Autonomie en mer : oui, c’est possible !

Culture nautique

Devoir abandonner un mouillage idyllique pour aller faire le plein – que ce soit d’eau ou d’une des énergies indispensables à notre confort à bord – est particulièrement frustrant. Comment éviter ce désagrément ? Avec un équipement et une préparation adéquates…

Imaginez : vous êtes dans ce lieu idyllique depuis 3 jours et vous devez déjà repartir par manque d'eau douce… Ah, si seulement vous étiez autonome ! ©Dream Yacht
Devoir abandonner un mouillage idyllique pour aller faire le plein – que ce soit d’eau ou d’une des énergies indispensables à notre confort à bord – est particulièrement frustrant. Comment éviter ce désagrément ? Avec un équipement et une préparation adéquates…

Autonomie : le rêve d’une croisière sans fin

L’escale, en croisière, fait forcément partie du plaisir. Surtout quand elle est choisie et non pas subie ! L’intérêt d’être autonome – ou tout du moins de s’approcher de cet objectif – est de pouvoir choisir le lieu et le moment de votre prochain avitaillement. Pour cela, il faut donc être en capacité de produire son énergie à bord – si possible sans brûler de carburant qui, lui, est forcément limité – son eau potable et de conserver le maximum de nourriture pour choisir de rester dans un magnifique mouillage forain si le cœur vous en dit… Une mission difficile mais pas du tout impossible.

L’autonomie en croisière est le résultat d’une préparation minutieuse de son bateau mais aussi de l’art de savoir consommer ce qui est limité à bord avec intelligence. Et pour cela, il faut savoir expliquer aux membres de votre équipage qu’une lumière, cela s’éteint quand on sort de sa cabine, qu’on ne laisse pas couler l’eau dans le lavabo sans raison, que les réfrigérateurs ou congélateurs ne restent pas ouverts pendant de longues minutes et que la clim, c’est bien mais pas forcément utile dans un mouillage bien ventilé ! Ces règles de bon sens (marin) sont toujours bien comprises quand elles sont expliquées sereinement par le « captain », idéalement au moment du briefing.

Les bases sont bien comprises par l’équipage ? Tant mieux, mais encore faut-il avoir bien anticipé la croisière et préparé son bateau avec soin…

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Pas besoin de renoncer au confort moderne pour être autonome en croisière, mais il faudra sûrement faire des choix… © Fountaine Pajot – Gilles Martin-Raget

Être autonome en mer : la préparation

L’autonomie en bateau, consiste à avoir de l’eau douce et de la nourriture en quantité suffisante et assez d’énergie pour garder le tout au frais, vous déplacer, avoir de la lumière, faire fonctionner les instruments et l’équipement de confort, etc. En ce qui concerne l’énergie, il faut commencer par connaître vos besoins. Et pour cela, vous n’avez pas d’autres choix que de sortir votre calculette et les notices de tous vos équipements fonctionnant à l’électricité à bord. Vous êtes prêt ? Alors retour sur les bancs du lycée pour un rappel : I (l’Intensité en Ampère) = P (la puissance en watt) / U (le voltage, en volt). Ce qu’il faut connaître, c’est la quantité d’électricité que vous allez consommer. Elle se calcule en Ah – ampère/heure – obtenue en multipliant le temps d’utilisation par l’intensité (I).
Prenons un exemple concret avec le feu de tête de mât : s’il est équipé de Leds, il va consommer 2,4 W contre 25 W s’il s’agit d’ampoules classiques (soit dix fois plus), le tout alimenté en 12 volts. Combien va consommer notre feu classique ? I (l’intensité que l’on recherche) = 25 watts (P = la puissance du feu) / 12 volts (U = le voltage) soit 2,1 A. Si vous le laissez allumer 12 heures, le feu en tête de mât va donc consommer 2,1 A x 12 heures = 25 Ah. Autre exemple : l’ordinateur portable qui consomme 3 A va consommer sur 24 heures 72 Ah.
Vous avez maintenant la théorie, il ne vous reste qu’à passer à la pratique en calculant votre besoin en énergie par 24 heures avec le réfrigérateur, le dessalinisateur, le radar, le pilote automatique, la cafetière, le micro-ondes, etc. Imaginons que vous arriviez à un total de 220 Ah (un bateau bien équipé pour la vie à bord), vous aurez donc besoin d’un parc batteries au minima de 220 Ah (de fait bien plus pour éviter qu’elles ne se déchargent complètement…). CQFD !

La suite consiste à charger ce parc de batteries toutes les 24 heures. Si votre seule source d’énergie est l’alternateur qui équipe votre moteur, il faudra que sa puissance soit minimum entre un tiers et un quart de la capacité du parc batteries à recharger. Dans notre exemple, si votre alternateur débite 60 Ah, vous devrez, pour recharger vos batteries, faire tourner le moteur… 4 heures par jour !

Pour éviter ce bruit de fond incessant de nombreuses heures tous les jours, vous pouvez équiper votre navire – selon votre zone de navigation et votre programme – de panneaux solaires, d’une éolienne, d’un hydrogénérateur et bien sûr d’un groupe électrogène. Chaque solution a ses avantages et ses inconvénients. Les panneaux solaires sont surtout utiles sous les tropiques ou en été, beaucoup moins en plein hiver ! Les éoliennes et hydrogénérateurs fonctionnent surtout quand vous êtes en navigation. Par définition, un mouillage est censé être protégé et donc le vent y est… faible et n’entraînera pas votre éolienne. L’hydrogénérateur est, lui, efficace dans une plage de vitesse donnée (souvent autour des 10 nœuds) et uniquement en navigation. Enfin, le groupe électrogène – bien protégé dans son cocon – est silencieux et produit une énergie abondante mais liée à une consommation de gasoil !

Attention, tous ces calculs n’ont de sens qu’avec un réseau électrique soigné, bien conçu et entretenu. Avant une grande croisière, le recours à un professionnel est utile pour une vérification complète et ainsi éviter les pertes d’énergie sur votre réseau. Sans compter le danger que représente un système électrique en mauvais état… Se retrouver sans électricité complique grandement la tâche du skipper et le risque d’incendie, l’un des pires dangers en bateau !

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: Le bassin de navigation importe peu : l’autonomie, c’est aussi et même avant tout, la sécurité !© Pexels – Inge Wallumrød

Autonomie en croisière : les techno-solutions au secours des marins ?

Ces dernières années, les recherches ont permis aux fabricants de proposer des évolutions techniques particulièrement utiles dans l’objectif d’une autonomie grandissante. Des batteries aux capacités importantes et rechargeables plus rapidement aux panneaux solaires flexibles intégrés aux voiles, mât ou directement dans la coque en passant par le rêve d’une énergie sans fin avec la fameuse pile à combustible, les nouvelles propositions excitent les propriétaires. La pile à combustible commence à apparaître sur certains bateaux. Le principe est simple : comme toutes les piles, celle-ci est constituée de 2 électrodes. Une chargée en méthanol ou en hydrogène provenant d’un réservoir, l’autre avec l’oxygène qui nous entoure. Le contact entre les deux va créer de l’électricité. Simple et économe (l’oxygène est gratuit), le système ne rejette que de l’eau. Le top ! Sauf que… il faut faire le plein de combustible (une dizaine de litres de méthanol pour une semaine d’électricité en moyenne, soit 70 euros environ de consommable) et que les stations sont rares dans les ports français - pour ne pas dire inexistantes – est introuvables en grande croisière ou dans les îles tropicales ! Mais la solution a forcément un bel avenir devant elle…

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La multiplication des systèmes engendre parfois des pannes que seul l'homme de l'art pourra trouver et résoudre. C'est la contrepartie à payer pour être autonome © Pexels - Andrea Piacquadio

Autonomie en croisière : quels sont les équipements vraiment indispensables ?

Il n’y a encore pas si longtemps – vers la fin du XXe siècle – les bateaux de croisière proposaient un confort que l’on qualifierait de spartiate aujourd’hui. L’évolution technologique, la facilité de produire à bord son énergie et à la stocker a généré une inflation des équipements embarqués. Climatisation, eau chaude à volonté, four à micro-ondes, cafetière « expresso », machine à glaçons, chasse d’eau électrique dans les toilettes ou télévision(s) sont maintenant des standards sur les unités de plus de 15 mètres, voire beaucoup moins. Est-ce un bien ? Ces équipements impliquent un entretien toujours plus poussé, un parc batteries plus important qu’il convient de charger – via de nouveaux équipements eux aussi générateurs d’entretien et de consommation. Nos bateaux sont devenus plus complexes à gérer et le moindre problème ne peut être résolu que par un technicien certifié et surtout très compétent (et cher). En 1 mot comme en 100 : posez-vous la question de l’utilité réelle de ce confort « comme à la maison » en croisière. Le glaçon est-il indispensable dans le Ti Punch (la réponse est non, jamais de glaçons dans les ti-punchs) ? Et la clim ? Dans un bateau naturellement ventilé par la douce brise du mouillage ? Si tout ce qui concerne la sécurité est naturellement important, les radars, AIS, système anti-OFNI, tous gros consommateurs d’énergie sont-ils si indispensables sur un placide croiseur dépassant rarement les 6 nœuds et à l’équipage pléthorique ? Alors avant de cocher toutes les options proposées par le vendeur, n’omettez pas de vous questionner sur l’importance d’embarquer ces objets habituels à terre, mais pas forcément si utiles en mer. Les complications qu’ils vont générer dans votre vie de marin valent-elles les petits plaisirs qu’ils procurent à bord ?

A chaque skipper de prendre sa (bonne) décision !

La véritable autonomie : savoir gérer l’imprévu

L’autonomie en croisière ne se limite pas à la quantité de nourriture, d’eau douce ou de fuel embarquée, mais aussi à votre capacité à gérer les petits soucis du quotidien qui ne manquent jamais d’arriver à bord d’un bateau. Un moteur qui ne démarre pas, un mouillage coincé dans une patate de corail, un hook qui refuse de faire son office, une coupure qui s’infecte, un problème sur le réseau électrique ou sur une pompe… les exemples ne manquent pas ! La véritable autonomie consiste à savoir et pouvoir gérer ces petits tracas (ou grosses galères) qui ne doivent pas obligatoirement vous emmener vers un port pour réparer. Une préparation minutieuse en amont vous permettra d’anticiper ces soucis ou du moins être en capacité de les gérer, en toute autonomie si besoin. Une formation poussée sur les gestes de premiers secours – surtout dans le cas de grandes traversées – est indispensable, tout comme la conception d’une bonne pharmacie du bord, avec l’aide de votre médecin de famille et d’un pharmacien connaissant les spécificités des voyages en mer. Attention, avoir les bons outils n’est pas d’une grande utilité sans les connaissances permettant de s’en servir. Dans le cas d’une croisière au long cours, il est tout aussi indispensable de suivre un stage de sécurité en mer. Plusieurs organismes dispensent ces stages qui donnent les clefs pour partir en mer sereinement.

Autre formation (très) utile, celle qui consiste à apprendre à entretenir et à réparer le ou les moteurs du bord. S’ils sont de plus en plus complexes et bardés d’électronique, certaines bases en mécanique permettent de diagnostiquer des pannes, de les réparer avec l’outillage et les pièces détachées adhoc que vous n’aurez pas manqué d’embarquer.

Enfin, n’oubliez pas qu’en mer nous sommes tous tributaires de la météo. Les outils proposés aujourd’hui sont d’une précision incroyable. Encore faut-il être capable d’analyser correctement les informations reçues à bord pour en tirer le meilleur parti. Là encore, choisir la bonne application et apprendre à s’en servir et un vrai gage de sécurité et donc… d’autonomie !

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Profiter et se contenter de ce que l’on a à bord : voici ce que l’on appelle le « bon sens marin ». © Pexels - William McAllister

En mer (comme à terre) : la bonne gestion des ressources disponibles

La vie en mer offre des plaisirs à nul autre pareil. Le prix à payer pour ces moments de bonheur intense, est d’accepter de ne consommer que ce qui est disponible à bord et donc, d’avoir la capacité à revenir à l’essentiel. Enfin, quand on parle de l’essentiel aujourd’hui en croisière, nous sommes tout de même très loin de ce qu’ont pu endurer en mer nos glorieux prédécesseurs. Les performances techniques des équipements proposés permettent d’envisager un confort à bord agréable et presque « comme à la maison ». Avec toutefois un prix à payer sur une perte – au moins partielle - de cette fameuse autonomie que l’on recherche, lorsqu’on navigue…

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…