
Le discret Xavier Macaire a surpris la flotte très relevée de cette 44e édition en décrochant la deuxième place au classement général à 26 minutes et 20 secondes du vainqueur Yann Eliès. 36 heures après son arrivée, il se remet tout juste de la fatigue accumulée sur cette dernière épreuve.
Son entraîneur du Centre d’entraînement Méditerranée, Nicolas Bérenger, dit de lui qu’il n’est une surprise que pour lui-même. « Cela fait des mois que je lui dis qu’un jour il gagnera la Solitaire, assurait-il à mi-parcours. Il me dit que faire dans les dix serait déjà bien. Il a terminé deux fois dixième en deux participations. Je lui dis à nouveau qu’il doit être plus ambitieux. » Dix jours plus tard, son protégé se classait deuxième de La Solitaire, entre le très motivé Yann Eliès et la fusée Morgan Lagravière. A l’évocation du conseil de son entraîneur, Xavier Macaire a le sourire aux lèvres. « C’est assez juste mais ce n’est pas un doute qui m’habite, c’est juste que je ne me projette pas sur une victoire pour ne pas risquer d’être déçu, assure-t-il. Je préfère bien naviguer et récolter ensuite les fruits de ces efforts. » Depuis samedi soir, alors qu’il profite des fruits brillants de sa deuxième place, tout le monde lui assure qu’il sera le prochain à monter sur la plus haute marche du podium. Pourtant, il ne veut toujours pas y penser. « Je profite déjà de ma victoire actuelle, assure-t-il, tout en sérénité heureuse. Car c’est bel et bien une victoire cette deuxième place derrière Yann Eliès et face à un plateau aussi relevé. » Le jeune marin de 32 ans a senti qu’une part de chance ou de providence s’était posé sur son parcours pour lui offrir sa saison. « Comme Yann Eliès l’année dernière ou Armel Le Cleac’h en 2010 », précise-t-il. Mais comme il ne sait pas si cette providence le suivra jusqu’en 2013, le marin avance avec prudence.
Une victoire et des embûches
La fatigue ne transparaît pas dans sa voix mais ses mains endolories et gonflées par une épreuve dantesque commencent tout juste à lui être utiles, plus de 36 heures après son arrivée. Xavier Macaire a tout donné sur cette dernière manche Roscoff-Dieppe qu’il classe au plus haut niveau de difficulté depuis son entrée sur le circuit, ex aequo avec celle de 2011 entre Caen et Dún Loaghaire. « Cette manche exigeante demandait qu’on s’implique entièrement, il ne fallait pas craquer ni trop dormir », assure-t-il. A la barre de Skipper Hérault, Xavier Macaire s’est reposé 1 heure 30 en trois jours : une heure avant l’Angleterre et deux fois un quart d’heure à partir de Fairway. Ces sacrifices lui ont permis de passer de la quatrième à la deuxième place au classement général, malgré les embuches que le destin s’est chargé de placer sur sa route. Premier d’entre eux : une collision avec Amaiur Alfaro (Région Aquitaine - Ateliers de France), avant même le coup de canon libérateur de Roscoff. « J’étais en tort car j’évoluais bâbord amures, veut aussitôt préciser le skipper Hérault. Mais ce fut un choc émotionnel énorme. Il a suffi de 30 secondes d’inattention pour que tous mes espoirs risquent de s’évaporer. Heureusement, la brèche concernait l’un de mes ballasts et je pouvais continuer. » Après une douloureuse navigation sous spi sous les côtes anglaises, Xavier Macaire prend la tête de la flotte au passage de Fairway mais la perd aussitôt. Deuxième embûche. « Je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé, assure-t-il en repensant à ce moment d’intense frustration. C’était peut-être lié à mon souci de ballast ou à un problème de réglage… J’ai aussi pensé à un sac ou des algues coincés sur ma quille alors j’ai fait marche arrière – face au vent à 30 nœuds ce qui était une manœuvre un peu olé olé ! – et cela semblait aller mieux ensuite. Mais comme les premiers concurrents étaient déjà assez loin et que le système météo avait changé, je ne pouvais pas me comparer aux autres. » Xavier Macaire passera finalement la ligne d’arrivée 16 minutes après le vainqueur de l’étape, Adrien Hardy (Agir Recouvrement).
Un nouveau départ pour une troisième saison
Xavier Macaire se projette désormais vers une quatrième saison en Figaro pour profiter de sa plus grande confiance sur l’eau. « Je sais que j’ai évolué cette année en marquant davantage mes options. Auparavant, j’avais un parcours plus linéaire et je manquais d’agressivité, concède-t-il. Je ne vire plus 5 minutes pour me décaler un peu mais plutôt une demi-heure. J’ai gagné en maturité et c’est ce qui m’a permis de jouer les contre-courants à Ouessant sur la dernière manche ou d’aller chercher le nouveau vent au large de Belle-Ile sur la troisième étape. J’ai progressé. » Le skipper Hérault se réjouit également d’avoir pris le temps de faire ses gammes l'hiver dernier au Centre d’entraînement Méditerranée après deux premières saisons sans beaucoup de moyens. « Cette année, je me suis dit, fini le bricolage », lance-t-il. Le marin doit maintenant organiser les réparations de son bateau blessé avant de préparer une nouvelle échéance : le mondial J80 à Marseille. Il aimerait également naviguer en IMOCA pour découvrir comment fonctionnent ces monocoques, histoire de se faire un avis sur le Vendée Globe. Xavier Macaire ne s’arrêtera pas en si bon chemin.