
Le nouveau recordman de l’Atlantique Nord en solo a avoué avoir souffert du stress lié à sa navigation à très haute vitesse.
L’ATLANTIQUE Nord, c’est le marathon de la voile, la référence des océans, la distance pour laquelle les pingouins spectateurs se lèvent pour applaudir. Pas un sprint à fond mais un rythme endiablé pendant 5-6 jours. Encore plus dur. 2 865 milles, la distance officielle, entre les États-Unis et l’Europe, entre New York et le cap Lizard au sud-ouest de l’Angleterre. Et à l’arrivée, ce dimanche pour Francis Joyon, un nouveau record de légende en solitaire. Après 5 jours 2 heures et 56 minutes d’une traversée parfaitement maîtrisée sur son trimaran Idec de 30 mètres. « Le plus dur ? C’était le stress lié au fait que j’étais à la limite du chavirage tout le temps. J’étais inquiet, au moins les 2-3 premiers jours », a reconnu Joyon, 57 ans au compteur.
Et pour que ce « marin à l’ancienne », dur au mal, discret et adepte d’une navigation « naturelle » admette une inquiétude totalement légitime, c’est qu’il a vraiment dû fleureter avec la ligne blanche plus que de raison, bien soutenu à terre par son météorologue favori Jean-Yves Bernot. « On est parti (de New York) avec une fenêtre météo pas très attrayante mais on s’est dit que cela valait le coup de tenter le pari ».
Déjà détenteur des records du tour du monde en solo (57 jours et 13 heures), de la Route de la découverte (Cadix-San Salvador en 8 jours 16 heures) et de la plus grande distance parcourue en 24 heures (666,2 milles, soit 1 233,4 km), le marin menhir a dû cravacher pour signer le grand chelem. En pulvérisant le chrono de Thomas Coville (Sodebo) de 16 heures et 24 minutes et en récupérant un record sur l’Atlantique qu’il a déjà détenu en 2005. Cette année-là, après la ligne franchie, il s’était endormi et échoué sur le chemin du retour vers La Trinité. Et, en 2011, lors d’une nouvelle tentative, il avait chaviré peu après le départ de New York. Rien de tout cela en 2013. Juste des vitesses hallucinantes, aux alentours de 35 nœuds, et une moyenne démentielle, 26,20 nœuds, pour rattraper une route plus sud, plus longue (3 222 milles parcourus) et très humide.
« Il a plu énormément. J’étais dans la partie active de la dépression. Tout est trempé à bord », a admis Joyon, qui n’a eu à déplorer que la casse d’un ordinateur « qui a pris l’eau ». Une broutille pour un marin qui n’aime rien de plus que la vraie vie. Et qui sait déjà que son record peut être battable, comme tous les chronos : « En empruntant une route plus nord, on peut gagner au moins une demi-journée. L’avantage de cette route plus sud, c’est que j’ai eu moins de brume et de risque d’icebergs ». Des conditions plus acceptables pour défier l’océan à très haute vitesse. « M’attaquer au record des 24 heures m’a bien aidé. J’ai atteint des vitesses cibles que je ne connaissais pas encore il y a un an. J’ai découvert un nouveau potentiel. Je ne sais pas la limite de ces bateaux ». Ca promet pour l’avenir de ce marathon de légende.