
En atterrissant sur les côtes anglaises hier soir, les concurrents ont entamé leur équipée sauvage. Pour certains la course est terminée alors que la victoire finale devrait se jouer dans un rythme d’enfer.
Ils le savaient, en arrivant au rocher du Loup, Wolf Rock pour les intimes de la pointe de la Cornouailles anglaise, la course allait prendre une toute autre dimension. En enroulant le phare, Morgan Lagravière (Vendée) en tête de meute et donc vainqueur du Grand Prix GMF Assistance à 21 h 58, le vent avait pris une voix des plus rauques, prélude à un finish des plus furieux. Un Sud-Ouest d’une trentaine de nœuds commençant à marteler sa cadence infernale. Conjuguant houle et vagues en un maelström indigeste pour estomacs pourtant bien amarinés. Damien Guillou (La Solidarité Mutualiste) a été la première victime malheureuse de ce diktat.
Au reaching, le 13e du classement général après trois étapes a vu ses ambitions s’écrouler alors qu’il s’apprêtait à croiser devant le cap Lizard peu avant minuit : « Dans une fin de surf, cela a craqué. J’ai vu dans le noir que le mât s’était cassé au milieu. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé exactement. Tout est tombé dans l’eau. Le mât était au vent du bateau et était en appui sur la coque. Un câble était trop sous tension et je l’ai coupé à la scie à métaux. J’ai ensuite coupé toutes les drisses et j’ai tout largué au plus vite pour ne pas abimer le bateau car le mât risquait de poinçonner la coque ». Le skipper faisait route vers Falmouth au moteur alors que le PSP Flamant, venu à sa rescousse, reprenait lui sa route vers une heure du matin pour faire en sorte de chasser la tête de flotte.
Le petit jour n’était pas encore levé, dans le Top 10, Yann Éliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) était le seul à répondre à la vacation de 5 h. Et ce par Iridium avec les terriens. Le PSP Flamant n’ayant pas réussi à rattraper les Figaro Bénéteau dont les vitesses ne risquaient pas l’apoplexie. Le Briochin donnait une carte postale bien animée : « On a entre 30-37 nœuds, je suis sous petit spi 2 ris, j'ai affalé pour passer Start Point et je suis bord bâbord avec Adrien Hardy. On est à 65 milles de Fairway, donc on va y être dans quatre heures. C'est sport depuis Wolf Rock, on a fait des sacrés surfs, c'était un peu chaud par moment surtout à un moment donné je suis allé prendre le 2e ris, j'ai attrapé mes petits élastiques pour fermer la grand voile, c'était un peu sport. Là je suis sous pilote, à l'intérieur du bateau parce que je ne peux pas sortir. C'est un peu chaud ! La mer est croisée surtout la première pointe parce qu'on était vent contre courant mais sinon entre les baies c'est plutôt sympa et avec 2 ris petits spis ça passe bien » !
Au classement du matin, Xavier Macaire (Skipper Hérault), le leader, cravachait à 15 nœuds alors que le 2e était pointé en vitesse instantanée à 18. Suivait à la même cadence un premier groupe où l’on retrouvait Adrien Hardy (Agir Recouvrement), Jérémie Beyou (Maître CoQ), Morgan Lagravière (Vendée), Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) Anthony Marchand (Bretagne-Crédit Mutuel Performance), Michel Desjoyeaux (TBS) ou encore Corentin Horeau (Bretagne-Crédit Mutuel Espoir) toujours aussi fringuant depuis le départ de Roscoff comme Yoann Richomme (DLBC). Derrière, les milles de retard commençaient à être conséquents. Frédéric Duthil (Sepalumic) accusait 16 milles de retard sur le Montpelliérain de tête. Sa position sur la plus haute marche du podium devenant de plus en plus vacillante, lui qui possédait seulement 29 minutes sur Lagravière et 31 sur Yann Éliès au départ de Roscoff.
Il restait 200 milles à dompter pour rejoindre Dieppe via une bouée à l’entrée du chenal d’Antifer. Arrivée des premiers cette nuit.
Le bal des acharnés du bras de spi s’est achevé officiellement pour Paul Meilhat (Skipper Macif 2001) décidément en déveine depuis le départ de l’épreuve. Sa potence de tête de mât menaçant de se rompre, il a décidé vers 8 h d’abandonner la partie. Il faisait route prudemment vers Cowes où le Team Artemis devait l’accueillir et le réconforter.