
A quelques heures du départ de la 2e étape de la Solitaire du Figaro-Éric Bompard Cachemire, la tension est palpable.
Les mines sont graves alors que la grisaille enveloppe la ville de Porto. La pluie est collante comme lors d’un week-end raté en Bretagne... où ailleurs. La Marina, à deux doigts du centre historique de Porto, est guère animée et les flammes aux couleurs des sponsors pendouillent nonchalamment, uniquement au gré du clapot. Engoncés dans leur ciré, renfrogné dans leur bulle, les concurrents arrivent un à un sur la Douro Marina. Fuyant les regards de ceux souhaitant leur extirper quelques mots avant le départ de cette deuxième étape. Les préparateurs, eux, s’activent depuis un moment. Regardant pour la énième fois la liste des tâches qu’ils avaient à exécuter. Les Figaro Bénéteau sont prêts. Les dernières réparations ont été effectuées. Full Irish de l’Irlandais David Kenefick ayant été remis à l’eau hier en soirée après la réfection de son voile de quille. Les bras droits des skippers, croisant les doigts, attendent tous le passage de Brigitte Favre, le jaugeur de l’épreuve. Trois bateaux ont été tirés au sort pour des contrôles inopinés de poids. Les cartes SIM de certains IPad sont même inspectées.
Sous la tente humide de l’organisation, quelques ordinateurs tournent pour glaner les derniers fichiers météo. Il est 9 h 30. Gilles Chiorri, le directeur de course, annonce officiellement que la parade sur le Douro jusqu’au pont Eiffel est annulée. Les bateaux sortiront donc une heure plus tard pour rejoindre l’océan. Alexis Loison (Groupe FIVA), 5e au classement général, esquisse un rictus. Il prend son temps pour ne pas dévoiler sa tactique. Des oreilles indiscrètes pourraient en profiter : « Il ne fait pas beau mais on a signé pour être là ! Normalement, cela devrait s’améliorer dans l’après-midi. Je suis motivé, en ayant encore l’envie de bien faire. Sur le papier, j’ai connu des étapes plus simples. Mais on va tous être logés à la même enseigne, il faudra seulement avoir de bonnes inspirations. J’ai bien des schémas dans ma tête, avec des endroits où il ne faudra pas aller. En tout état de cause, aller au large rallongera la route même si il y a un peu plus de vent. Soit tu prends l’autoroute avec les péages, soit du prends les petits chemins en souhaitant qu’il n’y ai pas trop de tracteurs ».
Thierry Chabagny (Gedimat) s’apprête à monter à bord de son coursier. Bien élevé, il s’essuie les pieds. La pluie vient de faire une pause café. La tension est présente malgré le sourire courtois crispé du 7e du classement : « L’été n’a duré que deux jours. Il est reparti je ne sais où. Heureusement un front orageux sera là cet après-midi et derrière on devrait trouver du vent de Nord-Ouest avec moins de nuages. Celui-ci devrait nous faire remonter jusqu’au cap Finisterre. On devrait y être dimanche dans la soirée. Il va falloir être opportuniste, comme sur la première étape. Surtout observateur pour comprendre ce qu’il va se passer ».
Environ 300 milles vont ouvrir leurs tentacules pour rejoindre Gijón à 13 heures. Tous vont pouvoir rêver de toucher la félicité.