L'America's Cup à Barcelone – Dépit Kiwi contre perspectives mondiales

Régates
Jeudi 7 avril 2022 à 11h29

En annonçant fin mars le choix de la ville de Barcelone comme hôte, en 2024, de la 37ème édition de la Coupe de l’America, le tenant du titre néo-zélandais a rompu avec la tradition séculaire d’une défense dans ses eaux. Mais au-delà de la légitime déception de tout le peuple kiwi, l’un des plus fervents amateurs de voile au monde, le retour de la coupe en Europe a bien des aspects positifs.

©Studio Borlenghi
En annonçant fin mars le choix de la ville de Barcelone comme hôte, en 2024, de la 37ème édition de la Coupe de l’America, le tenant du titre néo-zélandais a rompu avec la tradition séculaire d’une défense dans ses eaux. Mais au-delà de la légitime déception de tout le peuple kiwi, l’un des plus fervents amateurs de voile au monde, le retour de la coupe en Europe a bien des aspects positifs.

Bien sûr, après avoir soutenu moralement et financièrement leur équipe nationale pendant tant d’années, les fans de régate néo-zélandais sont désespérés. Même la populaire première ministre Jacinda Ardern s'est dit " déçue " par cette décision. Il faut dire que la capitale Kiwi vient aussi d’apprendre qu’elle ne verra pas non plus la prochaine Ocean Race, la course autour du monde en équipage, faire escale à Auckland. Pourtant, nul ne sera surpris qu’en matière de coupe l’argent est forcément un critère important, voire prioritaire. Visiblement, les 99 millions de dollars proposés par le gouvernement de madame Ardern et la ville d’Auckland n’ont pas suffi. Barcelone a sans doute proposé plus. Plus que Malaga la concurrente espagnole, plus que Jeddah en Arabie Saoudite et Cork en Irlande, même si le montant reste à ce stade confidentiel. L’aiguillère d’argent va donc se disputer dans les eaux catalanes en septembre et octobre 2024, soit après les Jeux Olympiques de Paris. Il faut avouer que la capitale de la Catalogne a bien des atouts pour accueillir les impressionnants AC75 volants. Ils régateront directement devant les plages où pourra se masser un public venu de toute l’Europe. Les conditions météo habituelles en cette période de fin d’été, début d’automne, promettent un vent moyen entre 8 et 15 nœuds, idéal pour ces Formule 1 des mers. Les habitués du plan d’eau savent cependant que la houle est souvent significative et que de violentes tempêtes peuvent frapper la côte dès octobre.

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Météo idéale, télévision en prime-time

Surtout, le Royal New Zealand Yacht Squadron, club détenteur et donc officiellement décideur, a conclu avec Grant Dalton, PDG d’Emirates Team New Zealand, que ce poumon économique et touristique, avec des capacités hôtelières énormes, au cœur de l’Europe, était le bon endroit pour relancer l’intérêt du monde entier pour la Coupe de l’America. D’un point de vue purement économique, les 10 heures de décalage horaire entre le vieux continent et les îles australes ne favorisaient pas les retransmissions télévisées. D’autant qu’il ne s’agira pas de seulement défendre le trophée, mais aussi de la Youth America’s Cup pour les jeunes, ainsi qu’une version féminine, toutes deux courues sur des AC40 d’une douzaine de mètres. Il fallait impérativement donner un nouveau souffle au plus vieux trophée du monde qui a tant souffert des polémiques et de l’imbroglio judiciaire qui a perduré de 2007 à 2010. Alors qu’il y avait onze challengers à Valence en 2007, ils n’étaient que trois en 2021 à Auckland. Même si pour l’instant on ne parle que de quatre challengers – Ineos (GB), Luna Rossa (Italie), American Magic (USA) et Alinghi (Suisse) - une relocalisation en Europe est un signe positif. Si on y ajoute les changements de support à presque chaque édition, le retour à un peu de stabilité avec une deuxième édition en AC75, apparait de plus en plus nécessaire. La vente de Te Aihe, AC75 de première génération aux Suisses d’Alinghi est en soit une belle preuve de la volonté d’Emirates Team New-Zealand de voir sa concurrence se renforcer afin d’augmenter l’attractivité de la compétition.

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Christophe Colomb attend la coupe

Les infrastructures d’ores et déjà en place et leur proximité avec le plan d’eau ont fini de convaincre les tenants du titre. Port Veil est prêt à accueillir, les bases des équipes, les superyachts des sponsors, le village public et une fan zone. Depuis l’impressionnant hôtel W qui domine l’entrée du port, les VIP pourront assister aux régates qui auront lieu à seulement 100 mètres de la plage Sant Sebastià. Les autres concurrents, à commencer par le challenger of record britannique, ont bien sûr accueilli positivement ce choix. Les autres sites non sélectionnés, pourraient accueillir des épreuves préparatoires, dénommées America’s Cup World Series.

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Depuis la première édition de Cowes en 1851, qui a vu la victoire du New-York Yacht Club détenteur ensuite du trophée pendant 132 ans, la Coupe n’était venue que deux fois en Europe. Les Suisses avaient alors choisi Valence pour les éditions de 2007 et 2010. Deux superbes éditions dans la troisième ville d’Espagne, mais qui paie encore les investissements consentis à l’époque. Souhaitons que la version Catalane soit aussi réussie sportivement et moins compliquée à assumer économiquement. En attendant, au pied de la Rambla, l’emblématique statue de Christophe Colomb ne semble plus montrer du doigt les Indes, mais la Nouvelle-Zélande. Pas sûr que cela console le peuple kiwi.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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