
C'est un classique des pontons : le premier week-end de la saison, on veut tout donner. On borde les écoutes à la volée, on saute sur le quai pour amarrer, on s'active sans relâche. Résultat le lundi matin ? Un lumbago, des courbatures à ne plus pouvoir lever le bras, ou pire, une blessure qui gâche le début de l'été. La différence entre un professionnel de la course au large et un plaisancier ne réside pas seulement dans le budget ou la taille du bateau, mais dans l'anticipation. Pour un skipper professionnel, le corps est un outil qui ne doit pas casser. Pour nous, plaisanciers, l'objectif est plus modeste mais tout aussi crucial : l'endurance et la sécurité.
Il ne s'agit pas de s'infliger le régime spartiate d'un athlète olympique, mais de piocher dans leur "boîte à outils" ce qui est pertinent pour la croisière côtière ou hauturière. Car naviguer, même en mode loisir, reste un sport complet qui sollicite l'équilibre, le cœur et le mental.
Le mythe du cardio : pourquoi courir ne suffit pas
L'erreur la plus commune, lorsque l'on décide de se « remettre en forme » pour la voile, est de se contenter de quelques footings. C'est utile pour le souffle, certes, mais totalement insuffisant pour la réalité de la mer. Vous pouvez poser la question à tous les préparateurs physiques qui entraînent nos plus grands « voileux » : ce qui pèche le plus chez les amateurs, c'est la proprioception et le gainage. Sur un bateau, le sol est instable en permanence. Un coureur au large entraîne son corps à compenser ces mouvements sans y penser, économisant ainsi une énergie précieuse.
Pour s'entraîner efficacement en hiver, il faut privilégier les exercices d'équilibre. Inutile d'investir dans des machines complexes : se tenir sur une jambe sur un coussin instable, faire des flexions en gardant le dos droit, ou travailler avec des élastiques pour simuler le mouvement des bras lors de l'embraque d'une écoute sont des exercices indispensables. Le but est de renforcer la ceinture abdominale et les muscles profonds. Ce sont eux qui vous sauveront le dos lorsque vous devrez remonter l'annexe ou hisser la grand-voile dans un clapot formé. À l'inverse, la musculation pure est souvent inutile, voire contre-productive, car elle réduit la souplesse nécessaire pour se faufiler dans une cabine ou intervenir sur le moteur.
La gestion du sommeil : ce qui est dangereux pour l'amateur
C'est ici que la frontière entre le pro et l'amateur doit être strictement tracée. On lit souvent des articles fascinants sur le sommeil polyphasique des navigateurs solitaires, qui dorment par tranches de 20 minutes. Attention, danger ! Vouloir imiter ce rythme sans un entraînement médical poussé et sans un bateau équipé d'alarmes ultra-sophistiquées est une aberration pour un plaisancier, même lors d'une traversée vers la Corse ou les Baléares.
Le coureur au large apprend à s'endormir sur commande parce qu'il n'a pas le choix. Le plaisancier, lui, doit apprendre à gérer sa "dette de sommeil" avant qu'elle ne survienne. La méthode à retenir des pros est celle de la sieste préventive. N'attendez pas de bailler ou d'avoir les yeux qui piquent pour vous reposer. Dès que la météo est calme et que le bateau file droit, forcez-vous à vous allonger 20 minutes. Les professionnels appellent cela "mettre du sommeil en banque". En croisière familiale, cela implique une organisation rigoureuse des quarts, même de jour. La fatigue est l'ennemi numéro un de la lucidité : c'est elle qui transforme une manœuvre ratée en accident potentiellement dramatique.
La répétition mentale : le secret des manœuvres réussies
Avez-vous déjà observé un skipper professionnel avant le départ ? Il est souvent assis, les yeux fermés, en train de visualiser. Il répète mentalement chaque geste : où je pose mon pied, quel bout je saisis et dans quel ordre... C'est une technique issue de l'aviation et du sport de haut niveau que tout plaisancier devrait adopter.
Au lieu de stresser en approchant du quai visiteur bondé en plein mois d'août, pratiquez la visualisation. Avant d'arriver, décrivez à voix haute à votre équipage le déroulé exact de la manœuvre : « Nous allons arriver face au vent, je vais mettre le moteur au point mort ici, toi tu prends l'amarre avant, toi le pare-battage volant ». Cette préparation mentale, qui ne coûte rien, désamorce le stress et évite les cris (inutiles et anxiogènes) une fois dans l'action. Comme le disent tous les formateurs : une manœuvre réussie est une manœuvre silencieuse.

L'équipement et la "check-list" du froid
S'entraîner comme un pro, c'est aussi tester son matériel avant le jour J. Les coureurs au large n'attendent pas la tempête pour savoir si leur veste de quart est étanche. Profitez des sorties de pré-saison, souvent plus fraîches, pour valider votre équipement. Avez-vous froid aux mains ? Vos bottes glissent-elles sur le pont mouillé ?
C'est le moment de faire le tri entre le gadget et l'essentiel. Un couteau démanilleur accessible en permanence sur soi est indispensable. Une application météo dernier cri sur un smartphone qui n'est pas étanche ou dont la batterie ne tient pas le froid est inutile. À ce propos, pour la préparation de vos navigations, qu'il s'agisse d'une sortie côtière ou d'une traversée, le réflexe doit être de consulter des sources fiables. Les pros ne regardent pas seulement s'il va faire beau ; ils analysent l'évolution du vent et l'état de la mer pour choisir la bonne voile avant même de quitter le port. Apprenez à lire un fichier GRIB ou une carte isobarique cet hiver, c'est un investissement intellectuel qui paye dès la première sortie.
S'entraîner au pire pour savourer le meilleur
Enfin, il y a un aspect de l'entraînement du coureur au large que nous négligeons trop souvent par superstition : la gestion de l'avarie. Le pro sait réparer, ou du moins sécuriser, tout ce qui peut casser à bord. Sans devenir mécanicien expert, savez-vous changer la turbine de la pompe à eau ou purger le circuit gasoil les yeux fermés ?
L'exercice ultime, celui que l'on repousse toujours, est l'homme à la mer. Les professionnels le pratiquent régulièrement. En début de saison, choisissez une journée calme, jetez un pare-battage lesté à l'eau (sans prévenir l'équipage si possible) et chronométrez le temps de récupération. Vous réaliserez que sans entraînement, la manœuvre est chaotique. En répétant ce geste "à froid", vous créez des automatismes vitaux. C'est cela, la véritable préparation : transformer l'appréhension en compétence.
En résumé, s'entraîner comme un coureur au large ne signifie pas chercher la performance à tout prix, mais viser l'autonomie et la sérénité. C'est accepter que la mer est un milieu exigeant qui demande de l'humilité et de la préparation. Une fois ces bases physiques et techniques assurées, il ne restera plus qu'à profiter du meilleur : le silence du vent dans les voiles et l'horizon à perte de vue.
Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.
vous recommande