Le phare des Barges aux Sables d'Olonne : une école de la construction

Culture nautique
Jeudi 16 juin 2022 à 6h22

Dans le sprint final qui les opposaient à l’arrivée du Vendée Globe 2016-2017, Armel Le Cléach et son poursuivant Alex Thomson étaient montés au Nord jusqu’au large d’Ouessant avant de virer de bord pour redescendre sur les Sables d’Olonne. Une dernière difficulté les attendait : les roches des Barges sur lesquelles trône le seul phare en mer de Vendée. Pour valider leur route, c’est sans doute le dernier amer qu’ils recherchaient après une navigation de 74 jours et ce sont des parages dans lesquels il vaut mieux ne pas s’endormir, ce qui est arrivé à d’autres…

Dans le sprint final qui les opposaient à l’arrivée du Vendée Globe 2016-2017, Armel Le Cléach et son poursuivant Alex Thomson étaient montés au Nord jusqu’au large d’Ouessant avant de virer de bord pour redescendre sur les Sables d’Olonne. Une dernière difficulté les attendait : les roches des Barges sur lesquelles trône le seul phare en mer de Vendée. Pour valider leur route, c’est sans doute le dernier amer qu’ils recherchaient après une navigation de 74 jours et ce sont des parages dans lesquels il vaut mieux ne pas s’endormir, ce qui est arrivé à d’autres…

Car les Barges sont des roches à fleur d’eau dont on aperçoit à peine quelques têtes à marée haute et sur lesquelles bien des bateaux se sont perdus. Aussi l’administration française des années 1850 s’est laissée convaincre sans rechigner qu’il était crucial de construire un phare à cet endroit.

Quand le phare a été inauguré en octobre 1861 après quatre ans de travaux, tous les intervenants ont été conviés à un grand banquet, les marins et les ouvriers ont touché une prime et — magnifique cadeau à l’époque —une photo du phare. L’ingénieur Charles Marin a félicité tout le monde et a fait savoir que tout s’était bien passé… Par humilité ? Parce que ce n’était pas le moment de rappeler les difficultés ? Parce que c’était ce que voulaient entendre les personnalités politiques présentes ? Toujours est-il qu’à la lecture du rapport complet de Charles Marin, on comprend que les problèmes n’ont pas manqué. Mais peut-être que la construction des autres phares en mer en a posé encore plus… Charles Marin, jeune ingénieur sorti major de Polytechnique a succédé à son supérieur l’ingénieur en chef Legros en cours de chantier et a beaucoup appris en dirigeant la construction de phare des Barges au point que son rapport servira de manuel de référence à tous ceux qui seront amenés à entreprendre des travaux de même nature. Pendant 50 ans, le phare des Barges sera  considéré comme le modèle des phares en mer.

Les travaux ont commencé en 1857 par la préparation de la roche sur laquelle allaient être coulées les fondations. Pour la débarrasser des algues et des berniques, les ouvriers ont commencé au burin et au poinçon. C’est très lent et le granite est si dur que les outils sont usés avant la fin de la journée. De plus, pour peu que la marée ou le mauvais temps empêchent les embarcations accoster pendant quelques jours et la roche est recolonisée par la faune et la flore. Faut trouver autre chose… Eh bien on a trouvé : l’acide chlorhydrique ! C’est radical. Je n’ose pas écrire miraculeux… Rien ne repousse, c’est sûr. Ne citons pas l’inventeur de la trouvaille. C’était juste avant l’arrivée de Charles Marin. Sa grande découverte à lui, c’est le granite d’Avrillé que l’on va chercher dans une carrière à 25 kilomètres des Sables d’Olonne. C’est quand même plus rationnel que de faire venir du granite de Kersanton, près de Brest. La preuve que le granite d’Avrillé résiste au temps ? On observe dans la région des menhirs de l’époque préhistorique et qui n’ont pas bougé. Mais qui ont été déplacés quand même car on en a utilisé pour construire la jetée des Sables d’Olonne, c’est dire… On a taillé en pierres de taille des monuments préhistoriques. Il faut le savoir et …ne pas recommencer.

Revenons au phare. Charles Marin met aussi au point les apparaux pour acheminer les pierres taillées, les monter, les poser. Il teste les ciments et les utilise en fonction de leurs propriétés et de leur prix de revient. Ainsi, les joints sont faits au ciment de l’Ile de Ré et on verra bien s’il résiste au temps et surtout aux vagues.  Pour sceller les pierres, on continuera d’utiliser le ciment de Portland qu’il faut faire venir de Boulogne mais qui a fait ses preuves.

La difficulté majeure du chantier est arrivée en octobre 1859 : une des tempêtes les plus violentes de l’histoire. Plus de 800 naufrages entre la France et l’Angleterre. La côte dévastée de l’île de Ré à Boulogne… Le corps du phare des Barges n’a pas bougé. Pourtant la force des vagues qui l’ont frappé dépasse tout ce qu’on avait imaginé. Charles Marin a mis ces forces en équation et ses calculs seront utiles à tous les ingénieurs qui seront chargés de constructions exposées aux vagues. Le phare a tenu, mais tous les apparaux sont partis. La grue a été retrouvée sur une plage à une dizaine de kilomètres au nord, brillante comme si elle avait été passée au jet de sable. En quelque sorte, elle y avait été... Charles Marin ne s’est pas laissé décourager et a décidé d’utiliser des apparaux et des outils de levage plus légers, démontables en cas d’annonce de mauvais temps. Nous étions à l’époque de la naissance de la météorologie. Il a décidé qu’il fallait prévoir le temps et la hauteur des vagues pour optimiser le travail des équipes. C’est au quart d’heure près que les embarcations arrivaient sur le chantier ou le quittaient. Ainsi le phare des Barges a-t-il été terminé en octobre 1861, et mis en service avant l’hiver. Six mois d’avance sur le calendrier prévisionnel.

Les qualités d’ingénieur de Charles Marin ont été reconnues et aussi ses qualités de manager. Il a su faire donner le meilleur d’eux-mêmes à des hommes qui travaillaient dix heures par jour dans des conditions difficiles et dangereuses. Il n’y a eu à déplorer aucun accident corporel grave et -ce qui n’est pas si fréquent- le phare a coûté moins cher que prévu.

Charles Marin, grand serviteur de l’Etat, a reçu de l’avancement au mérite. Il a quitté le service des Phares et Balises en 1863 pour devenir directeur général des Chemins de Fer. Il avait sans doute gardé un bon souvenir de ses années en Vendée car quand la ligne Paris-Les Sables d’Olonne a été inaugurée en décembre 1866, l’affiche publicitaire mentionnait : « Les Sables d’Olonne, la plus belle plage d’Europe ». Une décision du patron qui donnait un coup de chapeau à la ville où il avait été si heureux…

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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