Sir Peter Blake : portrait d’un géant de la voile devenu vigie des océans

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Navigateur d’exception, meneur d’hommes charismatique, stratège redouté sur tous les plans d’eau du globe, Sir Peter Blake incarne à lui seul une époque héroïque de la voile moderne. Mais son héritage dépasse largement les victoires sportives. Car derrière le compétiteur acharné se dessinait déjà un homme habité par une conviction profonde : l’océan n’est pas seulement un terrain de jeu, il est un patrimoine mondial à défendre. Portrait d’un marin devenu symbole.

Navigateur d’exception, meneur d’hommes charismatique, stratège redouté sur tous les plans d’eau du globe, Sir Peter Blake incarne à lui seul une époque héroïque de la voile moderne. Mais son héritage dépasse largement les victoires sportives. Car derrière le compétiteur acharné se dessinait déjà un homme habité par une conviction profonde : l’océan n’est pas seulement un terrain de jeu, il est un patrimoine mondial à défendre. Portrait d’un marin devenu symbole.
© Ivor Wilkins

L’enfance d’un insulaire tourné vers le large

Né en 1948 à Auckland, en Nouvelle-Zélande, Sir Peter Blake grandit dans un pays où la mer façonne l’identité nationale. La culture maritime y est omniprésente, et les régates font partie du quotidien. Très jeune, Blake navigue avec son frère sur de petits dériveurs dans le golfe d’Hauraki. Il n’a rien d’un enfant prodige au sens académique du terme. Ce qui le distingue déjà, c’est une endurance mentale hors norme et une capacité à encaisser la fatigue sans jamais se plaindre. Il apprend vite que la mer récompense la rigueur et punit l’improvisation. Cette leçon ne le quittera jamais. À la fin des années 1960, alors que la course au large connaît un essor spectaculaire, il choisit de s’orienter vers les grandes épreuves océaniques. Son ambition est claire : se confronter aux plus dures courses autour du monde.

 

La Whitbread : école de l’extrême

La Whitbread Round the World Race représente alors l’épreuve ultime. Loin des bateaux ultralégers actuels, les voiliers engagés dans les années 1970 et 1980 sont lourds, rustiques, soumis à des contraintes structurelles énormes. Les équipages affrontent des semaines de mer sans escale, dans les mers du Sud, avec des systèmes météo rudimentaires.
Blake participe à cinq éditions de la Whitbread. Il y apprend le management humain dans des conditions extrêmes : tensions, fatigue chronique, froid intense, avaries à répétition. Il comprend que la performance ne dépend pas uniquement du bateau, mais de la cohésion d’un groupe. En 1989-1990, à la barre de Steinlager 2, il entre dans la légende. Son équipage remporte les six étapes de la course autour du monde, un exploit inédit qui ne sera jamais reproduit. Ce succès n’est pas seulement technique. Il repose sur une préparation méthodique, une discipline collective et une vision stratégique globale du parcours.
Blake impose un style : détermination absolue, refus du compromis, exigence permanente. Son image – barbe rousse, bonnet vissé sur la tête, chaussettes rouges devenues fétiches – devient iconique dans le monde de la voile.

© Wikipédia

L’America’s Cup : un défi national

Si la Whitbread forge le marin d’endurance, la America’s Cup révèle le stratège politique et technologique. La Coupe n’est pas qu’une régate : c’est un affrontement industriel, financier et national. À la tête de Team New Zealand, Blake transforme un défi jugé outsider en projet structuré, professionnel, ambitieux. Il sait fédérer des ingénieurs, des architectes navals et des sponsors autour d’une vision commune. En 1995, à San Diego, le défi néo-zélandais triomphe face aux Américains. Le bateau noir Black Magic devient un symbole d’audace technologique et de cohésion nationale. Pour la première fois, le plus ancien trophée sportif au monde quitte les États-Unis pour rejoindre la Nouvelle-Zélande.
La victoire dépasse le cadre sportif. Elle renforce la fierté d’un pays de 4 millions d’habitants qui s’impose sur la scène internationale grâce à l’excellence maritime. Blake, anobli par la reine, devient Sir Peter Blake. En 2000, il conserve la Coupe à Auckland, confirmant que le succès de 1995 n’était pas un accident. Pourtant, au sommet de sa carrière, il surprend en annonçant qu’il se retire de la compétition. Il veut consacrer son énergie à une autre bataille.

© The Sir Peter Blake Trust Collection / Alan Sefton.

L’éveil écologique : un marin face à la fragilité des mers

Au fil des années passées dans les mers australes, Blake observe les changements. Glaces plus instables, pollution visible, pression croissante sur les ressources halieutiques. Le compétiteur se transforme peu à peu en témoin inquiet. À la fin des années 1990, il lance les expéditions scientifiques Blakexpeditions à bord du voilier Seamaster. Son objectif est de documenter l’état des océans et d’en faire un sujet politique majeur. Il collabore avec des scientifiques, collecte des données, multiplie les conférences.
L’Antarctique devient un point central de son engagement. Blake comprend que ce continent glacé joue un rôle clé dans l’équilibre climatique mondial. Il plaide pour sa protection renforcée et alerte sur les conséquences du réchauffement planétaire. Son discours n’est pas militant au sens traditionnel. Il s’appuie sur son autorité de marin. Lorsqu’il parle de la mer, il parle d’expérience. Il évoque les houles du Sud, la glace dérivante, la solitude des longues traversées. Son témoignage a un poids particulier, car il vient d’un homme qui a affronté ces éléments.

 

Une fin tragique au cœur de l’Amazonie

Le 5 décembre 2001, lors d’une mission scientifique sur l’Amazone, Sir Peter Blake est tué par des pirates qui attaquent son navire. Il a 53 ans. Sa disparition bouleverse la communauté nautique mondiale. Au-delà de l’émotion, c’est la perte d’une voix influente pour la protection des océans qui frappe les esprits. Blake était en train de construire un réseau international d’acteurs engagés pour la mer. Son projet dépassait le cadre néo-zélandais.

 

Un héritage durable

Aujourd’hui encore, son nom reste associé à la performance et à la responsabilité. Des fondations éducatives en Nouvelle-Zélande poursuivent son travail de sensibilisation auprès des jeunes. Son message continue d’inspirer les navigateurs engagés dans des campagnes scientifiques ou environnementales. Dans un monde où la voile de compétition s’oriente vers la haute technologie et la quête de records, la figure de Blake rappelle que la mer n’est pas qu’un support de performance. Elle est un écosystème fragile, un espace commun. Sir Peter Blake a remporté les plus grandes courses de son époque. Mais sa véritable victoire réside peut-être ailleurs : dans cette prise de conscience précoce que les marins ont un rôle à jouer dans la défense des océans. Géant de la voile, il fut aussi l’un des premiers à comprendre que l’avenir de la navigation dépendrait de la capacité à préserver ce qui la rend possible. Et c’est sans doute pour cela que son sillage reste, aujourd’hui encore, profondément vivant.
 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.