Mini Globe Race : les « Mighty Mini » mettent le cap sur l’ultime étape d’un tour du monde hors norme

Course au large
Par Le Figaro Nautisme

Jeudi 19 février 2026 à 14h, dans le port de Recife, onze voiliers de 5,80 m ont franchi une ligne de départ installée au pied de la spectaculaire Crystal Tower. Direction Antigua, pour la toute dernière étape de la McIntyre Mini Globe Race. 2 300 milles à parcourir. Une formalité à l’échelle d’un tour du monde de 24 000 milles. Et pourtant, sans doute l’un des tronçons les plus stratégiques.

Jeudi 19 février 2026 à 14h, dans le port de Recife, onze voiliers de 5,80 m ont franchi une ligne de départ installée au pied de la spectaculaire Crystal Tower. Direction Antigua, pour la toute dernière étape de la McIntyre Mini Globe Race. 2 300 milles à parcourir. Une formalité à l’échelle d’un tour du monde de 24 000 milles. Et pourtant, sans doute l’un des tronçons les plus stratégiques.
© andrerickoficial

 

Une aventure que beaucoup jugeaient impossible

Il y a un an, le 23 février 2025, quinze marins quittaient Antigua à bord de leurs ALMA Class Globe 580, de minuscules voiliers en contreplaqué de 19 pieds, construits pour la plupart par leurs soins. L’idée semblait presque irréaliste : faire le tour de la planète, en solitaire, sur des bateaux plus courts qu’un semi-rigide familial. Depuis, trois concurrents ont abandonné pour raisons financières, un autre pour raison de santé. Ils sont onze à pouvoir encore rêver de boucler la circumnavigation. Derrière eux, des escales exotiques, des moments de peur, des réparations improvisées au large, et une rivalité sportive étonnamment serrée pour une flotte aussi réduite. Quelques jours à peine séparent les leaders.

 

Recife, un départ chargé d’émotion

Le départ brésilien, orchestré par la Fédération de voile du Pernambouc, s’est déroulé dans des conditions légères mais impeccables. Atmosphère électrique, public enthousiaste, et un sentiment très clair : quelque chose d’important se jouait. Les équipes locales de la marina de Recife ont accueilli la flotte comme une famille. Les organisateurs parlent déjà d’un retour en 2029. Les marins, eux, avaient le regard tourné vers l’Atlantique. Une dernière photo de groupe avant le grand saut. Ce qui avait commencé comme une aventure individuelle est devenu une fraternité indestructible.

 

Une bataille tactique dès les premières heures

À peine 24 heures après le départ, la course a pris une tournure inattendue. Le Britannique Keri Harris (Origami) et l’Allemand Christian Sauer (Argo) ont tenté un pari audacieux : s’éloigner des côtes pour aller chercher davantage de courant et de vent. Le reste de la flotte a choisi une route plus prudente, au plus près du littoral, dans des vents faibles mais mieux orientés. Quatorze heures plus tard, le verdict tombait : Harris accusait déjà 40 milles de retard. Pendant ce temps, l’Espagnole Pilar Pasanau (Peter Punk) prenait la tête pour la première fois depuis le départ du tour du monde. Elle l’avait annoncé : elle voulait briller sur cette étape. Elle tient parole. Tous, ou presque, rêvent aussi de devancer le Suisse Renaud Stitelmann (Capucinette), vainqueur de chaque étape jusque-là. Le suspense est total.

 

Le défi final : les pièges de l’Atlantique

Si les premières 24 heures ont été clémentes, la suite s’annonce autrement plus complexe. Les marins devront traverser les zones de calmes équatoriaux, composer avec les puissants courants, éviter les troncs d’arbres charriés par l’Amazone et gérer des vents souvent de travers, voire défavorables, à l’approche d’Antigua. Les voiles sont fatiguées, brûlées par des mois de soleil. Les bateaux, eux, ont prouvé leur robustesse. L’Américain Eric Marsh (Sunbear) a accepté une pénalité de 48 heures pour avoir installé une grand-voile neuve avant le départ. D’autres ont choisi de partir avec leur jeu de voiles usé, misant sur la résistance du matériel. Pari audacieux, mais cohérent dans l’esprit brut et minimaliste de cette course.

 

La vraie épreuve : mentale

Au-delà de la performance pure, c’est la dimension psychologique qui marque cette édition. Après le passage du cap de Bonne-Espérance et l’arrivée au Cap, plus de la moitié de la flotte a traversé une phase sombre. Doute, fatigue accumulée, remise en question. Un tour du monde en solitaire transforme irrémédiablement ceux qui s’y confrontent. Les marins le disent sans emphase : leur vie a changé. Ils se redéfinissent en mer. La Mini Globe Race n’est pas seulement une compétition. C’est une expérience radicale, presque initiatique. Une navigation dépouillée, sans luxe, sans assistance, où chaque décision compte et où l’erreur se paie immédiatement.

 

Antigua en ligne de mire

Il reste 2 300 milles. Quelques jours, peut-être deux semaines selon les conditions. Rien n’est joué. Dans ces petits voiliers de 5,80 m, l’Atlantique paraît immense. Mais l’objectif est clair : revenir là où tout a commencé.  Quand ils franchiront la ligne à Antigua, ce ne sera pas seulement la fin d’une course. Ce sera l’aboutissement d’un pari que beaucoup considéraient comme déraisonnable. Et pour ces onze marins, ce ne sera sans doute jamais vraiment terminé. On ne referme pas un tour du monde en solitaire comme on referme un carnet de bord.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.