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Le benjamin de la course est en train d'imposer sa suprématie sur le Vendée Globe.
UNE grande star de la voile française est-elle née? Le mardi 1er janvier, François Gabart, 29 ans, a passé le cap Horn en tête du Vendée Globe après 52 jours de course. Soit quatre jours de moins que Michel Desjoyeaux, lors de la dernière édition. Jeudi, à l'approche des Malouines, le skipper du bateau Macif savourait la fin des mers du Sud mais sans s'emballer: «Le passage du Horn ne signifie pas la fin d'une navigation musclée. Je ne suis pas grisé par ma position de leader. Je reste concentré sur ma course, il y a assez de choses à faire à bord...»
Sa place de leader, le jeune marin ne l'a pas volée: depuis plus de cinquante jours, il est souvent le plus rapide de la flotte. Il ne commet également aucune erreur. Dans l'océan Indien, Gabart a même enchaîné les records de vitesse, parcourant 543,3 milles en 24 heures, soit près de 1 000 kilomètres (entre le 9 et le 10 décembre, nouveau record en 60-pieds open). Puis il a profité de l'océan Pacifique pour creuser l'écart sur le reste de la flotte en compagnie de son actuel dauphin, Armel Le Cléac'h (Banque Populaire). À moins qu'il ne subisse des problèmes techniques qui sont possibles jusqu'à la ligne d'arrivée, Gabart ne bataille plus qu'avec Le Cléac'h (leur mano a mano dure depuis le début de l'océan Indien) et Jean-Pierre Dick (Virbac Paprec) qui peut encore espérer revenir. Autant le dire: il faudrait donc une catastrophe pour que le jeune marin ne décroche pas un podium pour sa toute première circumnavigation en solitaire.
Le benjamin de la flotte du Vendée Globe ne débarque pas de nulle part. Il a fait ses armes sur le circuit Figaro (2e de la Solitaire et champion de France de course au large en 2010). Pour ce Vendée Globe, il a pu construire un bateau neuf et s'est adjugé les conseils d'un mentor de choix: Michel Desjoyeaux. «Mon rôle a été de lui dire: "Tous les jours tu auras des problèmes à régler", explique le Professeur. Donc quand il a une emmerde, il le voit simplement comme un fait de course.» Pour la météo et la stratégie, François Gabart a bénéficié de la formation d'excellence de Port-la-Forêt, tout comme ses deux poursuivants. Pendant la course, Michel Desjoyeaux assure n'avoir parlé qu'une fois avec son poulain. «C'était lors de l'anticyclone de Sainte-Hélène et je crois que c'était plus pour causer que pour me parler à moi en particulier», sourit-il. Le double vainqueur du Vendée, très confiant dans le «potentiel du garçon», le regarde évoluer sans surprise. Alors que son parrain détient le record du nombre de triomphes, Gabart pourrait décrocher celui de la jeunesse en devenant le premier gagnant de moins de 30 ans.
François Gabart détonne aussi parmi les loups de mer lancés à sa poursuite. Ce régatier et compétiteur très concentré ne semble pas connaître les coups de gueule ou les états d'âme. «Parfois, j'entends dire que le discours des deux leaders est lisse comme celui des hommes politiques, nous confiait récemment Christian Le Pape, directeur du pôle de Port-la-Forêt. Mais imaginez alors la force de caractère pour dire que tout va bien alors qu'on lutte constamment et que peut-être l'instant d'avant on était en vrac au fond du bateau.» Gabart s'exprime davantage sur Twitter, en direct du bord. Son premier message après le cap Horn était ainsi: «Viens de profiter de la molle, du soleil et de mon nouveau "statut" pour faire ma p'tite commission au vent!!! Quel bonheur!!! ;-)» Et si sa force n'était pas tout simplement son plaisir d'être sur l'eau et de profiter de son premier tour du monde? Quelle que soit sa place aux Sables-d'Olonne à la fin du mois, le prodige Gabart va rentrer dans la cour des grands de la voile française.