Pourquoi il ne faut pas enlever les posidonies échouées sur les plages

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Les amas bruns déposés par la mer sont souvent pris pour des algues sales. Ce sont pourtant les feuilles mortes d’une plante marine protégée. En formant des banquettes, elles amortissent les vagues, retiennent le sable et nourrissent tout un écosystème littoral.

Les amas bruns déposés par la mer sont souvent pris pour des algues sales. Ce sont pourtant les feuilles mortes d’une plante marine protégée. En formant des banquettes, elles amortissent les vagues, retiennent le sable et nourrissent tout un écosystème littoral.

© AdobeStock - Laura

 

Une plante marine et non une algue

La posidonie, Posidonia oceanica, est une plante à fleurs endémique de la Méditerranée. Elle possède des racines, des rhizomes, des feuilles et produit même des fruits. Sous l’eau, elle forme de vastes herbiers qui abritent des poissons juvéniles, fixent les sédiments, produisent de l’oxygène et stockent du carbone dans leurs mattes pendant de très longues périodes.

Comme les plantes terrestres, elle renouvelle ses feuilles. Une partie se détache naturellement, surtout à l’automne, puis dérive avant d’être rejetée sur le rivage. Les feuilles brunes qui s’accumulent sur la plage ne signalent donc pas la mort de l’herbier. Elles appartiennent à son cycle saisonnier.

Leur aspect sombre et leur odeur lorsqu’elles se décomposent expliquent leur mauvaise réputation. On les appelle parfois à tort des algues ou des déchets. Lorsqu’elles s’entassent en couches épaisses et compactes, les scientifiques parlent de banquettes de posidonie. Ces formations peuvent rester plusieurs mois, disparaître sous l’effet d’une tempête puis se reconstituer ailleurs.

Une digue souple construite par la mer

La banquette absorbe une partie de l’énergie des vagues avant qu’elles n’atteignent directement le sable. Sa structure fibreuse agit comme un amortisseur. Elle limite le déferlement sur le haut de plage, protège le pied des dunes et réduit la quantité de sédiments emportés pendant les épisodes de forte mer.

Les feuilles piègent également du sable entre leurs fibres. Une banquette n’est donc pas seulement un tas de végétaux posé sur la plage : elle contient une part du stock sédimentaire du rivage. Lorsqu’un engin enlève les feuilles, il emporte souvent du sable en même temps. Répétée chaque saison, cette opération peut abaisser la plage et accroître sa vulnérabilité.

La protection dépend de la forme du littoral, de l’exposition aux vagues et de l’épaisseur des dépôts. Elle ne remplace pas toutes les politiques contre l’érosion, mais elle constitue une défense naturelle gratuite et mobile. La supprimer juste avant la saison des tempêtes revient à retirer une partie du rempart que la mer a elle-même installé.

Un passage de nutriments entre la mer et la terre

Une plage de sable semble pauvre, mais sa laisse de mer abrite de nombreux organismes. De petits crustacés, insectes et vers consomment les débris végétaux ou y trouvent refuge. Ils nourrissent ensuite des oiseaux du rivage. Les feuilles transportent aussi de la matière organique et des nutriments vers le haut de plage et les dunes.

Ce transfert relie l’herbier sous-marin à l’écosystème terrestre. Les végétaux pionniers des dunes bénéficient de cette matière et contribuent à leur tour à fixer le sable. Retirer systématiquement tout ce qui est naturel pour obtenir une plage uniforme interrompt cette continuité écologique.

Les petites pelotes brunes et fibreuses que l’on trouve parmi les feuilles sont des égagropiles. Elles se forment lorsque les vagues roulent et agglomèrent les fibres de posidonie. Elles ne sont ni des nids ni des déchets manufacturés, mais un autre produit du brassage naturel de la plante morte.

Le nettoyage mécanique peut faire plus de dégâts que prévu

Les communes subissent une forte pression pour présenter des plages de sable nu pendant la saison touristique. Les banquettes gênent parfois la baignade, l’accès à l’eau, la mise à flot des embarcations ou certaines activités. Elles peuvent aussi retenir des plastiques et dégager une odeur lorsqu’elles fermentent dans une zone peu brassée. Ces difficultés sont réelles, mais elles ne justifient pas un enlèvement général.

Les engins mécaniques mélangent feuilles, sable et déchets. Le passage répété des tracteurs compacte le haut de plage, détruit la petite faune et peut endommager la végétation dunaire. Les volumes retirés deviennent ensuite difficiles à trier et à valoriser. La plage paraît plus propre, mais elle perd de la matière et une partie de son fonctionnement naturel.

La posidonie est protégée en France. La gestion de ses feuilles mortes et de ses banquettes est donc encadrée. Les opérations doivent privilégier leur maintien sur place ou leur remise dans le cycle naturel, avec des solutions adaptées lorsqu’un impératif de sécurité, de salubrité ou d’accès impose un déplacement.

Des compromis existent pour les plages fréquentées

Laisser toutes les banquettes en place toute l’année constitue la solution la plus favorable à l’écosystème, mais elle n’est pas toujours compatible avec les usages d’une plage urbaine. Plusieurs collectivités expérimentent des gestions différenciées. Les dépôts sont conservés en hiver, période où leur rôle contre les tempêtes est maximal, puis déplacés de façon limitée au début de la saison balnéaire.

Les feuilles peuvent être regroupées sur une portion moins fréquentée, replacées au pied d’une dune, temporairement stockées puis remises sur la plage après l’été, ou intégrées dans des couches alternées avec du sable. Le nettoyage manuel retire les bouteilles, emballages, mégots et autres déchets humains sans enlever la matière naturelle.

Ces méthodes demandent davantage de temps et d’explications qu’un passage de cribleuse. Elles préservent cependant le sable et rendent visible la différence essentielle entre pollution et laisse de mer. Une plage naturelle n’est pas une plage abandonnée ; c’est une plage entretenue en respectant ce qui vient du milieu.

Changer notre idée de la plage propre

L’obstacle principal est souvent culturel. Les brochures touristiques ont imposé l’image d’un sable clair, lisse et dépourvu de tout dépôt. Une banquette sombre est alors perçue comme un défaut d’entretien, même lorsqu’elle prouve la présence d’un herbier voisin et protège le rivage.

Informer sur place change progressivement le regard. Un panneau peut expliquer que les feuilles sont naturelles, qu’elles amortissent les vagues et qu’elles retiennent le sable. Des cheminements permettent de rejoindre l’eau sans piétiner toute la banquette. Le ramassage ciblé des déchets humains montre que la commune intervient sans effacer l’écosystème.

Le visiteur peut lui aussi agir. Il ne faut pas déplacer de grandes quantités de feuilles, creuser la banquette avec un engin ou jeter les égagropiles à la poubelle. Il faut en revanche retirer un plastique visible sans emporter la matière végétale, respecter les zones dunaires et accepter que la Méditerranée dépose sur ses plages une partie de son propre herbier.

Conserver les posidonies échouées ne revient donc pas à renoncer au confort ou à l’accueil du public. Cela consiste à gérer la plage comme un milieu vivant. À l’heure où le sable recule sur de nombreux littoraux, enlever une protection naturelle pour obtenir quelques mois de sable nu est un calcul de plus en plus difficile à défendre.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.