Route du Rhum - Destination Guadeloupe : dans la peau d'un amateur éclairé

Route du Rhum
Mardi 1 novembre 2022 à 12h11

Plateau le plus fourni sur cette Route du Rhum avec 55 skippers au départ, la Class40 a cette particularité de voir se côtoyer skippers professionnels et amateurs éclairés. Oui, avec 150 000 euros on peut participer à la plus belle des transats.

©Photo Guillaume Arnault / FullSave
Plateau le plus fourni sur cette Route du Rhum avec 55 skippers au départ, la Class40 a cette particularité de voir se côtoyer skippers professionnels et amateurs éclairés. Oui, avec 150 000 euros on peut participer à la plus belle des transats.

A bientôt 64 ans et un CV nautique bien fourni, Jean-Pierre Balmes est un « joyeux retraité » comme il se qualifie lui-même avec un sourire dont il se départit rarement. Dégagé de toute activité professionnelle et physiquement « à peu près en forme », il se délecte de pouvoir maintenant satisfaire à temps plein sa passion pour la course au large.

Jean-Pierre, vous vous souvenez de la première fois que vous avez entendu parler de la Route du Rhum ?

Ah oui, très très bien ! C’était la fameuse arrivée entre Malinovsky et Mike Birch et les images que j’ai vues dans les magazines spécialisés ou à la télé parce que ça avait été filmé. C’est marqué dans ma mémoire et si je suis là aujourd’hui c’est en grande partie parce qu’il y a eu Mike Birch et Malinovsky à l’époque.

Quel est votre parcours nautique alors entre ces images de 78 et le départ de cette douzième édition ?

Cette Route du Rhum, c’est un peu mon jubilé ! La première grande course au large à laquelle j’ai participé, c’était en 1982, il y a tout juste 40 ans, cela fait donc pas mal d’années que je cours. Il y a eu pas mal d’étapes dans ma vie de marin, la Solitaire du Figaro à 20 ans, la Mini Transat à 40, ma première Route du Rhum à 60 ans en 2018, et là c’est ma deuxième Route du Rhum. Je ne suis pas le plus vieux, même en Class40, il y a un concurrent Sud-Africain qui est plus âgé que moi et donc je lui dois beaucoup de respect mais je vais essayer d’arriver devant lui quand même ! (rires)

Comment avez-vous monté ce projet ?

C’est le résultat d’une rencontre sur la précédente Route du Rhum, où au départ un chef d’entreprise qui communiquait dans le rugby habituellement, m’a demandé s’il pouvait me confier un petit ballon pour qu’il soit le premier ballon de rugby à faire la Route du Rhum. Donc je l’ai embarqué et ça s’est très bien passé (NDLR : Jean-Pierre Balmes a terminé cinquième de la catégorie Rhum Multi en 2018). Finalement nous sommes devenus amis, et à l’arrivée en Guadeloupe on s’est promis d’essayer d’être là, ensemble sur le même bateau en 2022 et nous voilà.

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A la barre par beau temps, pas encore besoin de casque ! - © Photo Guillaume Arnault / FullSave

Pouvez-vous donc nous présenter votre bateau Fullsave, qui porte le numéro 148 ?

C’est un Thize 40, un plan de Guillaume Verdier, dont trois exemplaires identiques ont été construits. Ce n’est pas un bateau de dernière génération, bien qu’il ne soit pas très vieux puisqu’il a été construit en 2017 mais il a été dessiné juste avant l’apparition des scows (NDLR : bateaux aux étraves très volumineuses, presque rondes). On l’a donc légèrement modifié en refaisant l’étrave pour diminuer l’écart entre les scows et les bateaux classiques et on est à mi-chemin entre les deux. Il y a donc des allures où on va presque aussi bien que les derniers bateaux comme les allures de VMG (près serré et vent arrière) mais au largue on va moins vite quand même.

Comment s’organise votre vie à bord, on voit qu’il y a même un casque ?

Alors le casque c’est pour les moments vraiment chauds, quand on va vite au portant, pour pouvoir barrer sans avoir de l’eau plein les yeux ! Sinon l’intérieur du bateau est plutôt vide, notamment toute la partie avant où il est quasiment interdit d’aller parce que le poids sur l’avant ce n’est jamais bon, sauf dans le tout petit temps au près. Donc on vit entre le mât et l’arrière du bateau, avec des endroits pour matosser, aussi bien latéralement que longitudinalement, et on finit en général avec les voiles à l’extérieur, sur les passavants ou à l’arrière, bien mouillées pour faire du poids. En plus on a 750 litres de ballasts d’eau de mer de chaque côté et à l’arrière, soit l’équivalent de 8 à 10 personnes qui seraient assises au rappel. La cellule de vie mesure à peine 2 mètres cube, mais ce qui est assez sympa sur ce bateau c’est la table à cartes qui s’oriente, ce qui permet dans les phases de repos, d’être dans mon pouf avec l’écran et tous les instruments face à moi. Il n’y a pas de couchettes, je dors donc dans mon pouf, perpendiculairement à la marche du bateau.

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Jean-Pierre Balmes à l'intérieur de son Class 40. Notez le casque à visière au-dessus de la table à cartes. - © Photo François Tregouet - MULTI.media pour Figaro Nautisme

Quid de l’avitaillement et du sommeil ?

Comme j’aime bien manger en mer comme à terre, je me suis préparé des petits plats que je n’ai plus qu’à réchauffer. J’ai une base de trois à quatre repas par jour et puis j’ai des compléments alimentaires au cas où il ferait très mauvais, que je ne pourrais pas m’alimenter. Après j’ai un rythme de vie un peu particulier car j’ai un cycle de sommeil très court, des phases de 9 minutes. J’ai besoin de 3 à 4 heures de sommeil par 24 heures, par tranches de 9 minutes donc, prises indifféremment entre le jour et la nuit.

Comment voyez-vous cette Route du Rhum et quels projets au-delà ?

Et bien j’ai prévu 20 jours d’avitaillement pour être large parce que je pense mettre environ 17 jours, mais il n’y a pas beaucoup d’alizés alors ça pourrait être un petit peu plus long. Mais j’ai promis à ma femme que ce serait la dernière ! Parce qu’on parle toujours des marins mais il faut aussi parler des familles des marins. Parce que nous on a un peu de stress et un petit peu d’angoisse, mais on a aussi beaucoup de plaisir. Alors que les gens qui restent à terre ils ont autant d’angoisses que nous mais moins de plaisir. Alors quand on a la chance de vivre à deux, il faut préserver l’autre aussi.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…