
Ce week-end, à Lausanne, François Gabart a reçu le titre de champion du monde IMOCA, succédant ainsi à Jean-Pierre Dick. Il nous a accordé quelques minutes avant d’aller chercher son trophée.
Le titre de champion du monde vient récompenser la régularité d’un skipper sur l’ensemble des courses de circuit. Il a déjà été décerné à Roland Jourdain (2001 et 2002), Bernard Stamm (2003 et 2007), Mike Golding (2005), Jean Le Cam (2006), Armel Le Cleac’h (2008) et Jean-Pierre Dick (2010 et 2011). Pour François Gabart, il vient souligner l’énergie dépensée par l’un des derniers arrivés sur le circuit pour remporter le fameux Vendée Globe. « Nous avons fait les courses les unes après les autres, en essayant d’être à fond à chaque fois pour notre objectif final », explique-t-il. Sa prochaine échéance est maintenant la Transat Jacques Vabre, le 3 novembre prochain, une course importante pour le skipper – « cela a été ma première course en IMOCA en 2009 avec Kito de Pavant » - et pour son sponsor, la MACIF. Pourtant, il accuse une très grande fatigue et un agenda complet jusqu’à la fin de l’année. "Je suis arrivé très fatigué aux Sables d'Olonne et je n’ai pas réussi à me reposer depuis."
La course continue
L’émotion de la course est toujours très présente pour le marin qui replonge dans l’ambiance de la course à chaque sollicitation. « J’en ai pris plein la figure et cela me touche encore très fort quand je vois des images de la course, nous confie-t-il. Je ne sais pas combien de temps cela durera, peut-être toute ma vie. Dans un sens, c’est ce que j’espère car ce sont de belles émotions. » La première fois qu’il a découvert les images de la course, c’était sur un grand écran à Niort, deux semaines après l’arrivée. « Je n’avais jamais vu ces images, même sur le bateau, se souvient le skipper. Cela m’a fait vraiment bizarre de me retrouver à devoir parler tout de suite après à 2000 personnes. Quelque part, j’aurais préféré être tout seul chez moi dans mon canapé, pour avoir un peu d’intimité, mais en même temps je suis content de partager cela. » Depuis quelques semaines, la MACIF dévoile des images inédites de la course, tout comme le film Coureur au large réalisé par Yves Le Grain Crist. « Après, les instants les plus forts, lorsqu’on est surpris à bord, resteront mon privilège de marin car dans ces moments là on n’a pas le temps de prendre un appareil photo, explique-t-il. Courir au large, c’est beaucoup de travail, de sacrifices, mais c’est aussi l’immense privilège de vivre des moments uniques. » Depuis son arrivée, le marin est marqué par l’accumulation des rencontres, par les inconnus qui le saluent dans la rue. « C’est surprenant d’être à Paris, de rencontrer sur un trottoir une petite grand-mère qui a suivi toute la course, témoigne-t-il, et de retrouver quelques heures plus tard, à l’autre bout de la France, une trentaine d’enfants qui ont travaillé sur le Vendée Globe à l’école. » Le parrain de son bateau, Michel Desjoyeaux, lui avait conseillé de se protéger de cette intense sollicitation médiatique. « Bien sûr, mais il ne faut pas non plus se fermer, commente François Gabart. J’ai la chance d’être très bien entouré. Mon équipe technique, par exemple, continue à avancer même si je ne suis pas forcément disponible. C’est sûr que si je n’avais pas la chance d’avoir ces belles personnes autour de moi, ce serait encore plus dur. » Depuis son arrivée, le vainqueur du Vendée Globe répète que le plus dur c’est de dire non. « C’est parfois un vrai déchirement de devoir décliner l’invitation de quelqu’un qu’on admire, qui porte de belles valeurs, ajoute-t-il. Mais depuis quelques semaines, je sais que mon année 2013 est déjà complétée. Cela a le mérite d’être simple : je ne peux plus dire oui, c’est trop tard. »
Aussitôt après avoir reçu son trophée, François Gabart est reparti en direction du Morbihan afin de prendre le départ de l’Eurocat. Une parenthèse de navigation en catamaran de sport F18 Phantom, et en duo avec le champion du monde en titre de la discipline, Matthieu Vandamme. Son monocoque 60 pieds ne retrouvera l’eau salée qu’à la fin du mois de mai.