Après un pont de l’Ascension bousculé par le mistral et des températures très fraîches pour la saison, la 20e édition des Voiles du Vieux-Port s’est achevée sous un tout autre visage. Dimanche, les voiliers de tradition ont enfin pu profiter d’une rade de Marseille lumineuse, portée par un vent plus maniable et des régates très disputées.

Une météo capricieuse avant un final ensoleillé
La 20e édition des Voiles du Vieux-Port n’aura pas été un long fleuve tranquille. Le pont de l’Ascension a été marqué par une météo instable, sous l’influence d’air polaire et de gouttes froides sur la France. À Marseille, le mistral s’est montré bien présent, avec des températures nettement inférieures aux normales de saison.
Après une journée d’entraînement vendredi, la flotte a dû patienter jusqu’à dimanche pour réellement s’exprimer. Ce jour-là, le mistral s’est apaisé, le soleil est revenu sur la rade et les équipages ont pu envoyer de la toile dans de belles conditions printanières. Le décor était enfin à la hauteur de l’événement, avec les voiliers classiques lancés sur un parcours de 18 milles nautiques, entre la Corniche, le Rove, Canoubier, Sourdaras et le Frioul.
Des Aurique au contact jusqu’au bout
Chez les Époque Aurique, les 4 P Class centenaires ont offert l’un des grands moments de cette édition. Chips, Olympian, Corinthian et Joyant se sont retrouvés pour leur première confrontation de la saison dans la rade de Marseille, avec des écarts serrés et des changements de leader tout au long de la course.
Dans un vent d’abord compris entre 8 et 12 nœuds, avant un final plus soutenu autour de 18 à 20 nœuds, la régate s’est jouée sur la finesse tactique. Sur ce plan d’eau toujours exigeant, où les bascules peuvent rebattre les cartes très vite, Chips a pris l’avantage et s’impose devant Olympian et Corinthian. Joyant confirme aussi ses progrès, après une première saison davantage tournée vers la découverte.
Falcon et Palynodie II confirment leur rang
En Époque Marconi, la catégorie la plus fournie avec 10 concurrents, Falcon a une nouvelle fois imposé sa puissance. Le Q Class de 1930, mené par Patricio Monteiro de Barros, s’offre la victoire devant Andale, sloop bermudien de 1951, et Svanevit, 8 mJI de 1939. La performance de Falcon est aussi marquée par la présence d’Élise Garcin au poste de boat captain, un rôle encore rarement occupé par une femme à ce niveau dans l’univers des voiliers de tradition.
Du côté des Classiques Marconi, Palynodie II poursuit sa belle série. Le sloop bermudien de 1962 s’impose devant Corter, cotre de 1956, et Moonspray, yawl bermudien de 1962 skippé par Valérie Bertaux-Fumat. Une victoire de plus pour un bateau déjà bien installé parmi les références du circuit.

Les IOR font une entrée remarquée
Grande nouveauté de cette 20e édition, les Classiques IOR ont rejoint le rendez-vous marseillais. Cette catégorie, lancée il y a 3 ans par le CIM, rassemble des monocoques construits entre 1970 et 1984. Des bateaux au style très identifiable, qui ont marqué toute une génération de régatiers et qui ont prouvé qu’ils avaient encore beaucoup à donner sur l’eau.
Dans cette première apparition aux Voiles du Vieux-Port, Sagittarius s’impose. Le Sparkman & Stephens de 1971 devance Ojala II, autre Sparkman & Stephens lancé en 1973, et Kertios, cotre bermudien de la même année. Une entrée réussie pour cette flotte IOR, qui apporte une nouvelle énergie à l’événement.
À terre, l’élégance aussi avait son classement
Les Voiles du Vieux-Port ne se jouent pas seulement sur l’eau. À quai, l’ambiance a aussi fait partie du spectacle, avec une vraie place accordée à l’élégance, à la convivialité et à l’esprit des bateaux de tradition. La 2e édition du concours d’élégance Richard Frojo a récompensé Palynodie II, Corter et Belle de Rio pour la qualité de leur présentation, le soin des détails et l’allure de leurs équipages. Puis l’ambiance a changé de registre avec le concours de rock, animé par les Black Pustul’s. Cette fois, Corter a pris la 1re place devant Palynodie II, confirmant que certains équipages savent aussi bien faire vivre les quais que régater dans la rade.
Malgré une météo longtemps contrariée, cette 20e édition des Voiles du Vieux-Port s’est terminée sur une vraie journée de régate, intense et spectaculaire. Entre les duels serrés des P Class, la domination de Falcon, la confirmation de Palynodie II et l’arrivée prometteuse des IOR, le rendez-vous marseillais a rappelé pourquoi la voile classique garde une place si particulière dans le paysage nautique.
Dans la rade de Marseille, ces bateaux ne sont pas seulement des pièces de patrimoine. Ils continuent de courir, de manœuvrer, de se battre au près comme au portant, avec cette élégance rare qui fait tout le charme des Voiles du Vieux-Port.
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