Retour sur une option tranchée avec Damien Guillou

Course au large
Par Figaro Nautisme

Le marin (La Solidarité Mutualiste) a franchi la ligne d’arrivée en 9e position, après 22 jours, 16 heures, 23 minutes et 43 secondes de course.

Le marin (La Solidarité Mutualiste) a franchi la ligne d’arrivée en 9e position, après 22 jours, 16 heures, 23 minutes et 43 secondes de course.

Damien Guillou est arrivé à Fort-de-France dans la nuit de lundi à mardi, sous la pluie et les applaudissements. Yoann Richomme était là pour lui apporter sa première bière tandis que le vainqueur de la course, Erwan Tabarly, venait discrètement le féliciter. Tout de suite, les deux skippers ont passé rapidement en vue les différentes options. Damien Guillou a choisi une stratégie tranchée pour sa première transatlantique en solitaire, au plus près de la route directe.

 

Une route occidentale en deux étapes
 

Damien Guillou est passé à l’ouest du DST (dispositif de séparation du trafic) puis à l’ouest de Madère. « J’ai misé sur un décalage à l’ouest pour le cap Finisterre mais cela ne s’est pas passé comme prévu, a expliqué le marin à son arrivée. Le front se déplaçait plus vite et la flotte, qui n’avait pas misé sur ce décalage, ressortait par en dessous, venant se replacer devant nous. » Damien Guillou étudie donc attentivement les modèles météo, à la recherche d’une solution pour accrocher. Si le premier ne voit pas d’ouverture, le deuxième lui offre une solution pour couper la route. « C’était délicat mais à force de suivre ce modèle, je me suis rendu compte qu’il était cohérent donc j’ai tenté le coup. » Et le marin ne regrette pas ce coup de poker. « Je ne ressors pas du tout en tête de cette option mais quoi qu’il se passait, j’étais en train de prendre mon ticket derrière la flotte. Elle aurait pu payer beaucoup plus mais ce n’était pas un si mauvais choix que cela », assure-t-il.
Damien Guillou n’a toutefois pas caché qu’ouvrir la voie sur cette stratégie radicale n’était pas une mince affaire. « Ces options à long terme sont rares. Là j’ai mis quasiment 45 degrés dans ma route et je suis parti sur près de 800 milles, sans savoir ce que cela allait donner à la fin, a-t-il expliqué. Alors oui, il y a un petit moment au cours duquel on se dit « mince, j’ai peut-être fait une bêtise ». Donc on retourne sur son ordinateur, on vérifie, on re-vérifie et puis finalement on se dit, non, c’est bon, je sais pourquoi j’y vais et j’y crois. » Damien Guillou ne pensait pas que les autres skippers, le long des côtes africaines allaient avoir autant de vent, mais il répète que cette option lui a apporté une motivation différente et lui a permis de beaucoup apprendre.

 

Le match puis le bricolage


Le skipper de Solidarité Mutualiste a le sentiment d’avoir vécu deux transats : le match pour commencer puis une lutte à la MacGyver. « J’ai perdu mes trois spis en quasiment 40 heures, a-t-il raconté. J’ai tenté de les réparer mais la colle fondait au soleil. J’ai même essayé d’envoyer un seau d’eau pour refroidir mes voiles. » Il doit donc sans cesse recommencer les réparations jusqu’à ne plus avoir de matériel. « Et quand je pouvais porter un spi, je ne tirais pas dessus : dès que le vent montait un peu, je l’affalais pour le préserver car je n’étais pas serein du tout. Je sautais sur le pont dès que je voyais un nuage. » Même dans son sommeil, les soucis techniques le poursuivent. « Je me réveillais en sursaut en pensant que mon spi était en lambeau, je bondissais sur le pont et non, il était toujours là. Ce cauchemar revenait dès que je fermais l’œil, précise-t-il. J’avais l’impression de devenir dingue. » Finalement, le skipper a réussi à retarder le moment où il a fallu se passer de spi. « Et là, c’était super dur. Naviguer sans spi, c’est un peu comme rouler en première avec une voiture, sans pouvoir passer la seconde. »
Les derniers milles de traversée ont donc été très long, d’autant que Damien Guillou a également affronté une fuite de gaz. « Je ne pouvais plus faire chauffer mes aliments donc j’ai commencé par vider mon stock de sucré et j’ai fini par manger du lyophilisé froid. Ce n’est franchement pas bon mais quand on a faim… » Toutefois le skipper reste positif et n’oublie pas les bons moments, même dans les pires complications. En longeant la Martinique, de nuit, il s’est ainsi réjoui de sentir les premières odeurs de la terre et d’entendre le chant des grillons. Cette transatlantique n'aura pas réussi à lui faire perdre son sourire.

 

 

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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