Route du Rhum - Destination Guadeloupe : François Duguet, « je suis un peu l'ange gardien du bateau »

Route du Rhum
Lundi 7 novembre 2022 à 12h11

Mercredi prochain vers 14h00, il sera parmi les derniers à sauter à l’eau avant le départ. Si depuis vendredi que le bateau est sorti des bassins et est au mouillage devant Dinard il dort moins bien, en tant que « Boat Captain », c’est toute l’année que François Duguet veille sur le trimaran Ultim de Thomas Coville. Explications sur ce métier de l’ombre.

©Photo François TREGOUET - MULTI.media
Mercredi prochain vers 14h00, il sera parmi les derniers à sauter à l’eau avant le départ. Si depuis vendredi que le bateau est sorti des bassins et est au mouillage devant Dinard il dort moins bien, en tant que « Boat Captain », c’est toute l’année que François Duguet veille sur le trimaran Ultim de Thomas Coville. Explications sur ce métier de l’ombre.

Sur un Figaro ou même certains Class40, un skipper a un préparateur. En Ultim tout est à l’échelle du bateau avec pour Sodebo une équipe de 22 permanents, avec Bureau d’Etudes intégré, une cellule de performance, beaucoup de choses internalisées, plus des intervenants ponctuels. Résultat, au dernier briefing à Lorient avant le convoyage vers Saint-Malo, ils étaient trente ! Parmi eux, une sorte de chef d’orchestre mais, tradition oblige, le milieu de la voile lui a réservé l’anglicisme de Boat Captain.

Qui es-tu et d’où viens-tu François ?

J’ai 41 ans, je suis fan de voile et j’ai la chance de vivre de ma passion depuis une vingtaine d’années maintenant. Je suis un sportif mais aussi un ingénieur (EIGSI La Rochelle) et j’allie le sport à la technique tous les jours dans mon métier. Je n’ai pas beaucoup trainé dans les usines ou les chantiers navals, à part un peu à la sortie de l’école, mais très vite j’ai eu la chance de pouvoir courir au large. J’ai fait la Mini-transat (2007), ce qui est une forme d’études dans ce milieu-là. Je ne suis jamais retourné à l’usine, j’ai eu la chance de naviguer sur plein de beaux bateaux et de participer techniquement à la préparation de ces bateaux, à leur développement. C’est ce que je fais encore aujourd’hui tous les jours et c’est un plaisir.

Depuis quand exerces-tu au sein du team Sodebo et en quoi consiste le rôle de Boat Captain ?

J’ai rejoint le team Sodebo en mars 2019, une semaine avant la mise à l’eau de Sodebo Ultim 3, le bateau sur lequel nous sommes aujourd’hui à Saint-Malo. Le Boat Captain est à la fois un navigant car ce bateau, s’il va partir demain en solitaire, il est aussi destiné à faire des courses ou à battre des records en équipage, et je fais alors partie de cet équipage, mais j’ai aussi un pied dans l’équipe technique à terre. On a une grosse équipe de techniciens et d’ingénieurs, ils sont une vingtaine à travailler sur ce projet, et parmi ces gens-là il y en a qui ne sont pas spécialement des navigants, ce sont de très grands spécialistes dans leur domaine de compétence. Et moi je fais un peu la charnière entre ces deux mondes. Je retranscris auprès des techniciens les besoins des navigants et dans l’autre sens je donne à bord les limites d’utilisation du bateau. On a parmi les gens qui naviguent des gens qui sont très talentueux, qui arrivent de divers horizons, olympisme ou Coupe de l’America, qui connaissent peut-être un petit peu moins bien ce bateau-là et ses spécificités, alors c’est moi qui suis le garant de la bonne utilisation du bateau et du fait qu’on ne le détériore pas.

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© Photo Martin Keruzoré

Nous sommes dans ce que l’on appelle la cellule de vie du trimaran, peux-tu nous la décrire ?

Tout est de plain-pied maintenant sur ces bateaux. Il y a une zone de manœuvre, un cockpit entièrement protégé mais avec une visibilité à 360° sur ce qui se passe à l’extérieur. Toutes les manœuvres reviennent ici, donc 99.9% du temps Thomas sera là. Il ne sort que pour les changements de voile. Sinon ici c’est un peu la salle de torture parce qu’en solitaire sur ces tailles de bateau il y a beaucoup d’énergie à dépenser. On a donc les winches, les colonnes, les pompes hydrauliques, et puis c’est vrai que maintenant on a beaucoup de capteurs, l’électronique est devenue très importante. Donc on a plein de chiffres et d’afficheurs partout, les commandes de pilote évidemment à portée de main des postes de barre et aussi les écrans tactiles qui permettent de régler les différentes configurations de foils, avant d’enclencher les pompes hydrauliques qui elles restent manuelles. Puisqu’évidemment il n’y a pas d’asservissement et pas d’assistance mécanique sur les réglages des appendices ou des voiles. Devant on a une cellule de vie et comme le bateau est aussi destiné à la navigation en équipage, Thomas va être plutôt à son aise dans cet espace. On a démonté tout ce qui ne servait à rien, donc il reste une bannette, quelques rangements pour la nourriture, ses cirés et puis la table à cartes, qui est évidemment l’élément de communication avec la cellule routage pour la réception des bulletins météo, l’élaboration de la stratégie et les communications avec la terre. Si tout se passe bien, normalement, il n’a pas à descendre. Il reste sur le pont, à manœuvrer, à faire avancer le bateau et à se reposer à proximité des écoutes. Dessous ce n’est que de la technique, alors si les conditions sont cool à un moment il ira faire une petite ronde d’inspection éventuellement, des vérins des pilotes, des drosses, du parc batteries, de la génératrice du moteur.

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© Photo Martin Keruzoré

Quelle est ton rôle en amont de cette Route du Rhum ?

Pour une préparation de Route du Rhum, c’est un peu particulier. C’est la première transatlantique en solitaire avec ce bateau, bien que le bateau ait trois ans et demi maintenant, mais avec les épisodes Covid il n’y a pas eu de transat anglaise il y a deux ans. Mon rôle c’est d’être l’interlocuteur technique de Thomas (Coville), de toujours garder un œil de bon marin on va dire auprès des techniciens quand ils préparent le bateau. Même si ça reste une course, un sprint, à quelques jours du départ on voit que la configuration automnale va être rude, et parfois il faut revenir aux bases du bon marin. Donc je rassure Thomas sur le fait que les techniciens font les checks et double checks de tout ce qui les concerne et je discute avec les techniciens, chacun dans leur domaine, car on ne peut pas être spécialiste en tout. Ces bateaux sont tellement pointus qu’il nous faut des spécialistes en informatique, en électronique, en hydraulique, en mécanique, en composite… Je garde un œil général sur l’organisation, et je suis un peu la garant du déroulé technique, en dehors de la cellule routage qui se met en place, du déroulé des manœuvres (sortie des bassins, veille sur coffre avec des quarts à assurer). Et puis trois heures avant le départ sur l’eau il y aura des check-lists à dérouler, pour ne rien oublier, pour qu’au moment où on va sauter du bateau, 8-10 minutes avant le départ, que tout ait été vérifié, que Thomas ait vraiment le bateau dans les meilleures conditions. Je suis un peu l’ange-gardien du bateau pendant toute cette période qui est sollicitante pour le skipper mais aussi pour le bateau avec beaucoup de gens qui viennent à bord et c’est bien normal, mais on n’est jamais à l’abri que quelque chose soit détérioré. C’est un peu comme si tout le monde passait dans le baquet de la Formule 1 dans l’heure qui précède le départ, donc c’est un exercice de style un peu particulier et il faut faire attention.

A deux jours du départ, le bateau est prêt ou il y a toujours quelque chose à faire, on te voyait faire un peu de matelotage en arrivant à bord ?

Le bateau il est prêt, il peut partir demain, mais tant qu’on a du temps on peut faire des choses. Et pour continuer avec l’analogie automobile, il y a toujours du monde qui travaille sur la voiture, même quand elle est sur la piste, sortie des stands, dans l’heure qui précède le départ. Ce sont des bateaux qui sont très pointus, qui évoluent tout le temps. Le bateau sur lequel nous sommes aujourd’hui, il est très différent du bateau qui est sorti du chantier il y a trois ans et demi, et il est même différent du bateau qui est sorti du dernier chantier hivernal, et effectivement il y a encore des ajustements, des choses en plus à faire. Alors on ne peut pas faire n’importe quoi dans les semaines qui précèdent un départ, il y a des choses qui sont arrêtées auxquelles on ne touche plus, des réglages ou des configurations sur lesquels on ne reviendra pas parce que l’on sait qu’ils sont validés et robustes, mais en finition on peut toujours rajouter, ou enlever d’ailleurs, quelque chose. Car la perfection est atteinte non pas quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à enlever comme disait Saint-Exupéry, et c’est un peu mon leitmotiv en ce moment.

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© Photo Alexis Courcoux / #RDR2022

Comment l’équipe vit le report du départ ?

L’avantage d’avoir une grosse équipe, c’est qu’on peut palier à tout imprévu donc quand il faut décaler, retarder, on a les ressources techniques et humaines pour le faire. On sait que les plans ne se passent jamais comme prévu, alors on fait des plans mais on est prêts à s’adapter.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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