
VIDEO - Après deux victoires en double sur la Barcelona World Race, le skipper de Virbac-Paprec a mis toutes ses forces dans la bataille du Vendée Globe pour enfin gagner en solitaire. Malheureusement, une avarie de quille en a décidé autrement. Nous l’avons retrouvé aux Sables d’Olonne, lors de la remise des prix.
Figaro Nautisme : Qu’avez-vous ressenti au moment de monter sur la scène lors de la remise des prix ?
C’est une page qui se tourne et cette course était beaucoup pour moi. Avec le recul, je dirais qu’elle m’a beaucoup apporté même si j’attendais une régate et que j’ai finalement vécu une grande aventure. Mais ce qui reste et qui fait la beauté de cet événement, c’est l’obligation de se dépasser.
Comment avez-vous vécu votre retour à terre ?
Il faut désormais vivre avec la passion de beaucoup de gens qui sont spectateurs de l’événement et qui le vivent très intensément. Le regard sur nous change et nous avons la chance de bénéficier de cette reconnaissance.
Avez-vous réussi à digérer l’aventure de vos 2600 milles sans quille ?
Le côté aventure est plutôt la partie désormais sympa dans mon esprit. Ce qui est plus difficile à avaler c’est la défaite sportive : ne pas pouvoir gagner alors que j’avais les cartes pour le faire. J’ai tout donné et pourtant j’ai dû admettre l’adversité. Disons que cela fait partie de la vie. C’est déjà extraordinaire d’avoir remporté deux tours du monde sur la Barcelona World Race. Peut-être que la chance me sourira un jour sur le Vendée !
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Reviendrez-vous sur le Vendée Globe ?
Pour l’instant, je ne peux pas dire si je vais y retourner un jour. Il faut une énergie colossale et je n’ai pas envie de faire un Vendée en demi-teinte. Il faut les ressources qui vont bien pour gagner cette épreuve car c’est aussi une course de moyens. Le Vendée Globe est mon rêve depuis plusieurs années et cela l’est toujours mais la victoire est un graal extrêmement difficile. Avec la remise des prix, on voit la déception des skippers qui pouvaient gagner, notamment dans le regard de Vincent Riou ce samedi soir, dans celui d’Armel le Cleac’h bien sûr… et dans le mien aussi. Mais il n’y a qu’un gagnant et celui là est très fort donc il n’y a pas d’acrimonie, juste l’envie de partager cela un jour. Je sais que c’est déjà très beau de passer la ligne d’arrivée mais la victoire est extraordinaire.
Qu’est-ce qui donne envie d’aller sur le Vendée Globe ?
D’abord la passion de la mer car un tour du monde reste une communion avec la nature. Ensuite la compétition. Ces deux passions conjuguées créent en moi un cocktail explosif qui me fait faire beaucoup de sacrifices ! Ce sont des années de préparation mais nous sommes chanceux d’être portés par tant de gens qui croient en nous et qui tiennent à cette course qui les fait rêver.
Qu’est-ce qui a vraiment changé sur l’édition 2012-2013 ?
La médiatisation bien sûr. Mais ce que j’ai vécu sur ma course c’est aussi l’intensité de l’implication physique, du non-stop, du très haut niveau. C’est devenu un sport très complet. Le Vendée Globe franchit également, édition après édition, des paliers en terme de technicité pour toujours mieux mener les bateaux.
Vous avez participé à l’avalanche de records dans les mers du sud. Pensez-vous que la standardisation des quilles et des mâts, pour le Vendée Globe 2016, pourrait brider de prochains records ?
La nouvelle jauge bloque deux éléments mais nos bateaux restent des machines très performantes et je pense que ce qui fait la beauté du Vendée Globe, ce ne sont pas les records. Comme pour chaque édition, les parcours diffèrent avec des portes de glace qui changent, il n'y a pas de référence donnée. Ce qui fait l’alchimie du Vendée Globe ce sont des êtres humains qui se battent dans la nature avec des aléas qui peuvent tout arrêter très vite.
Vous naviguez désormais en MOD 70. Quelles sont vos sensations en mer ?
C’est encore plus extrême avec des bateaux très pointus qui vont en moyenne une fois et demie voire deux fois plus vite que les monocoques 60 pieds. J'apprécie également le format en équipage avec, à bord de Virbac-Paprec 70, des marins venus d’horizons différents. J’ai toujours eu envie de partager ma passion de la mer mais aussi de ces belles machines et j’aime embarquer nos partenaires à bord. Enfin, le multicoque en France fait également rêver le public. Mon idée est de faire le tour du monde en multicoque.