Vendée Globe : des vagues immenses, un froid glacial... les skippers à rude épreuve !

Par Figaronautisme.com

Actuellement, les dépressions se succèdent sans répit pour les skippers du Vendée Globe, les vents soufflent avec une intensité redoutable, les vagues atteignent des hauteurs vertigineuses, comparables à celles d’un immeuble, et le froid est omniprésent, mordant. Cette réalité frappe particulièrement les deux leaders, dont Sébastien Simon (Groupe Dubreuil), qui navigue au plus près de la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA). Il évolue désormais dans les Cinquantièmes Hurlants, à proximité d’une zone à l’est des Kerguelen, où des icebergs remontent du Sud vers le Nord. Dans ces conditions extrêmes, l’eau frôle le point de congélation, glaçant non seulement le corps mais aussi les esprits.

« Ça caille fort ! », a rapporté Sébastien Simon. De fait, sur sa zone de course, l’eau ne dépasse pas les 2° Celsius. Le vent est glacial et agressif. C’est vivifiant, sûrement, mais allez dire ça au skipper de Groupe Dubreuil pour qui, depuis quelques jours déjà, l’humidité est une compagne fidèle, invisible mais omniprésente ! A bord de son bateau, chaque surface, du pont glissant aux hublots embués, suinte cette froideur maritime. L’air lui-même, saturé d’eau et de givre, mord la peau et s’accroche aux os, laissant un frisson qui ne part jamais vraiment. « Ce froid-là ne se contente pas de toucher la peau : il s’infiltre, s’imprime et semble vouloir devenir une partie de vous », a expliqué Antoine Cornic, à vrai dire surtout gêné par la moiteur depuis son entrée dans les mers du Sud. Celle-ci est désormais partout, comme si elle avait signé un bail permanent. « Je comprends pourquoi les IMOCA les plus récents ont des cockpits entièrement fermés. Moi, j’ai un bateau à l’ancienne et pour me préserver, je n’ai pas d’autre choix que de vivre beaucoup à l’intérieur. Dans le Grand Sud, ça doit être un bonheur de pouvoir naviguer caché derrière sa bulle et ainsi de pouvoir continuer à contempler la mer », a ajouté le Rétais.

Un froid qui mord les joues

« A l’intérieur du bateau, ça ruissèle d’humidité. Les vêtements et le duvet collent. C’est le plus dur, je crois », a ajouté le skipper de Human Immobilier dont le cockpit pourrait, en l’état, rivaliser avec un frigo mal dégivré, tant et si bien que ça le démange d’aller farfouiller dans ses sacs et de fêter Noël avant l’heure. « Ma femme a lâché le morceau : elle m’a dit que dans mes cadeaux, il y avait des chaufferettes. Je ne suis pas sûr d’attendre jusqu’au 25 ! », a raconté le marin. Pour lutter contre ce froid chargé d’eau, lourd et insidieux, chacun a donc ses petites astuces. Chaussettes chauffantes, bouillote… tout est bon à prendre. Le chauffage, installé sur un peu plus d’un quart des bateaux de cette 10e édition, reste le « luxe » ultime. Généralement doté d’un système de gaine orientable, ce type d’installation permet de faire sécher les vêtements et de réguler a minima la température dans la zone de vie du bateau. Bémol : il est énergivore. « On ne peut, de ce fait, s’en servir que de manière sporadique, mais quel bonheur ! », a confirmé Manu Cousin, qui s’apprête à franchir la longitude du cap de Bonne Espérance la nuit prochaine et commence à sentir le froid s’amplifier doucement.

Des petits bonheurs simples

« Pour le moment, je n’ai pas encore ressenti le besoin de m’en servir mais je me souviens qu’il y a quatre ans, j’appréciais, lorsque je faisais une manœuvre sur le pont, de le mettre en route juste avant de sortir pour ainsi pouvoir profiter d’un peu de chaleur au retour, puis me réchauffer les pieds et les mains. Idem au moment du petit dej’, le temps de 15-20 minutes », a détaillé le skipper de Coup de Pouce cette nuit, de retour sur le ring avec des gants bien serrés à la suite de sa grosse mésaventure avec un OANI, il y a tout juste quelques jours. « C’est à présent derrière moi. Tous les jours, ça va mieux car je me dis que, statistiquement, les chances que ça m’arrive une nouvelle fois pendant ce Vendée Globe sont faibles », a confié le solitaire, par ailleurs adepte des petites chaufferettes thermiques qu’il prévoit de glisser dans ses gants et ses bottes le temps venu. Des chaufferettes qui, indiscutablement, occupent la tête du hit-parade chez les marins. Sam Goodchild (VULNERABLE) a, lui aussi, confié se réjouir de pouvoir en faire usage lorsqu’il sera redescendu un peu en latitude. « J'ai justement trouvé un kit rechargeable dans l’une des petites cases de mon calendrier de l’avent », a précisé le marin, bien requinqué après une bonne dose de sommeil maintenant que le vent est (enfin) redevenu plus stable sur sa zone de course. Pour l’heure, situé 400 milles au nord des Kerguelen, le Britannique ne fait pas partie de ceux qui ont les doigts engourdis et dont chaque souffle exhalé se transforme en nuage éphémère mais il le sait, ce froid à faire craquer les cailloux va forcément bientôt le (re) saisir. Finalement, le seul qui navigue encore « sous le soleil exactement » dans l’instant reste Szabolcs Weöres (New Europe) mais ce dernier ne le cache pas : il est malgré tout impatient de ressentir lui aussi cette sensation "glaciale" d’être à l’extrémité du monde.

Retrouvez chaque jour l'analyse METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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