Comment Emirates Team New Zealand veut battre le record du monde de vitesse à la voile... sur terre !

Régates
Jeudi 12 mai 2022 à 11h30

Après vingt bateaux construits en trente années d’existence, Emirates Team New Zealand s’est lancé un drôle de défi : battre le record du monde de vitesse à la voile, mais sur terre. Entre deux campagnes pour défendre l’America’s Cup, cela pourrait sembler un projet presque simple. En réalité, le défi est loin d’être anodin.

©ETNZ
Après vingt bateaux construits en trente années d’existence, Emirates Team New Zealand s’est lancé un drôle de défi : battre le record du monde de vitesse à la voile, mais sur terre. Entre deux campagnes pour défendre l’America’s Cup, cela pourrait sembler un projet presque simple. En réalité, le défi est loin d’être anodin.

La difficulté de l’entreprise est évidente lorsque l’on se penche sur l’histoire de ce record particulier. Depuis 1976, il n’a été amélioré que trois fois. Le Français Bertrand Lambert l’améliore de 10 km/h avec ses 152.7 Km/h établis en 1992. Bob Schumacher le détrônera en 1999 (175.5 km/h), mais c’est le Britannique Richard Jenkins qui détient le record avec 202.9 km/h établis sur Greenbird à sa cinquième tentative. L’avisé patron de l’équipe kiwi, Grant Dalton, a trouvé là un moyen ludique de maintenir ses troupes sous pression, entre deux campagnes pour le pichet d’argent, de la conception à la production. Mais le futur pilote, l’excellent marin Glenn Ashby, rassure tout de suite : « L’objectif reste toujours de gagner l’America’s Cup, mais ça fera une jolie histoire à raconter à nos petits enfants ». Il faut dire que l’Australien est né à 150 km de la mer, au Nord de Melbourne dans l’état de Victoria et il se rappelle très bien avoir bricolé des chars à voile dans son adolescence, rêvant toujours d’être le plus rapide. Pour réaliser ce rêve, une somme d’intelligence peut-être jamais réunie autour d’un tel projet avec, entre autres, les Français Guillaume Verdier et Romaric Neyhousser au sein du Design Team.

Nautisme Article
Greenbird et Richard Jenkins en 2009© DR

200 km/h à la seule force du vent

L’ambition d’améliorer la vitesse de référence de 20% passe par une sorte de grand char à voile asymétrique à aile rigide, un engin proche du tenant du titre. Il revient à Tim Meldrum, l'ingénieur mécanique de l'équipe, de faire passer toute la puissance dans des roues plutôt que dans des foils. À lui également d’assurer la sécurité du pilote, allongé dans une cellule de vie conçue pour littéralement lui sauver la vie, en cas de crash à près de 200 km/h. Glenn Ashby en est convaincu, « c’est l’engin le plus sûr qu’il aura jamais barré de sa vie, et de loin ! ». À sa disposition pour maîtriser cette machine de 10 m de haut, 14 m de long, 7 m de large et pesant 2,5 tonnes, un simple volant pour la direction et un pédalier pour les réglages. Il y a beaucoup de similitudes avec un voilier de course en termes d'aérodynamique et de forces structurelles, de méthodes de construction, de matériaux… Mais l’objectif de vitesse sur terre est plus de deux fois supérieur à celles atteinte sur l’eau, ce qui complexifie le sujet, mais pourrait aussi apporter des idées pour rendre leur futur AC75 aille plus rapide.

Nautisme Article
© ETNZ

Des pneus à la place des foils

Avec son aile rigide de 10 mètres de haut, les similitudes ne manquent pas avec les bateaux auxquels les marins sont habitués. Mais l’interface change, et la problématique majeure est que les pneus gardent en permanence le contact avec le sol, comme les foils avec l’eau, tout en offrant le moins de résistance possible. Or, par apport à un véhicule moteur, l’effort ici est plus vertical car la puissance vient de l’aile située au-dessus. Elle créée également plus de charge latérale, notamment sur l’arrière qui sera équipée de deux roues pour gagner en adhérence, même si elles sont alignées pour ne pas perturber l’aérodynamisme de l’ensemble. Selon les conditions, l’engin pourra être lesté, ce qui certes ralentira son accélération, mais théoriquement pas sa vitesse de pointe, sur le tracé de 8km de long visé. Comme les deux précédents records, c’est un lac salé asséché, qui a été choisi pour cette tentative. Fairdner n’est cependant pas dans le Nevada, mais en Australie cette fois, pour d’évidentes raisons de proximité.

Nautisme Article
In Crazy We Believe*© ETNZ

Rendez-vous dans le désert en juillet

C’est à la fois un projet fun et très sérieux auquel toute l‘équipe participe, tout en préparant activement la prochaine édition de la Coupe à Barcelone en 2024. Le timing de ce programme, auquel Grant Dalton n'a donné son feu vert qu'en juillet 2021, est serré. La construction du moule a débuté en novembre de la même année, et la production de l’engin dès février 2022. L’objectif reste d’être sur site en Australie, la deuxième semaine de juillet. Est-ce qu’ils y rencontreront les conditions du record de 2009, soit 30 à 35 nœuds de vent, rafales à 40 nœuds, ou misent-ils sur des conditions plus légères entre 20 et 25 nœuds ? Dans ce cas, il leur faudrait aller cinq fois plus vite que le vent pour battre le record ! « In Crazy We Believe* » est la devise d’Emirates Team New Zealand. Elle a rarement été aussi à propos.

*Nous croyons en la folie

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…