
Il est de l’avis général inutile et déraisonnable d’affronter le pire, et l’équipage international placé sous la houlette d’Alexia et Dee Caffari préfère ronger son frein, faire le dos rond à l’abri de l’archipel des Açores plutôt que tenter le diable qui va rugir ces prochaines 48 heures au large de la péninsule ibérique et jusqu’à la pointe de Bretagne. Ce n’est qu’alors, samedi matin espèrent-elles, qu’elles braveront l’océan toujours aussi mal pavé pour faire route directe vers Ouessant et cette ligne d’arrivée si convoitée qu’elles pourraient franchir lundi 26 janvier au matin.
Grand voile déchirée
Alors que la route d’Ouessant, de la Bretagne et de Brest se pave avec chaque heure qui passe d’impressionnants obstacles matérialisés par ces trains de dépressions hivernales particulièrement violentes, les difficultés se sont accumulées à bord du Maxi-Trimaran IDEC SPORT des navigatrices de The Famous Project CIC. Dernière en date, et non des moindres, la déchirure de la grand voile survenue hier après-midi alors que le bateau manoeuvrait pour venir glisser au coeur de l’archipel des Açores. Quatre heures d’effort, avec Molly LaPointe accrochée au mât, auront été nécessaire pour affaler la toile et la bloquer au niveau du deuxième ris. Une configuration certes minimaliste mais qui, ironie du sort, correspond précisément à la toile du temps nécessaire à porter dans les rudes conditions en voie d’établissement sur zone.
ETA lundi 26 janvier matin
Une infortune de mer brutale, sévère, irréparable, qui va jusqu’au bout priver Alexia et ses navigatrices des 3/4 de leur grand voile. Le vent d’ouest nord ouest forcit, la mer se creuse et rien pourtant ne vient altérer la volonté de ces femmes de venir le plus tôt possible en terminer avec leur tour du monde sans escale et sans assistance, devenant ainsi le premier équipage féminin à réaliser cet exploit. Diminuées dans leur progression par cette déchirure intempestive, l’équipage The Famous Project CIC a vu le petit « portillon » entrevu pour échapper au plus fort du vent du côté du cap Finisterre se refermer inéluctablement. Les 40 noeuds et plus de vent venu du Labrador martèlent depuis la mi-journée les rivages de Galice, levant une mer déjà mesurée à plus de 7 mètres, et qui atteindra ces prochaines heures les 10 mètres et plus. La route du golfe de Gascogne se bouche pour au moins 48 heures, et Alexia et sa team ralentissent et infléchissent leur route pour laisser passer le gros de la tempête. Elles envisagent désormais une arrivée sur la ligne d’Ouessant lundi prochain. Combattues, souvent. Battues, parfois. Abattues, jamais.

Christian Dumard, routeur à terre :
« Après mûre réflexion, elles ont pris la décision d’attendre. Les raisons : un état de mer important avec des vagues attendues entre 8 et 9,5 mètres avec plus de 45 noeuds et des rafales à 55-60 noeuds. Il est plus sage d’attendre au large une trentaine d’heures et de reprendre la route le samedi 24 au matin pour terminer dans des conditions qui resteront musclées (6 à 7 mètres de mer et 35 noeuds / rafales 45-50 noeuds) pour une ETA le lundi 26 matin. »
Alexia Barrier :
« On a eu la grand voile déchirée en deux quand on a empanné pour prendre le ris 1. Il était 15h TU. Bref, on a passé trois heures à essayer de descendre la grand voile. Finalement, on a réussi à la descendre jusqu'au ris 2. Il nous reste un morceau de grand voile, juste ce qu'il faut pour ris 2. Donc, on a repris notre route.
Ce n'est pas réparable et de toute manière, deux ris, c'est bien suffisant pour arriver à Brest avec la météo qu'on va avoir. Donc voilà, on n'est pas inquiète. On est solide, on est soudée. Et voilà, haut les coeurs, ça va le faire. »
Dee Caffari :
« Quelle journée ! Nous devons nous battre pour chaque kilomètre parcouru dans cette dernière ligne droite. Nous avons choisi la ténacité, la résilience et le travail d'équipe pour surmonter les défis auxquels nous sommes confrontés et continuer à nous battre chaque jour. Il y a eu 30 tentatives pour remporter le Trophée Jules Verne, mais seules 14 d'entre elles ont réussi à boucler le tour du monde. Seules 9 d'entre elles ont abouti à un record.
Dans quelques jours, ces chiffres vont changer, et c'est passionnant. L'histoire est en train de s'écrire, des exemples de ce qui est possible sont en train d'être créés. Si c'était facile, tout le monde le ferait. »
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