Percuter l’invisible : comment gérer un choc avec un OFNI ?

Culture nautique

Tronc dérivant, conteneur semi-immergé, animal imprévisible… Les objets flottants non identifiés hantent l’imaginaire des navigateurs. Mais que se passe-t-il réellement lorsqu’un bateau heurte un OFNI en mer ? Au-delà du choc, c’est toute la structure qui est mise à l’épreuve. Analyse des mécanismes d’impact, du comportement des différentes coques et des procédures modernes qui font la différence entre un incident maîtrisé et une situation critique.

Tronc dérivant, conteneur semi-immergé, animal imprévisible… Les objets flottants non identifiés hantent l’imaginaire des navigateurs. Mais que se passe-t-il réellement lorsqu’un bateau heurte un OFNI en mer ? Au-delà du choc, c’est toute la structure qui est mise à l’épreuve. Analyse des mécanismes d’impact, du comportement des différentes coques et des procédures modernes qui font la différence entre un incident maîtrisé et une situation critique.

Crash test : ce qui se passe vraiment quand la mer met un obstacle sur votre route

La collision avec un OFNI se résume souvent à ces quelques mots : « on a tapé ». Puis viennent les images d’une coque marquée, d’un safran tordu ou d’une voie d’eau colmatée dans l’urgence. Cette (relative) simplification masque une réalité bien plus complexe. En mer, un impact n’est jamais un événement isolé ni anodin. C’est une séquence mécanique précise, où l’énergie se propage dans la structure du bateau, révélant ses forces mais aussi ses faiblesses.

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas seulement la nature de l’objet percuté qui décide de l’issue, mais l’endroit où le choc se produit, la vitesse du bateau et la manière dont la coque est conçue pour absorber ou redistribuer cette énergie. En quelques secondes, l’équilibre entre flottabilité, rigidité et compartimentation peut basculer.

OFNI : un même mot pour des impacts très différents

Derrière l’acronyme OFNI se cachent des scénarios de collision radicalement distincts. Un tronc d’arbre ou une bille de bois provoque un choc ponctuel, concentré sur une surface réduite. L’énergie s’injecte localement, favorisant fissures et ruptures de stratification. Sur une coque sandwich, la peau extérieure peut sembler peu touchée alors que le noyau est déjà écrasé, amorçant une dégradation invisible mais progressive.

À l’opposé, un conteneur métallique semi-immergé offre une surface rigide et peu déformable. Le choc devient brutal, avec une transmission d’efforts bien plus violente vers la structure. Dans la majorité des cas, ces objets ne flottent pas toujours haut sur l’eau. Certains évoluent entre deux eaux, à une profondeur suffisante pour frapper et endommager quille, saildrive ou appendices.

Les collisions avec des animaux, enfin, ajoutent une dimension imprévisible. Leur masse, leur déplacement et la zone d’impact varient d’un instant à l’autre. Les chocs générés n’impliquent pas forcément une perforation de la coque. Le plus souvent, ce sont les appendices qui cèdent les premiers, entraînant une voie d’eau et/ou l’impossibilité de faire route. Une situation qui peut devenir… critique !

La coque face à l’impact : là où tout se joue

Une coque n’est pas une enveloppe homogène. Elle est composée de zones aux fonctions distinctes, chacune réagissant différemment à un choc. La peau extérieure constitue le premier rempart. Sur un stratifié polyester ou époxy massif, elle encaisse en flexion et en cisaillement, offrant une certaine tolérance aux impacts modérés. Sur une structure sandwich, la rigidité globale est supérieure, mais la sensibilité aux chocs localisés augmente : le noyau peut se détériorer sans signe extérieur évident.

Derrière cette peau, le noyau, lorsqu’il existe, joue un rôle clé. En cas d’impact, il peut se fissurer ou se tasser, réduisant fortement la résistance résiduelle de la zone concernée. Le bateau peut rester étanche dans l’immédiat, puis révéler plus tard une infiltration lente ou une faiblesse structurelle sous l’effet de la mer et des charges répétées.

Les zones de reprise d’efforts constituent souvent le véritable point de bascule. Varangues, cloisons, emplantures de quille, tube de jaumière ou supports de saildrive sont conçus pour transmettre des charges continues, pas pour encaisser un choc brutal. Un OFNI n’a pas besoin de percer la coque pour devenir dangereux : il suffit qu’il crée du jeu, une fissure ou une rupture partielle dans l’une de ces zones pour compromettre la sécurité du bateau.

Matériaux : des comportements très contrastés

Le polyester stratifié, omniprésent dans la plaisance, possède une qualité souvent sous-estimée : sa capacité à absorber les petits traumatismes sans rupture immédiate. Les dommages sont généralement visibles et réparables, mais un choc sur un appendice ou une zone structurelle peut laisser des séquelles durables.

Les coques sandwich offrent de meilleures performances globales, au prix d’une moindre tolérance aux impacts ponctuels. Le danger réside dans les dommages internes, difficiles à diagnostiquer sans inspection approfondie. Une coque apparemment saine peut ainsi cacher une zone structurellement affaiblie.

L’aluminium, souvent perçu comme un matériau protecteur, se déforme avant de rompre. Cette ductilité limite les perforations, mais peut engendrer des criques ou des fissures, notamment au niveau des soudures. Le diagnostic est généralement plus lisible, mais la réparation exige des compétences et des moyens spécifiques.

L’acier encaisse remarquablement les chocs directs, mais sa masse amplifie la transmission des efforts vers les structures internes. Un impact peut laisser la coque intacte tout en endommageant supports, arbres ou gouvernails.

Quant aux composites haut module et au carbone, leur rigidité exceptionnelle s’accompagne d’une tolérance au choc plus faible. Ces matériaux imposent une surveillance accrue et une réaction rapide au moindre doute.

Quand le danger ne vient pas de la brèche

Les accidents les plus graves liés aux OFNI ne résultent pas toujours d’une voie d’eau spectaculaire. Dans de nombreux cas, c’est une défaillance structurelle secondaire qui précipite la situation : quille fragilisée, safran arraché, gouvernail bloqué. Un choc initial peut ainsi amorcer une rupture qui ne se manifeste pleinement qu’après plusieurs heures de navigation.

Les enquêtes menées sur des pertes de quille ou des chavirements rappellent l’importance cruciale de la conception et de l’état des zones structurelles. Un bateau peut continuer à naviguer après un impact, tout en étant déjà condamné si la structure porteuse est compromise.

Après l’impact : les réflexes qui font la différence

Les équipages qui s’en sortent décrivent presque tous la même séquence. D’abord, réduire la vitesse et stabiliser la trajectoire afin de limiter les efforts et d’éviter une aggravation des dommages. Ensuite, rechercher la réalité de la situation : écouter, observer, mesurer, sans se fier uniquement à l’apparence. Une voie d’eau peut provenir d’un passe-coque, d’un saildrive ou d’un tube de jaumière fragilisé.

La compartimentation devient alors déterminante. Lorsqu’une cloison de collision est présente, elle peut transformer une avarie grave en incident maîtrisable. En parallèle, la préparation d’un scénario de repli, sans précipitation, permet de gagner un temps précieux si la situation se dégrade.

La météo joue enfin un rôle central. L’évolution du vent et de la mer conditionne les options : poursuite vers un port, recherche d’un abri ou demande d’assistance.

Accepter le choc, empêcher le naufrage

La solution face aux OFNI ne réside pas dans la quête d’une coque indestructible. Le Titanic a démontré que cette recherche était illusoire. La vraie solution consiste en une conception plus tolérante aux avaries : compartimentation efficace, structures mieux pensées, inspection facilitée des zones critiques et capacité de l’équipage à répondre aux urgences. En mer, le véritable crash test n’est pas de sortir indemne d’un impact, mais de rester à flot et maître de la situation après avoir encaissé le choc.

C’est là que se joue la différence entre un simple incident de navigation et une urgence vitale.

Avant de partir en mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.