de surface importante, un support haut de gamme est séduisant : finesse et stabilité du profil, légèreté de l’ensemble, si la membrane paraît hors de prix, un sandwich type CZ semble un compromis particulièrement bien adapté. Pour un programme grand voyage, un taffetas sur chaque face le protégera des effets néfastes du ragage. Véritable turbo des voiliers dans le petit temps, il peut faire office de gennaker en abattant au fur et à mesure que le vent monte. Sa seule limite est l’angle de remontée au vent, déterminé par le grément du voilier sur lequel il est installé.

Le tourmentin en cas de pépin

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Storm Bag© Delta Voiles - DR

Dernière voile dite « plate », le tourmentin n’a sans doute pas besoin d’être présenté. Recours ultime quand les conditions deviennent sévères, sur nos voiliers modernes, c’est sa mise en place qui est compliquée. Si un bas étai n’est pas libre en arrière du génois le plus souvent sur enrouleur, une solution maline a été imaginée par Delta Voiles avec le Storm Bag. Les deux plis de cette voile épaisse qui se positionne autour d’un génois enroulé, a un profil étonnamment performant une fois en place. Si l’envoi s’effectue depuis le cockpit, l’amener sur l’avant, fixer point d’amure, écoutes et drisse n’est pas forcément plaisant quand le vent a dépassé 35 nœuds, soit ses conditions d’utilisation. Mais hormis cette inévitable contrainte, c’est une voile indispensable, au bon sens marin du terme.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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