
Yann Eliès est entré dans l'histoire ce samedi 22 juin en décrochant une deuxième victoire sur la Solitaire du Figaro - Eric Bompard Cachemire. C'est la première fois qu'un marin décroche deux titres consécutifs sur cette course en monotypes.
Aucun marin n'avait encore décroché deux victoires consécutives depuis que la course s'appelle la Solitaire mais Yann Elies était bien décidé à faire mentir les statistiques. Le skipper de Groupe Queguiner - Leucémie Espoir est arrivé samedi soir en deuxième position de la 4è étape de la Solitaire du Figaro – Eric Bompard Cachemire et conserve ainsi sa première place au classement général. "Et jamais deux sans trois ! a-t-il lâché sur les pontons. C'est sûr que je reviendrai." Un succès d’autant plus prestigieux que le marin s’impose à l’issue d’une édition de toute beauté, face aux Desjoyeaux, Beyou, Le Cléac’h et toutes les étoiles montantes de la course au large, après une avarie technique sur la troisième étape et une dernière manche très physique. Lors de la dernière vacation radio avant l'arrivée, Yann Eliès a pris quelques minutes pour répondre à l'organisation malgré son extrême fatigue. Il a alors lâché dans un souffle s'accrocher pour ses enfants. Ce soir, ceux-ci ont les yeux qui brillent sur le port de Dieppe. "Je pense souvent aux enfants car je veux leur montrer l'exemple comme mon père l'a fait pour moi, a-t-il expliqué sur les pontons. Il faut être têtu, ne faut rien lâcher même dans les moments difficiles. Cela me donne des frissons quand je pense à mes enfants."
La victoire d'un marin au mental d'acier
Yann Eliès est parti avec le couteau entre les dents, mis en confiance par sa victoire 2012, décrochée après 13 participations. Sur la première étape, dans le petit temps, le marin a frappé un grand coup en arrivant à Porto 44 minutes avant son premier poursuivant. La voie royale pour cette course au temps avec un écart qui semblait alors insurmontable sur sa concurrence. Mais le destin s'est chargé de lui compliquer la tâche: lors de la troisième étape, le marin a été la victime d’une rupture d’étais (le câble avant qui fixe le mât au pont du bateau). Yann Eliès a alors dû puiser au fond de lui pour s’accrocher au bout de l’effort et poursuivre sa course sans décrocher au classement. Une nouvelle performance sur la dernière étape très physique entre Roscoff et Dieppe lui a finalement permis de décrocher cette victoire amplement méritée. " C’est incroyable, a-t-il commenté quelques minutes après avoir franchi la ligne. Franchement, je n’y croyais pas des masses en partant. Juste assez." Sur les pontons, Yann Eliès a raconté la voix du patron de son sponsor principal, Claude Queguiner, qui criait dans la VHF. Alors, malgré sa troisième étape troublée par une avarie, il a décidé de tout donner pour la quatrième, mis en confiance par la première partie côtière. "Quand le vent rentre, tu deviens une bête, à fond, a-t-il confié par VHF juste après avoir passé la ligne. Cela a été dur. Quand tu t’arraches et qu’il y a avec toi Xavier Macaire (Hérault) et Adrien Hardy (Agir Recouvrement), tu ne lâches rien en te disant qu’il y en a d’autres derrière qui ne lâchent rien non plus. Il faut en remettre une couche. En fait, c’était les deux indiens, les deux guerriers avec qui il fallait être et cela a été une belle bagarre. Il n’y a que la Solitaire du Figaro pour nous mettre dans des situations pareilles, pour nous mettre à l’épreuve. Je ne regrette pas de ne pas avoir fait demi-tour à Port-la-Forêt quand mon étai a cassé sur la troisième étape. Cela m’avait traversé l’esprit quand même. Faire le doublé était un rêve, c’était peu probable. Mais si en fait ». Ce samedi soir, Yann Eliès a montré que cette année, le champion en état de grâce et au-dessus des autres, c’était bien lui.
LIRE AUSSI:
Le chef d'oeuvre de Yann Eliès
La Solitaire: retour sur une étape dantesque
L'autre victoire de Xavier Macaire