LinkedOut, Thomas Ruyant : une carène futuriste signée Verdier

Vendée Globe
Vendredi 30 octobre 2020 à 6h27

La 9ème édition du Vendée Globe qui partira dimanche 8 novembre prochain des Sables d’Olonne a déjà un pied dans la grande histoire de la course au large avec notamment 19 voiliers qui partiront équipés de foils. C'est le cas de LinkedOut, skippé par Thomas Ruyant.

©Pierre Bouras – TR Racing
La 9ème édition du Vendée Globe qui partira dimanche 8 novembre prochain des Sables d’Olonne a déjà un pied dans la grande histoire de la course au large avec notamment 19 voiliers qui partiront équipés de foils. C'est le cas de LinkedOut, skippé par Thomas Ruyant.

Confronté à l’énorme potentiel de sa nouvelle carène et à la puissance de ses appendices, Thomas Ruyant est rapidement parvenu à la conclusion que les plans de voilure traditionnellement étudiés pour les Imoca ne convenaient plus aux exigences de son plan Verdier.

« Cela fait partie des retours d’expérience que j’ai eues avec Antoine Koch et Laurent Bourguès » explique le skipper du voilier de la course au changement. « Après avoir beaucoup navigué, notamment sur Malizia de Boris Herrmann lors de la Transat Jacques Vabre en 2017, j’ai constaté combien les bateaux avaient fortement évolué, non seulement leur plateforme mais aussi les foils. Pourtant, les jeux de voiles restaient un peu figés. On ne les avait pas fait évoluer au même rythme. Alors qu’on a, à présent, des voiliers qui naviguent comme les trimarans, avec énormément de vent apparent, des bateaux qui créent leur propre vent, il convenait de se pencher sérieusement sur la question. C’est ce que j’ai fait en parallèle de la construction du bateau avec Antoine Koch. La combinaison foils-jeu de voiles de multicoque constitue une véritable révolution en soi. »

Des voiles plus plates, mais aussi plus… petites !

« Nos voiles sont très différentes de celles des autres. On voit que les V2 de nos adversaires se rapprochent de nos choix. Nous disposons sur LinkedOut d’un jeu de voiles qui se rapproche fortement d’un jeu de voiles de multicoque, des voiles plus plates et plus petites. Dans 15 noeuds de vent, on navigue déjà à plus de 20 noeuds, au lieu de 13 ou 15 sur un Imoca ancienne génération. Le vent apparent* prend plus de place dans notre fonctionnement. Les bateaux sont plus exigeants au réglage, mais une fois les hautes vitesses atteintes, on ne peut  plus s’arrêter. Il nous faut un jeu de voile plus pointu, plus précis, et en l’occurrence plus plat et plus petit car il n’y a plus besoin de toujours plus de puissance. On en crée suffisamment. On se rend compte qu’une même voile peut couvrir plus d’angles ! A 80° du vent à 20-25 noeuds, si on abat de 20 à 30 degrés, on n’a plus besoin de choquer la voile d’avant, le bateau continue d’accélérer et on n’a pas besoin de modifier les réglages. En mode foiler, on navigue à présent avec des voiles plus petites et plus plates, pour une utilisation efficace plus longtemps, et avec de plus grandes variations d’angle de vent. »

Des voiles plus polyvalentes… et une gîte calculée

« Sur LinkedOut, je conserve à bord un spi de 380 m2 qui va me servir dans moins de 15 noeuds de vent et sur des allures très abattues, à 145° du vent, en VMG*. Mais à 15 noeuds de vent, je vais affaler mon spi au profit d’une voile beaucoup plus petite, pour aller chercher des angles complètement différents. On n’a plus besoin de grands gennakers. Après mon spi, ma plus grande voile ne fait que 240 m2. On passe du mode archimédien sous spi au mode foiler en lofant de 140° du vent à 130°, et le bateau va accélérer, "debout" sur ses foils, avec des angles beaucoup plus fermés. Une fois que le bateau démarre, il crée son vent et demande des régulations précises pour sa gite, afin de garder un maximum de surface de foils à plat. Il me faut 15° de gîte pour bien avancer. »

Des options plus tranchées et un Atlantique déterminant

« LinkedOut accélère fort sur ses foils, avec des angles plus fermés. En termes de navigation en course, on va pouvoir demeurer dans des systèmes météos plus longtemps. C'est pourquoi la première partie de course en Atlantique Nord puis Sud, sera déterminante. Le premier concurrent à toucher les grandes dépressions des mers du Sud sera en position pour créer de grands écarts. Dans cette édition du Vendée Globe, il va falloir entrer tout de suite dans le vif du sujet pour arriver bien placé dans le Sud. Car la sanction sera terrible si on n’est pas dans le même système météo que les leaders. »

Nautisme Article
© Pierre Bouras – TR Racing

Une carène futuriste signée Verdier

« Une nouvelle ère a débuté avec ces nouveaux foïlers qui révolutionnent véritablement la manière d’appréhender la navigation en monocoque. » Thomas Ruyant évolue désormais dans une toute nouvelle dimension, jamais jusqu'alors appréhendé par les marins de course au large. Son prototype Imoca LinkedOut s’inscrit dans la vision futuriste de machines destinées à échapper le plus souvent possible à la trainée et à l’élément liquide, en appui sur d’immenses foïls. La genèse du projet a pris racine voici deux ans avec l’opportunité proposée par l’architecte Guillaume Verdier d’utiliser et de profiter des études poussées réalisées par son cabinet en réponse à l’appel d’offre lancé par la Classe Volvo pour la création d’un Open Sixty. « Fort intelligemment, Guillaume a adapté ses plans et ses études à nos désirs d’Imoca » explique Laurent Bourguès, directeur de projet chez TR Racing et vieux complice de Thomas. « Nous avons pu profiter des moules pour lancer dès octobre 2018 la stratification de la coque. Nos réflexions par rapport au projet Open Sixty ont porté sur une modification de la forme de la carène à l’avant du bateau et sur l’abaissement du centre de gravité du voilier pour plus de stabilité, d’où ce pont en forme d’aile de mouette, ou de bassine. »

Le résultat est un foiler véritable, et non pas un Imoca à foils, comme les voiliers apparus depuis 2015. « On a créé un bateau fougueux et oui, violent ! » avoue Ruyant.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.