
Le rideau est baissé sur la Solitaire 2013. Virevoltante à souhait, elle a démontré une fois de plus qu’elle est la reine des courses des veilleurs du large
La 44e édition de la Solitaire du Figaro-Éric Bompard Cachemire remportée par Yann Éliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) a été exceptionnelle.
La victoire de la volonté
Nouveaux horizons, nouvelles dates, des participants aux palmarès prestigieux, la Solitaire du Figaro-Éric Bompard Cachemire 2013 avait au départ de Bordeaux début juin de quoi exciter les papilles des amateurs de frétillants plateaux de fruits de mer. Ils n’ont pas été déçus. L’intensité de l’épreuve et ses multiples rebondissements ont fait de cette édition un épisode majeur de la saga des veilleurs du large. Un homme a surtout démontré que la force de caractère, l’instinct du prédateur, sont les armes maîtresses pour la gagne. Pour la deuxième année consécutive, Yann Éliès a donc phagocyté l’épreuve de ses rêves d’enfant. La victoire en 1979 de son père Patrick sur la Course de L’Aurore, alors qu’il n’avait que 4 ans, ayant toujours été son moteur. Mais le triomphe n’a pas été aisée. Après avoir été porté sur un nuage en direction de Porto, une infortune de mer sur la troisième étape entre Gijón et Roscoff, la rupture de son étai, a encapuchonné ses airs de fanfarons. Troisième alors du classement provisoire, derrière Frédéric Duthil (Sepalumic) et Morgan Lagravière (Vendée), il est allé puiser aux tréfonds de lui-même la volonté de se surpasser pour à nouveau affirmer à Dieppe qu’il avait le ciré taille patron. Derrière lui au classement général, deux hommes confirmant si besoin l’était qu’ils sont déjà des champions, et non pas des révélations. Xavier Macaire (Skipper Hérault) et Morgan Lagravière (Vendée) privent du podium un Yoann Richomme (DLBC) qui pour sa 4e participation, prouve que le travail et la passion peuvent un jour être conjugués pour aller plus haut. Gilles Le Baud (Carnac Thalasso & spa), a 65 ans, a bouclé toutes les étapes. Prouvant après ses victoires en 73 et 78 que la volonté n’attend pas le nombre des années.
Des stars humbles
Yann Éliès leur avait cloué le bec dès Porto. Envoyant certains au cimetière des prétentieux. Avec bonhommie quand même car la voile sportive demeure l’école de l’humilité. Relégués dans l’anonymat du classement, il ne restait à d’autres que les yeux pour pleurer. Faire bonne figure sur les trois étapes restantes devenait une gageure loin d’être insurmontable pour des marins ayant déjà affiché leurs noms sur les tablettes de la renommée. Si comme Jérémie Beyou (Maître CoQ) 5e, et Michel Desjoyeaux (TBS) 7e, il a réussi à s’arrimer dans le Top Ten, Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) pouvait faire un bilan loin d’être négatif à son arrivée à Dieppe : « Cette Solitaire a été intense avec à chaque fois son lot de surprises. Terminant 8e, j’ai eu des hauts et des bas. Et il fallait être régulier sur toutes les étapes pour bien figurer aux avant-postes. C’est surtout la première étape qui nous a fait du mal en temps. Mais c’est le jeu et cela a été également compliqué pour beaucoup d’autres. Je suis bien revenu dans la bagarre et gagne quand même une étape face à de très bons adversaires. Je salue Yann Éliès qui a profité d’une belle opportunité mais qui a su gagner avec panache ».
De nouveaux visages
L’histoire retiendra le nom de l’Anglais Jackson Bouttell (Artemis 77) pour sa première place au classement Bénéteau des bizuths. La lutte que le 21e du général menait avec la seule femme de la course, Claire Pruvot (Port de Caen-Ouistreham), n’aura duré que deux étapes. Les dix minutes qui les séparaient se sont transformées en gouffre d’heures lorsque la navigatrice normande a été contrainte d’abandonner, entre Gijón et Roscoff, suite à la rupture d’une de ses barres de flèche. L’Australien d’origine, membre de l’Artemis Offshore Academy est le premier anglais à s’adjuger ce titre dans l’histoire moderne de la Solitaire. Sur ce podium, il devance Benoît Hochart (Adocis/IB Remarketing) et l’Irlandais David Kenefick (Full Irish)
Chiffres
1790 : Total du nombre de milles parcourus pendant les 4 étapes
10 : nombre de jours de compétition en mer (10 jours et 5 heures et 28 minutes pour le premier)