
Avec des conditions prévues venteuses, la dernière manche vers Dieppe s’annonce comme celle de toutes les incertitudes.
Comme les Johnnies au temps jadis partant vendre leurs oignons roses en Angleterre, les skippers quittent Roscoff ce jeudi à 13 heures avec des espoirs de fortune. Direction la Haute-Normandie via un périple des plus tortueux devant les mener vers les falaises dieppoises. Avec un retour en mer d'Iroise, chaussée de Sein, montée vers Wolf Rock à la pointe occidentale de la Cornouailles anglaise, virage à l'entrée des Needles devant l'île de Wight pour dérouler la Manche avec une petite virgule dans l'ouest de l'arrivée. 520 milles toniques où le jeu restera ouvert. Ce parcours du bouquet final de cette Solitaire du Figaro-Éric Bompard Cachemire a été finalement dévoilé ce mercredi à 15 heures aux concurrents.
Depuis la veille, une fronde s'était installée pour faire revenir le directeur de course à la raison sportive. Ce lobbying, mené principalement par les retardataires du classement général, a donc pris le dessus. Le parcours réduit mardi soir ne leur laissait que peu de chance de revenir en temps sur les leaders avec un vent annoncé majoritairement portant.
11e au classement, Michel Desjoyeaux (TBS) accusant 1 h 41 de débours sur le leader, Frédéric Duthil (Sepalumic), n'était pas trop mécontent de la situation: «Nous sommes dans un schéma où il y a ceux qui veulent se refaire et ceux qui voudraient pouvoir assurer et dormir tranquilles jusqu'à Dieppe. On peut encore voir des rebondissements fâcheux et de taille. Depuis le début, je rappelle que cette course se joue au temps et que le vainqueur sera connu uniquement à Dieppe. Il peut se passer beaucoup de choses, d'autant plus que la météo ne s'est pas mal calmée. Cela peut rouvrir le jeu, ce qui est bon dans ma situation actuelle.»
Le précédant au tableau des bons élèves, les Fabien Delahaye (Skipper Macif 2012), Jérémie Beyou (Maître CoQ), Alexis Loison (Groupe FIVA), Nicolas Lunven (Generali) ou Yoann Richome (DLBC) devaient tirer les mêmes plans sur la comète. De son côté, Frédéric Duthil, plutôt souriant et détendu comme jamais, ne voulait pas polémiquer. Son envie d'en découdre prenant le dessus: «C'est la première fois que j'aborde la dernière étape en tête. Statistiquement, le skipper dans cette situation finit par gagner au classement général. Nous n'aurons pas de système météo complexe comme une grosse bulle anticyclonique à traverser dans notre progression le long des côtes anglaises. Cela va être avant tout de la vitesse pure sur des petites portions de parcours. Comme je me sens bien cette année, tout cela reste positif sur le papier.»
Ayant annoncé qu'il terminerait sa carrière sportive à l'issue de la saison, l'expert en bâtiment restait optimiste, ou feignait de l'être. Ses principaux adversaires, à moins de 45 minutes de son tableau arrière, Morgan Lagravière (Vendée), Yann Éliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) et Xavier Macaire (Skipper Hérault), allaient pouvoir aboyer à ses trousses, il affirmait sans en démordre que rien ne pouvait le perturber dans ces vents de galerne: «Avec 29 minutes d'avance, à 8 noeuds de moyenne, il faudrait qu'il me colle quatre milles d'écart. L'objectif est d'être dans ce créneau-là et de faire en sorte d'être dans le groupe de tête dès le départ. Si je dois gagner, j'aimerais que cela soit fièrement, en enfonçant le clou pour ne pas voler la victoire.»
Après une navigation plutôt confortable vers Wolf Rock, le système dépressionnaire ayant perturbé les neurones de tous devrait offrir des conditions des vents portants le long des côtes de la perfide Albion. Des vents de force 6 à 7 seront au rendez-vous pour traverser la Manche vendredi. Arrivée tout schuss prévue samedi à Dieppe en fin de soirée. Pour un final d'anthologie.
Classement général (après jury): 1. Duthil
2. Lagravière à 29'56 ; 3. Éliès 32'28 ; 4. Macaire 45'35 ; 5. Lunven 1 h 03'03 ; 6. Richomme 1 h 05'20 ; 7. Loison 1 h 07'21 ; 8. Beyou 1 h 13'33 ; 9. Delahaye 1 h 17'21 ; 10. Goodchild 1 h 40'13 ; 11. Desjoyeaux 1 h 41'54...