
Avec un fleuve piégeur, de multiples avaries techniques, un Morphée trop insistant et de nombreuses frustrations techniques, l’apprentissage est dur pour les bizuths de cette 44e Solitaire du Figaro.
Ils étaient sept au départ mais ils ne seront pas plus de six à l’arrivée. Dans la nuit de jeudi à vendredi, Joan Ahrweiller a dû jeter l’éponge sur avarie technique après une course audacieuse. « J’ai tenté des coups qui n’ont pas forcément marché mais j’ai essayé des choses, j’ai navigué comme j’aime bien, sans forcément suivre tout le monde », nous avait confié le skipper de Basse-Normandie alors qu’il cravachait pour remonter dans le classement. Le marin de 29 ans est déjà assuré de pouvoir prendre le départ de la Solitaire 2014 grâce à un contrat de deux ans avec son sponsor.
Les leaders filent vers leurs côtes
Avant la première traversée de la Manche, la tête du classement bizuths de la dernière étape est occupée par deux britanniques sélectionnés par l’Artemis Offshore Racing : Edmund Hill, très motivé par cette dernière étape riche en opportunités, et Jackson Bouttell, premier au classement général avec un tapis de trois heures d’avance sur son poursuivant. Le jeune homme de 22 ans a pris le départ bordelais avec des étoiles plein les yeux, heureux de pouvoir naviguer avec les marins qui le faisaient rêver sur papier glacé, puis il a tenu la barre d’étape en étape, malgré les défis de cette course exigeante. « Je suis là pour l’aventure ! C’est très intéressant car il faut tout gérer de A à Z, la préparation ou la réparation du bateau en mer ou la stratégie. » Le skipper nous a confié avoir une meilleure vue d’ensemble pour la stratégie mais il exprime un bémol : avoir trop dormi sur la première partie de la course. La gestion du sommeil, élément crucial de cette course au temps qui a bien failli précipiter David Kenefick à la catastrophe. En effet, sur la première manche, le benjamin de la course a dormi plus que prévu. « Je n’ai pas entendu mon alarme sonner et quand je me suis réveillé la nuit était tombée mais je n’avais pas mes feux, je faisais fausse route et surtout j’étais encerclé par des bateaux de pêche ! Franchement, j’étais terrifié. » Le jeune irlandais est très surpris par la différence entre la compétition acharnée sur l’eau et la très bonne ambiance entre les concurrents sur les pontons. Pour cette première participation, le skipper de Full Irish met toutes ses forces dans la bataille pour grimper sur le podium. Troisième au classement général, il n’a qu’une heure de retard sur son dauphin Benoît Hochart.
Le suspense est donc entier pour la composition du podium bizuth, un classement qui est loin d’être anodin. « En le remportant, on montre dès la première année qu’on est dans le coup et c’est très important, analyse Christian Le Pape, directeur du centre d’entraînement de Port-La-Forêt. Les bizuths ont certainement des lacunes techniques, un manque d’expérience en gestion du sommeil, mais ce n’est pas le plus important. Dans un mur, on ne se demande pas s’il y a plus de ciment ou de pierre, l’important c’est que cela tienne debout. » Pour défendre sa deuxième place, Benoît Hochard avance avec minutie et concentration, très appliqué pendant les manœuvres pour éviter la casse. Il concède aisément que la première étape l’a un peu décontenancé. « A partir du Cap Finisterre, personne ne lâchait le morceau, nous raconte-t-il. Autour de moi, tous les concurrents étaient rivés à la barre alors je me suis dit que cela devait être comme ça qu’il fallait faire mais c’était très éprouvant. Heureusement, à l’arrivée, j’ai entendu les autres marins avouer que c’était dur. » Il se sait soutenu par son entourage et fera tout pour voir leurs yeux briller devant le podium des bizuths.
La fatigue se montre de plus en plus féroce
Claire Pruvot n’est pas non plus décidé à s’arrêter en chemin mais la course n’aura pas été tendre avec elle. Après une première partie de course prometteuse, la navigatrice au bateau rose vif a été stoppée nette par une casse technique sur l’étape Gijon- Roscoff. Loin de baisser les bras, Claire Pruvot a tout fait pour prendre le départ de la quatrième étape avec le soutien de son sponsor. « Depuis mon arrêt à Lorient, il y a eu beaucoup d’effervescence au niveau de mon projet et j’ai reçu énormément d’encouragements. Ça m’a réconfortée de voir que je n’étais pas la seule à partager cette déception », a-t-elle commenté. La championne de match racing mène sa première année de course au large avec l’organisation et la rigueur acquise en olympisme mais les difficultés de la course commencent à peser lourdement sur les épaules de la sportive. Après une nuit éprouvante dans des conditions musclées au passage de l’île d‘Ouessant – soucis techniques de pilote automatique, purée de pois, fort courant et nombreux bords à tirer – la pensionnaire de Port-La-Forêt est tombée en bas de classement. Elle devrait toutefois profiter de belles occasions d’ici Dieppe avec une étape très variée.
« Ce sera rude et tant mieux ! assure de son côté Simon Troël. Le skipper des Recycleurs Bretons compte sur cette étape pour terminer en beauté après une course éprouvante. Le jeune marin a affronté un gros coup dur dès les premières heures de course. « Je me suis échoué comme un con ! » s’est-il exclamé avec son franc-parler habituel. « Je venais juste de pousser un ouf de soulagement en pensant que j’étais sorti d’affaire et que la course vers le large pouvait commencer lorsque j’ai été stoppé net. Pourtant, sur ma carte, le banc de sable était localisé un peu plus haut. » Après avoir tout essayé pour reprendre sa route, le skipper réalise qu’il lui faut attendre la marée montante, cinq heures plus tard. Une très longue attente ! « Je suis reparti en me disant qu’il ne fallait rien lâcher, que cela pouvait le faire car cela s’annonçait galère pour la flotte à la pointe de l’Espagne. » Le premier challenge du bizuth fut donc de gérer la solitude, une situation inattendue pour cette course au temps et par étapes qui se joue en flotte groupée. « Quand je me suis retrouvé seul au milieu du golfe de Gascogne, j’ai su me challenger pour aller le plus vite possible, même sans pouvoir me comparer aux autres concurrents. Mon expérience acquise sur la Transat Bretagne-Martinique en début d’année (Simon Troël est arrivé 7e à Fort-de-France, ndlr) m’a beaucoup aidé. » Au fil de la course, le skipper des Recycleurs Bretons s’est accroché pour remonter jusqu’à la 36e place malgré ses cinq heures initiales de retard. Mais il n’est pas satisfait. « Dans les trois premières étapes, j’ai pris de beaux départs, je suis allé au combat mais ensuite ça n’a pas suivi », a-t-il regretté. Pour cette dernière étape, Simon Troël s’est fixé comme objectif de rester au contact et d’encaisser les gains ou les pertes rapidement. La cuvée 2013 des nouveaux venus n’a pas laissé sa motivation au vestiaire.
Classement général avant la quatrième étape :
1- Jackson Bouttell (23e)
2- Benoît Hochart (30e)
3- David Kenefick (31e)
4- Claire Pruvot (33e)
5- Edmund Hill (34e)
6- Simon Troël (36e)
7- Joan Ahrweiller (38e) – abandon pour la quatrième étape