
Le temps où l’être humain n’accordait à l’animal qu’un statut de machine sans cerveau ni sentiment n’est pas encore totalement révolu : certaines idées sans fondement, comme celle de la mémoire inexistante des poissons (voire de leur absence de cerveau) sont encore répandues. Les scientifiques ne s’intéressent aux capacités mentales des poissons que depuis quelques années, mais leurs découvertes sont déjà immenses. Qu’ils soient sauvages, ou domestiques, de nombreuses espèces de poissons ont prouvé une réelle forme d’intelligence, associée à une bonne mémoire, une capacité d’apprentissage, de déduction et même un comportement joueur. Selon Culum Brown, de l’Université de Macquarie en Australie, éminent spécialiste sur le comportement des poissons : «les poissons sont beaucoup plus intelligents que ce que l’on croit. Dans certains domaines, comme la mémoire, ils sont aussi bons, et parfois plus encore, que la plupart des mammifères terrestres».
De la mémoire, des jeux, et même des «traditions» !
Parmi les poissons sauvages, ceux dont les capacités ont le plus étonné (et qui ont aussi été les plus étudiés) sont les carpes, les poissons chats, les saumons, les truites, mais aussi une espèce plus méconnue : le poisson éléphant d’Afrique. Son cerveau atteint 1/50 du poids de son corps, soit légèrement plus que celui de l’humain en comparaison. Elevé en aquarium, ce poisson a été observé en train de jouer avec des objets, comme une balle, en la poussant sur le courant envoyé par la pompe à filtre de l’aquarium, juste pour le plaisir de la voir défiler à travers son bac. Le poisson éléphant est également connu pour porter assistance à ses congénères en difficulté. Mais les poissons n'utilisent pas seulement des outils pour jouer : en 2011, une équipe de scientifiques a filmé en Méditerranée un labre vert utilisant un rocher pour ouvrir une palourde. L’utilisation d’un outil est considérée comme étant la preuve d’une «intelligence supérieure» dans le monde animal.
Les truites et les carpes sont capables de retenir une mauvaise expérience liée à la pêche : si elles ont été pêchées grâce à un certain type de nourriture, puis remises à l’eau, beaucoup d’entre elles sont capables de bouder ce type de nourriture en particulier, désormais associé à une mauvaise expérience. Les poissons chats possèdent aussi un cerveau très développé : une expérience menée sur des barbues de rivière, de gros poissons chats vivant dans les rivières d’Amérique du Nord, a montré que ces poissons étaient capables de reconnaître la voix humaine de la personne qui les nourri jusqu’à 5 ans après les avoir quitté !
Selon le spécialiste Culum Brown, un banc de poissons n’est pas un groupe qui nage de manière aléatoire. Les poissons vivent souvent dans des sociétés complexes et hiérarchisées, dans lesquelles les individus se reconnaissent et occupent chacun une place dans le groupe. Comme d’autres espèces à l’intelligence supérieure (grands singes, dauphins…), certaines «traditions» propres à un banc peuvent être transmises d’une génération à l’autre : une manière de pêcher, ou encore, une «route» à suivre pour trouver de la nourriture.
Les poissons «de compagnie» , plus familiers qu’il n’y paraît
Certaines espèces de poissons ont été domestiquées par l’homme, puis façonnées de générations en générations, pour un but purement récréatif. C’est le cas des carpes d’ornement, des poissons rouges (domestiqués il y a plus de 1000 ans), des poissons combattants (Betta Splendens, domestiqués il y a 500 ans) ou encore des Scalaires. Ces variétés, sélectionnées pour leur beauté et reproduites au cours des derniers siècles en fonction de critères précis, ne ressemblent plus à leurs congénères sauvages. Il s’agit d’espèces purement «fabriquées» par l’homme pour le simple plaisir de vivre avec. Il semblerait que les espèces domestiquées depuis longtemps aient développées des capacités plus familières, leur permettant d’interagir avec leurs compagnons… humains. Une évolution constatée chez toutes les espèces domestiquées par l’homme : il s’agit des animaux de compagnie. Il a été prouvé que les plus familiers d’entre eux, les carpes Koï, les poissons rouges et les poissons combattants, reconnaissent parfaitement leur « maître », la personne qui s’occupe le plus d’eux, et le différencie donc des autres personnes. Ces trois espèces (et très certainement beaucoup d’autres) sont également capables de reconnaître la boîte de nourriture en fonction de sa couleur : si leur boîte de nourriture est bleue, les poissons s’agiteront à la vue de leur boîte ou d’une autre boîte à la couleur similaire, tandis qu’ils ne réagiront pas à une boîte verte ou rouge. Plus étonnant encore, certains poissons, comme les carpes, apprécient les caresses et n’hésitent pas à solliciter la main de leur propriétaire dès lors qu’elle est plongée dans l’eau.
Depuis l’essor des vidéos sur le web, il ne se passe pas une seule journée sans que de nouveaux tutoriels apparaissent en ligne : «comment apprendre des tours à votre poisson», «comment apprendre à votre poisson à passer dans un anneau», «comment apprendre à votre poisson à...mettre une balle dans un but» ! Exactement comme pour les chiens et les chats, la récompense sous forme de nourriture permet un apprentissage rapide. Et pour les meilleurs des poissons, il suffit parfois d’une seule démonstration pour que l’exercice soit reproduit et enregistré ! Les dernières recherches mettent d’ailleurs en évidence une mémoire d’un an pour certains tours appris en laboratoires, même lorsque que le tour en question n’a pas été demandé au cours de l’année entière…