Navigation : ces nouvelles règles qui vont transformer la plaisance

Règlementation
Par Le Figaro Nautisme avec Bloc Marine

Zones interdites, mouillages encadrés, vitesse réduite, exigences environnementales et sécurité renforcée : la navigation de plaisance entre dans une nouvelle ère. Dans les 5 prochaines années, les règles vont évoluer en profondeur, modifiant concrètement la manière de préparer et de vivre une croisière. Voici ce que chaque plaisancier doit anticiper dès aujourd’hui.

Zones interdites, mouillages encadrés, vitesse réduite, exigences environnementales et sécurité renforcée : la navigation de plaisance entre dans une nouvelle ère. Dans les 5 prochaines années, les règles vont évoluer en profondeur, modifiant concrètement la manière de préparer et de vivre une croisière. Voici ce que chaque plaisancier doit anticiper dès aujourd’hui.

Une mer de plus en plus réglementée

Naviguer ne consiste plus seulement à composer avec le vent et l’océan. Une nouvelle réalité s’impose progressivement : la mer devient un espace réglementé, structuré et surveillé. Ce mouvement ne repose pas sur une réforme unique mais sur une accumulation de décisions locales, nationales et européennes qui redessinent progressivement le cadre de la plaisance. C’est déjà écrit et voté : dans les prochaines années, les zones protégées vont se multiplier et surtout se durcir. Certaines resteront accessibles sous conditions, d’autres seront partiellement ou totalement interdites. Cette évolution impose déjà un changement de réflexe : la préparation d’une navigation ne peut plus se limiter à la météo ou aux abris disponibles.

Le mouillage devient le premier sujet sensible

Le mouillage est sans doute le domaine où les changements sont les plus visibles. En Méditerranée notamment, la protection des herbiers de posidonie a profondément modifié les usages. Là où l’on jetait l’ancre librement il y a encore quelques années, des restrictions apparaissent désormais. L’impact écologique de l’ancrage est au cœur du sujet. Une ancre qui accroche un fond sableux laisse peu de traces. Sur un herbier, elle peut détruire en quelques secondes un écosystème installé depuis des décennies. Pour un plaisancier, cela change concrètement la préparation de sa croisière. Il ne suffit déjà plus de repérer une baie abritée. Il faut vérifier la nature des fonds, les arrêtés locaux, les zones Natura 2000, les bouées disponibles, et parfois renoncer à un mouillage… pourtant très connu et où vous aviez vos habitudes depuis longtemps. Ces nouvelles règles vont se multiplier et choisir un mouillage va dorénavant passer par comprendre la nature des fonds, anticiper les règles locales et parfois revoir son programme.

La vitesse : un outil de protection

La limitation de vitesse n’est plus seulement pensée pour éviter les accidents près des plages ou dans les mouillages encombrés. Elle devient aussi un outil écologique. Dans certaines zones sensibles, réduire l’allure permet de limiter le dérangement de la faune, le batillage, le bruit sous-marin et les risques de collision avec les mammifères marins. La règle française des 5 nœuds dans la bande littorale des 300 m est déjà bien connue. Ces règles vont se multiplier dans les prochaines années. On peut s’attendre à des secteurs où la vitesse sera modulée selon la saison, la fréquentation ou la présence d’espèces protégées. Le plaisancier devra donc naviguer avec une attention plus fine aux cartes numériques, aux avis locaux et aux applications de navigation mises à jour. 

La sécurité va continuer à se préciser

La Division 240 reste le socle français pour les navires de plaisance jusqu’à 24 m. Elle distingue les navigations basique, côtière, semi hauturière et hauturière, avec du matériel obligatoire adapté à la distance d’un abri. Les dernières évolutions ont précisé plusieurs points, notamment le coupe circuit, les équipements individuels de flottabilité, le compas et certains matériels de repérage. Dans les prochaines années, la sécurité va suivre 2 mouvements. D’un côté, une simplification pour éviter l’empilement de matériel inutile. De l’autre, une exigence plus forte sur le matériel réellement opérationnel : gilets adaptés, dispositifs lumineux, VHF en état, balise, moyens de repérage d’un homme à la mer, pharmacie cohérente, briefing d’équipage. Et c’est une évolution saine. Un coffre rempli d’équipements périmés ne rend personne plus marin ni plus en sécurité. L’idée est de permettre d’avoir une réelle capacité à utiliser le bon matériel au bon moment.

Les moteurs thermiques ne disparaîtront pas, mais ils seront encadrés

La plaisance ne basculera pas toute seule vers l’électrique en 5 ans. Un voilier de voyage, un semi-rigide familial, une vedette de croisière et un catamaran de location n’ont ni les mêmes besoins, ni les mêmes contraintes. En revanche, l’environnement réglementaire pousse clairement vers la réduction des émissions, l’amélioration des carburants, l’électrification partielle et les infrastructures portuaires plus sobres. La Commission européenne a intégré la plaisance dans ses réflexions sur la décarbonation du transport, avec une approche qui laisse encore ouvertes plusieurs solutions : électrique, hybride, carburants alternatifs, efficacité énergétique, équipements portuaires adaptés. Pour les plaisanciers, l’impact sera d’abord très concret dans les ports : restrictions possibles sur certains groupes électrogènes, bornes mieux suivies, zones à faibles émissions dans quelques bassins, incitations à réduire les nuisances au mouillage. Le moteur diesel du voilier de voyage ne va pas disparaître demain matin, mais son usage sera de moins en moins invisible.

Le bruit sous-marin, nouveau sujet émergent

Encore peu présent dans les discussions grand public, le bruit sous-marin devient un sujet de fond. Les activités humaines, y compris la plaisance, contribuent à une pollution sonore qui perturbe la faune marine. On peut facilement imaginer que dans les années à venir, ce sujet deviendra non pas central, mais sérieusement étudié et pris en compte dans certaines zones sensibles. Cela pourrait se traduire par des limitations de vitesse, des restrictions d’usage ou des périodes de quiétude.

Une préparation de navigation plus exigeante

La conséquence directe de ces évolutions est simple : préparer une croisière devient plus complexe. Il ne s’agit plus seulement de tracer une route et de surveiller la météo. Il faut désormais intégrer une dimension réglementaire à part entière : zones interdites, mouillages autorisés, vitesses imposées, restrictions temporaires. Cette préparation devient une compétence à part entière du plaisancier moderne.

Des cartes et des outils en constante évolution

La navigation s’appuie de plus en plus sur des outils numériques capables d’intégrer ces informations en temps réel. Les réglementations évoluent rapidement, parfois localement et temporairement. Naviguer avec des informations à jour devient essentiel. Une zone autorisée une année peut être réglementée la suivante. Cette évolution impose une vigilance accrue et une mise à jour régulière des données utilisées.

Une nouvelle culture de la navigation

Le quotidien du plaisancier ne sera pas bouleversé par une interdiction générale ou une révolution brutale. Il changera par petites touches. On choisira son mouillage avec plus de précision. On réduira sa vitesse plus souvent. On vérifiera les règles d’une réserve avant d’y entrer. On gardera davantage de preuves de conformité à bord. On louera peut-être des bateaux mieux équipés, mais aussi plus encadrés. Les professionnels, eux, devront expliquer ces règles aux clients, surtout en location, où l’erreur vient souvent d’un manque d’information plus que d’une mauvaise volonté.

Ce mouvement peut agacer. Il peut aussi éviter le pire : des mouillages détruits, des accidents évitables, des zones fermées faute de respect, et une plaisance perçue comme une pression supplémentaire sur le littoral.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.