
Les leaders du peloton des 37 skippers de la Solitaire 2013 encore en course ont amorcé vers 5 h ce matin leur ascension vers les côtes anglaises.
Cinq heures du mat. La corne de brume serine toujours son insupportable mélopée. Si elle maintient les hommes du quart du PSP Flamant éveillés, elle a le don d’irriter ceux pour qui le sommeil est une nécessité. Les escaliers des vagues sont encore bien alignés et les conditions sont idéales pour rester dans les bras de Morphée. Las ! D’autres extra-terrestres sont eux au four et au moulin. Ils ne sont plus que 37 après les abandons de Joan Ahrweiller (Région Basse-Normandie) pour des problèmes techniques, Yannig Livory (Thermacote France) pour raison médicale et la veille, Vincent Biarnes (Prati Bûches) étai cassé. Étai pourri en ce 21 juin.
Des marins extras pour qui la nuit noire a consisté à faire progresser au mieux leurs espérances, les yeux rivés sur l’écran pour suivre leur trajectoire et surtout celles des petits camarades. Même avec le don de vision nocturne de la mouette à queue fourchue, impossible de distinguer quoi que ce soit sinon les voiles à présent gonflées, éclairées par la lampe frontale. Adjoint cyclopéen du marin perdu dans les 50 nuances de gris.
Au classement de 5 h calculé grâce aux balises Argos-CLS, l’état des lieux démontre que les écarts ne sont pas conséquents. Tout est jouable au moment où le Four approche. Yann Éliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) est en tête de gondole. La voix est claire alors que la (bip) corne de brume exaspère : « C’est rare de naviguer dans une telle purée de pois. On fait avec. Avec l’AIS on regarde la progression des autres. Les manœuvres ont été limitées. Avec le petit paquet qui a décidé de passer au dessus de Ouessant, on a fait le grand tour. Du coup après, c’était un peu tout droit. Malgré le refus à gauche entre Ouessant et Sein, c’était plutôt tranquille et propice à la sieste. Il y avait pas mal de courant contraire, c’est pour cela que j’ai choisi l’extérieur. Pour ceux qui sont passés par les cailloux cela a marché aussi. En revanche, entre les deux, ce n’était pas la bonne option et les écarts se sont créés. Il nous reste à négocier le passage du Four avec le courant contraire. Il y a encore du boulot avant de penser à mettre le casque lourd pour les futures conditions météo ».
Julien Villion (Seixo Habitat), toujours aux avant-postes depuis le départ de Roscoff, était tout content d’être encore à une belle place, lui qui venait de franchir l’occidentale de Sein en 3e position : « Il y a 10/12 nœuds de vent, pas de clapot et cela glisse sous spi. Cela a été très actif jusqu’à Ouessant. J’ai très peu d’expériences de passage dans ces coins-là et je ne suis pas mécontent de la façon dont je m’en suis sorti. J’ai un peu improvisé en fonction des cartes de courant que j’avais. Je suis dans le paquet de tête et c’est cool. Cela veut dire que je navigue bien ». Devant lui, à la marque annonçant qu’ils avaient parcouru une centaine de milles depuis hier 13 h, Gildas Morvan (Cercle Vert) s’apprêtait à embouquer le passage du Four en saluant la cardinal Sud Basse Royale : « La nuit a été très humide. L’eau rentre dans les cirés et c’est vraiment très désagréable. Il y a eu des petits coups tactiques à jouer sans beaucoup de vent mais pas mal de courant. Heureusement, il n’y avait pas trop de pêcheurs et la navigation était assez zen avec un vent d’Ouest. Tout va pour le mieux ».
La Grande Basse de Portsall ouvrira bientôt la route vers Wolf Rock, porte d’entrée du chemin côtier le long des rivages anglais. La cavalcade s’ébranlera alors et les laissés pour compte de ce premier tronçon prieront pour retrouver la bonne cadence.