Interview Alain Thébault (2ème partie) – « La voile c'est le partage »

Salons
Mercredi 14 septembre 2022 à 11h18

Celui qui a porté à bout de bras, jusqu’à l’épuisement, le projet Hydroptère, croit plus que jamais aux bateaux volants. Installé en Suisse, le regard tourné vers les marchés émergents, libéré du 1000 feuilles administratif français, Alain Thébault associe visions enfantines aux compétences des meilleurs ingénieurs, pour dessiner un futur plus vertueux à nos déplacements sur l’eau. Figaro Nautisme l’a rencontré à Cannes, voici la seconde et dernière partie de l’entretien passionnant qu’il nous a accordé.

©Photo l'Hydroptere - DR
Celui qui a porté à bout de bras, jusqu’à l’épuisement, le projet Hydroptère, croit plus que jamais aux bateaux volants. Installé en Suisse, le regard tourné vers les marchés émergents, libéré du 1000 feuilles administratif français, Alain Thébault associe visions enfantines aux compétences des meilleurs ingénieurs, pour dessiner un futur plus vertueux à nos déplacements sur l’eau. Figaro Nautisme l’a rencontré à Cannes, voici la seconde et dernière partie de l’entretien passionnant qu’il nous a accordé.

Quels souvenirs gardez-vous de la longue aventure de l’Hydroptère ?

L’Hydroptère c’est une histoire très compliquée avec trois crashs, mes trois filles sont nées entre chaque crash, un chavirage hyperviolent à 50 nœuds en 2008 avec des blessés légers, et puis ce double record mondial en 2009. Après j’ai vendu ma maison pour traverser le Pacifique et j’étais ruiné. Je savais que c’était un aller sans retour, et en arrivant, l’état de Hawaï a saisi le bateau. J’ai un copain, Gabriel, qui l’a racheté 20 000 dollars et qui l’a ramené chez Airbus à Nantes. Voilà le résumé de l’histoire, mais je m’en fiche de posséder un bateau. Nos sillages sont importants, mais un sillage est éphémère. Je ne suis pas dans une logique de possession, ce que j’aime c’est faire bouger les lignes, lier l’aérien et le maritime, disrupter, faire sauter le système, à la Tesla. Pour cela, il y a selon moi, deux composantes absolument fondamentales. Il y a le design, qui attire les hommes, comme le petit Riva ici me fait rêver, et la technologie. J’ai consacré une vingtaine d’années de ma vie à l’Hydroptère, puisque j’ai rencontré Eric Tabarly quand j’avais 19 ans. Je suis allé le voir à Bénodet, sur les conseils d’Alain De Bergh, ingénieur chez Dassault, qui m’avait dit « va voir Eric, vous avez cette même idée de faire voler un bateau ». Je suis arrivé avec ma 2CV, ma planche à voile sur le toit, et Eric me dit « mais d’où tu viens où tu habites ? » Comme j’habitais dans ma 2CV, il m’a dit de m’installer chez lui et donc j’ai passé plusieurs années aux côtés de ce type absolument hors normes, atypique mais fondamentalement libre. On l’a vu avec Pen Duick II, la goélette Pen Duick III, le trimaran Pen Duick IV qui deviendra Manureva, Pen Duick V avec les ballasts, la coque plate, et puis Paul Ricard. Mais ce qui était compliqué c’est qu’à l’époque les matériaux composites n’existaient pas, il n’y avait que l’aluminium, donc avec Alain De Bergh, Xavier Joubert chez ACX à Brest, ils ont fait un bateau de compromis; C’est-à-dire avec la coque centrale posée sur l’eau et de petits foils pour limiter la traînée des flotteurs. Mais cette idée que nous partagions avec Eric n’était pas techniquement possible du fait des matériaux.

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De gauche à droite : Jacques Vincent, Jean Le Cam, Alain Thébault, Luc Alphand et Yves Parlier© Photo L'Hydroptere - DR
Vous avez navigué avec de grands marins, comment les avez-vous embarqués avec vous ?

J’adore me trouver face à l’inconnu, mais par moments, je ne dirais pas que ça fait peur, parce que chacun met le curseur à un certain endroit, mais c’est bien de les aborder avec une bonne équipe. Je suis très lié à Jean Le Cam, Michel Desjoyeaux et Yves Parlier avec qui on a fait les 400 coups. Yves Parlier, c’est un Monsieur, je l’avais invité pour la première traversée de la Manche. On part de Bretagne Sud, on va attaquer la houle à Ouessant. Je ne sais pas si on va arriver en Angleterre ou pas parce qu’on ne l’a jamais fait et j’aime ces situations pionnières où tu es face à l’inconnu. Je l’ai aussi invité aux Etats-Unis avec Jean Le Cam pour les essais avant la traversée du Pacifique entre San Francisco et Los Angeles à bord, avec Jacques Vincent. Avec Jean on voulait voir les falaises mythiques et le phare de Big Sur et on demande à Yves, qui était le meilleur en navigation, qui nous dit que c’était clair, qu’on pouvait y aller. Et là, on se prend les foils dans des algues monumentales, une zone signalée sur la carte mais que Yves n’avait pas vue. On avait l’hydroptère dans la houle, les trois foils empêtrés dans les algues. La nuit arrivant, on a cru qu’on allait perdre l’Hydroptère au pied des falaises. Arrivés à Los Angeles, Yves voulait sauter à l’eau pour ne pas louper son vol retour, alors qu’il y avait des requins partout ! Mais au-delà de l’anecdote, ces histoires de pionniers, tous ces projets-là, ils découlent de tout ce cheminement, toutes ces aventures où on essaie quelque chose en prenant les chemins de traverse.

Que pensez-vous des Ultims actuels qui, quelque part, sont les héritiers de l’Hydroptère ?

Il y en a un qui est bien, c’est François Gabart, parce qu’il a de l’authenticité, il a un parcours hors-norme. Alors il suscite un peu de jalousie, mais quand quelqu’un réussi il faut applaudir. L’équipe de Candela C8 par exemple, moi je leur dis bravo, leurs 70 ingénieurs ont fait du très bon travail, ça commence à marcher et je les félicite. Et puis il y a Francis Joyon, quel Monsieur. Il l’a prouvé en déposant tous les autres avec peu de moyens, seulement avec sa force physique et mentale.

Naviguez-vous pour le plaisir, en famille par exemple ?

Pour moi la voile c’est le partage, c’est naviguer en Hobie Cat 16, avec sa femme, ses enfants, ses copains. La voile est incarnée bien sûr par Tabarly qui a tout inventé, mais aussi par Hobie Alter. La voile c’est le plaisir d’un mouillage en Corse. Le symbole de la marine, c’est d’ailleurs l’ancre. La voile, pour moi, ce doit être la part du rêve, la dimension esthétique et le partage. Et le moteur c’est la mobilité dans le respect des générations à venir, donc plutôt en utilisant des matériaux recyclables. Nos bateaux par exemple, sont en aluminium. Dans une Tesla les sièges sont en fibre de bambou. Aujourd’hui tout est disponible sur l’étagère et on bouge trop lentement. Nous avons de la fibre de lin, des résines biosourcées, on peut vivre autrement. Comme le dit Bertrand Piccard, l’hydrogène c’est aujourd’hui !

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…