Préparation de la saison nautique : comment s'entraîner comme un coureur au large (sans en être un)

Equipements
Par Virginie Lepoutre

Alors que l’odeur de l’antifouling commence à chatouiller les narines sur les zones techniques, une question revient chaque printemps : sommes-nous physiquement et techniquement prêts à larguer les amarres ? Si les coureurs au large passent leur hiver à forger leur corps et leur mental pour le Vendée Globe ou la Route du Rhum, le plaisancier, lui, sort souvent de l'hibernation un peu « rouillé ». Et si, cette année, nous nous inspirions des méthodes des pros pour préparer notre corps et notre bateau ? Enquête sur une préparation physique et mentale adaptée à la croisière, pour transformer la navigation en pur plaisir plutôt qu'en épreuve de force.

Alors que l’odeur de l’antifouling commence à chatouiller les narines sur les zones techniques, une question revient chaque printemps : sommes-nous physiquement et techniquement prêts à larguer les amarres ? Si les coureurs au large passent leur hiver à forger leur corps et leur mental pour le Vendée Globe ou la Route du Rhum, le plaisancier, lui, sort souvent de l'hibernation un peu « rouillé ». Et si, cette année, nous nous inspirions des méthodes des pros pour préparer notre corps et notre bateau ? Enquête sur une préparation physique et mentale adaptée à la croisière, pour transformer la navigation en pur plaisir plutôt qu'en épreuve de force.
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C'est un classique des pontons : le premier week-end de la saison, on veut tout donner. On borde les écoutes à la volée, on saute sur le quai pour amarrer, on s'active sans relâche. Résultat le lundi matin ? Un lumbago, des courbatures à ne plus pouvoir lever le bras, ou pire, une blessure qui gâche le début de l'été. La différence entre un professionnel de la course au large et un plaisancier ne réside pas seulement dans le budget ou la taille du bateau, mais dans l'anticipation. Pour un skipper professionnel, le corps est un outil qui ne doit pas casser. Pour nous, plaisanciers, l'objectif est plus modeste mais tout aussi crucial : l'endurance et la sécurité.
Il ne s'agit pas de s'infliger le régime spartiate d'un athlète olympique, mais de piocher dans leur "boîte à outils" ce qui est pertinent pour la croisière côtière ou hauturière. Car naviguer, même en mode loisir, reste un sport complet qui sollicite l'équilibre, le cœur et le mental.

Le mythe du cardio : pourquoi courir ne suffit pas

L'erreur la plus commune, lorsque l'on décide de se « remettre en forme » pour la voile, est de se contenter de quelques footings. C'est utile pour le souffle, certes, mais totalement insuffisant pour la réalité de la mer. Vous pouvez poser la question à tous les préparateurs physiques qui entraînent nos plus grands « voileux » : ce qui pèche le plus chez les amateurs, c'est la proprioception et le gainage. Sur un bateau, le sol est instable en permanence. Un coureur au large entraîne son corps à compenser ces mouvements sans y penser, économisant ainsi une énergie précieuse.
Pour s'entraîner efficacement en hiver, il faut privilégier les exercices d'équilibre. Inutile d'investir dans des machines complexes : se tenir sur une jambe sur un coussin instable, faire des flexions en gardant le dos droit, ou travailler avec des élastiques pour simuler le mouvement des bras lors de l'embraque d'une écoute sont des exercices indispensables. Le but est de renforcer la ceinture abdominale et les muscles profonds. Ce sont eux qui vous sauveront le dos lorsque vous devrez remonter l'annexe ou hisser la grand-voile dans un clapot formé. À l'inverse, la musculation pure est souvent inutile, voire contre-productive, car elle réduit la souplesse nécessaire pour se faufiler dans une cabine ou intervenir sur le moteur.

La gestion du sommeil : ce qui est dangereux pour l'amateur

C'est ici que la frontière entre le pro et l'amateur doit être strictement tracée. On lit souvent des articles fascinants sur le sommeil polyphasique des navigateurs solitaires, qui dorment par tranches de 20 minutes. Attention, danger ! Vouloir imiter ce rythme sans un entraînement médical poussé et sans un bateau équipé d'alarmes ultra-sophistiquées est une aberration pour un plaisancier, même lors d'une traversée vers la Corse ou les Baléares.
Le coureur au large apprend à s'endormir sur commande parce qu'il n'a pas le choix. Le plaisancier, lui, doit apprendre à gérer sa "dette de sommeil" avant qu'elle ne survienne. La méthode à retenir des pros est celle de la sieste préventive. N'attendez pas de bailler ou d'avoir les yeux qui piquent pour vous reposer. Dès que la météo est calme et que le bateau file droit, forcez-vous à vous allonger 20 minutes. Les professionnels appellent cela "mettre du sommeil en banque". En croisière familiale, cela implique une organisation rigoureuse des quarts, même de jour. La fatigue est l'ennemi numéro un de la lucidité : c'est elle qui transforme une manœuvre ratée en accident potentiellement dramatique.

La répétition mentale : le secret des manœuvres réussies

Avez-vous déjà observé un skipper professionnel avant le départ ? Il est souvent assis, les yeux fermés, en train de visualiser. Il répète mentalement chaque geste : où je pose mon pied, quel bout je saisis et dans quel ordre... C'est une technique issue de l'aviation et du sport de haut niveau que tout plaisancier devrait adopter.
Au lieu de stresser en approchant du quai visiteur bondé en plein mois d'août, pratiquez la visualisation. Avant d'arriver, décrivez à voix haute à votre équipage le déroulé exact de la manœuvre : « Nous allons arriver face au vent, je vais mettre le moteur au point mort ici, toi tu prends l'amarre avant, toi le pare-battage volant ». Cette préparation mentale, qui ne coûte rien, désamorce le stress et évite les cris (inutiles et anxiogènes) une fois dans l'action. Comme le disent tous les formateurs : une manœuvre réussie est une manœuvre silencieuse.

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L'équipement et la "check-list" du froid

S'entraîner comme un pro, c'est aussi tester son matériel avant le jour J. Les coureurs au large n'attendent pas la tempête pour savoir si leur veste de quart est étanche. Profitez des sorties de pré-saison, souvent plus fraîches, pour valider votre équipement. Avez-vous froid aux mains ? Vos bottes glissent-elles sur le pont mouillé ?
C'est le moment de faire le tri entre le gadget et l'essentiel. Un couteau démanilleur accessible en permanence sur soi est indispensable. Une application météo dernier cri sur un smartphone qui n'est pas étanche ou dont la batterie ne tient pas le froid est inutile. À ce propos, pour la préparation de vos navigations, qu'il s'agisse d'une sortie côtière ou d'une traversée, le réflexe doit être de consulter des sources fiables. Les pros ne regardent pas seulement s'il va faire beau ; ils analysent l'évolution du vent et l'état de la mer pour choisir la bonne voile avant même de quitter le port. Apprenez à lire un fichier GRIB ou une carte isobarique cet hiver, c'est un investissement intellectuel qui paye dès la première sortie.

S'entraîner au pire pour savourer le meilleur

Enfin, il y a un aspect de l'entraînement du coureur au large que nous négligeons trop souvent par superstition : la gestion de l'avarie. Le pro sait réparer, ou du moins sécuriser, tout ce qui peut casser à bord. Sans devenir mécanicien expert, savez-vous changer la turbine de la pompe à eau ou purger le circuit gasoil les yeux fermés ?
L'exercice ultime, celui que l'on repousse toujours, est l'homme à la mer. Les professionnels le pratiquent régulièrement. En début de saison, choisissez une journée calme, jetez un pare-battage lesté à l'eau (sans prévenir l'équipage si possible) et chronométrez le temps de récupération. Vous réaliserez que sans entraînement, la manœuvre est chaotique. En répétant ce geste "à froid", vous créez des automatismes vitaux. C'est cela, la véritable préparation : transformer l'appréhension en compétence.
En résumé, s'entraîner comme un coureur au large ne signifie pas chercher la performance à tout prix, mais viser l'autonomie et la sérénité. C'est accepter que la mer est un milieu exigeant qui demande de l'humilité et de la préparation. Une fois ces bases physiques et techniques assurées, il ne restera plus qu'à profiter du meilleur : le silence du vent dans les voiles et l'horizon à perte de vue.

Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.