Corsica Classic 2024 : les filles prennent la barre !

Régates
Par Figaronautisme.com

Rentrée rime souvent avec routine, grisaille, cartables et réunions… Mais ne soyez pas triste ! Car aujourd’hui, nous vous emmenons à bord d’un bateau pas tout à fait comme les autres, dans les paysages grandioses de la Corse, aux côtés de l’équipage de la goélette Grande Zot à l’occasion de la Corsica Classic 2024. Vous êtes paré ? Alors en route pour le XVIIIe siècle ! Enfin, presque…

Mathilde affalant le foc ©Marion Haug - Scribox
Rentrée rime souvent avec routine, grisaille, cartables et réunions… Mais ne soyez pas triste ! Car aujourd’hui, nous vous emmenons à bord d’un bateau pas tout à fait comme les autres, dans les paysages grandioses de la Corse, aux côtés de l’équipage de la goélette Grande Zot à l’occasion de la Corsica Classic 2024. Vous êtes paré ? Alors en route pour le XVIIIe siècle ! Enfin, presque…

Vieux gréement et jeunes idées

Grande Zot est un deux-mâts aurique basé à Ajaccio. Le voilier d’origine transportait du fret dans la région de Venise au XVIIIe siècle, mais aujourd’hui, sa réplique accueille tous ceux pour qui la mer est à la fois une découverte, une respiration et une expérience : jeunes sous protection de la Justice, personnes en situation de handicap ou de précarité, etc.

Cette année, pour la Corsica Classic, l’équipage de la goélette est composé exclusivement de femmes. Et c’est une première !

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L'équipage au complet !© Marion Haug - Scribox

Une régate itinérante ancrée dans son territoire : interview de Thibaud ASSANTE, président de l’association Corsica Classic Yachting

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Thibaud Assante © Corsica Classic Yachting Association

Figaro Nautisme : Quelles sont les spécificités de la Corsica Classic ?

Thibaud Assante : C’est une régate itinérante, ouverte aux yachts de tradition jaugés CIM (Comité international de Méditerranée), aux esprits de tradition en IRC et, nouveauté 2024, à l’Osiris. En termes d’organisation, c’est un vrai défi, mais cela fonctionne, puisque nous fêtons la quinzième édition ! Au départ, nous changions de parcours chaque année, mais depuis trois ans, nous restons sur le même circuit. C’est plus confortable pour les équipages. Cela permet d’alterner les étapes longues et courtes, et de mettre la flotte à l’abri si besoin.

F. N. : La convivialité, à bord comme sur les pontons, est-elle importante ?

T. A. : La Corsica Classic est avant tout une expérience humaine : très sympathique, très familiale. Unique, comme la Corse ! Tous nos partenaires, qu’ils fabriquent de la bière, des biscuits ou des sodas, sont insulaires… La régate a un parfum, un goût, une saveur particulière. Sa force, c’est son ambiance ! Et aussi son équipe, à la fois fidèle et passionnée, que je remercie.

F. N. : Quelles sont les perspectives pour les prochaines éditions ?

T. A. : Nous aimerions voir toujours plus de voiliers sur la ligne de départ, évidemment, malgré les restrictions de mouillage applicables aux unités de plus de 24 mètres qui nous pénalisent pas mal... La présence des femmes est également importante : nous sommes fiers que Grande Zot participe cette année avec un équipage féminin, en espérant que cette grande première ne soit pas une dernière ! Nous accueillons d’ailleurs, depuis des années, des femmes atteintes de cancer, en lien avec les Régates Roses.

Top départ ! Un peu sur le fil…

Cet article a bien failli ne jamais avoir lieu. Car Grande Zot, la veille du départ, fait un séjour express au chantier naval d’Ajaccio… avant d’être remise à l’eau, in extremis mais toute pimpante. Ouf ! Avitaillement, rangement, préparation, nettoyage : c’est la course contre la montre pour l’équipage.

Autour de Véronique, la cheffe de bord, se retrouvent des femmes aux âges et aux profils divers, unies par le défi comme par les embruns : Valérie, Mathilde, Anne-France, Floraine, Marie, Véronique (bis), Tina, Laurence et Marion. Elles sont orthophoniste, ingénieure, aide-soignante ou fonctionnaire territoriale, venues de Corse ou du continent, avec des niveaux de voile très disparates mais un vrai sens du collectif et beaucoup de complémentarité.

Premiers bords, premiers efforts

Grande Zot compte une grand-voile, une misaine, une trinquette et enfin un foc, qui parade au bout du mât de beaupré et nécessite quelques acrobaties pour être établi et surtout, affalé… Naviguer à l’ancienne n’est pas de tout repos !

Le 22 août, les filles mettent les voiles avec entrain. Mais le bateau est lourd, peu maniable… Faute de respecter l’heure limite d’arrivée, elles sont contraintes d’abandonner la première manche. Une tuile pour ce bateau à toile, qui ne décourage cependant personne ! Et après une nuit au mouillage à Portigliolo, la goélette met le cap sur Propriano et cette fois-ci, passe la ligne dans les temps.

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J1 - mouillage a? Portigliolo © Marion Haug - Scribox

Le troisième jour réserve quelques surprises. Le départ se fait au près, qui n’est guère la spécialité de Grande Zot. Tous les bateaux prennent la direction de Porto Pollo avant de se séparer : le parcours des voiliers classiques sera plus direct, plus court. Une fois à Campomoro, en milieu d’après-midi, chacune rêve de repos et de baignade… Mais le guindeau, indispensable pour jeter ou relever l’ancre, en a décidé autrement ! Après deux heures de ronds dans l’eau, Grande Zot se résigne à prendre une bouée un peu plus loin… Le guindeau, lui, est désormais hors-course.

La régate, un régal

Le lendemain, quelques dauphins montrent leurs ailerons près du bateau-comité mais personne n’a le temps de les admirer. Après quelques bords de près, Grande Zot double le célèbre lion de Roccapina au portant, son allure de prédilection… au point de rattraper, puis de devancer plusieurs concurrents plus modernes : une vraie fierté pour l’équipage, qui arrive septième au temps réel sur cette étape, et troisième au temps compensé !

Après une bonne nuit et un délicieux restaurant, la goélette met le cap sur Saint-Cyprien. Le vent est fort et le comité de course décide de franchir la passe des Lavezzi au moteur. Toute la flotte défile comme à la parade. Grande Zot ouvre la marche entre Pertusato, Piantarella, Cavallo et la silhouette évanescente de la Sardaigne… Le terrain de jeu est infiniment poétique, mais le sport reprend vite le dessus avec une météo venteuse qui tire sur les écoutes autant que sur les muscles ! L’étape aura raison de la trinquette, mais le moral tient bon.

La Corsica Classic accueille alors un nouveau concurrent aussi joli que prestigieux : Emily, médaillé d’argent aux JO de 1924. Eole ne lui fait cependant aucun cadeau et le jour de ses 100 ans, Emily ne peut pas prendre le départ. Pour les autres voiliers, l’étape sera raccourcie… Mais pas suffisamment pour permettre à Grande Zot de respecter le temps imparti.

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J7 - bateau Emily devant Bonifacio© Marie Me?riel-Bussy - association Grande Zot

Bouquet final

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J4 - arrive?e devant Bonifacio © Marion Haug - Scribox

Le dernier jour a des allures de carte postale, devant les falaises de Bonifacio. Hélas, après un départ dynamique, le vent tombe et peine à mouvoir les vingt tonnes de la goélette. Elle enroule encore péniblement la cardinale Sud des Lavezzi tandis que ses concurrents reviennent déjà, tous spis dehors, rapides et majestueux. Grande Zot est dernière de l’étape. Et pourtant…

Le bateau Odyssée, de la Société Nautique d’Ajaccio, remporte la régate en Osiris tandis qu’Eve, un joyeux ketch australien, s’impose en IRC. Mais lors de la remise des prix, au Bastion de l’Etendard, une double dose d’émotion attend les filles de Grande Zot.

En effet, elles repartent avec le trophée du Yacht Club de France et sont déclarées vainqueures de la régate dans la catégorie CIM ! Peut-être parce qu’elles étaient, cette année, seules dans ladite catégorie ? Évidemment, cela aide un peu… Mais cela prouve aussi que dix femmes soudées et déterminées peuvent naviguer avec panache sur le bateau le plus physique de la flotte, sans winch ni barre à roue. Voilà une belle nouvelle en cette rentrée, non ?

Un équipage féminin sur un bateau ouvert à tous : interview de Véronique MICHEL, cheffe de bord au sein de l’association Grande Zot

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Ve?ronique Michel © Marie Me?riel-Bussy - association Grande Zot

Figaro Nautisme : Comment est né le projet de Grande Zot ?

Véronique Michel : L’association s’est formée autour du propriétaire de la goélette, Jean-Claude Fourcaut. Lorsqu’il l’a achetée, il a voulu donner au plus grand nombre la possibilité de découvrir la navigation sur un gréement aurique. Au départ, la goélette accueillait ses adhérents, ses équipiers plus confirmés, puis des personnes précaires, porteuses d’un handicap physique ou mental, des scolaires… Grande Zot est un bateau open !

F. N. : Pourquoi ce choix d’un équipage féminin pour la régate ?

V. M. : C’est justement Jean-Claude, notre armateur, qui a glissé cette idée pendant la Corsica Classic 2023. Le capitaine de l’époque l’a reprise, et entre-temps, je suis devenue cheffe de bord. L’équipage s’est donc composé autour de moi. Ce sont des adhérentes, des équipières, mais aussi des personnes ayant moins d’expérience en voile, mais investies dans l’association et avec de vraies qualités humaines.

F. N. Quel bilan faites-vous de votre participation à la Corsica Classic 2024 ?

V. M. : C’était ma première édition avec la casquette de capitaine : au départ, je n’étais pas forcément très à l’aise dans mes baskets… Mais j’ai pris de l’assurance. Je suis fatiguée, évidemment, mais je suis surtout très satisfaite de ce que nous avons fait toutes ensemble. Et fière d’avoir emmené les filles jusqu’au bout, sur un voilier physique et difficile à manier, malgré les aléas techniques et climatiques. Et j’ai beaucoup apprécié l’ambiance à bord : c’était une belle aventure au niveau sportif, mais aussi sur un plan humain. Merci à elles de m’avoir fait confiance !

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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