Quand la météo change les ordonnances

Jeudi 28 novembre 2013 à 9h09

L'automne met nos nerfs à rude épreuve alors que dire des marins partis sur l'Atlantique ? Ils sont costauds, mais ils puisent au plus profond de leur réserve pour atteindre les plus hauts sommets de la compétition.

L'automne met nos nerfs à rude épreuve alors que dire des marins partis sur l'Atlantique ? Ils sont costauds, mais ils puisent au plus profond de leur réserve pour atteindre les plus hauts sommets de la compétition.

C’est pour des raisons météo que les courses transocéaniques au départ de l’Europe se font à l’automne. On cherche à naviguer sans être menacé par les cyclones tropicaux qui sévissent de juin à octobre sur l’Atlantique Nord, et avec de préférence un bon alizé qui s’installe en même temps que l’anticyclone d’hiver sur les Açores. Mais comme on ne peut pas toujours tout avoir (le beurre, l’argent du beurre et …) il faut faire avec les dépressions du système perturbé qui affectent alors nos régions.
Vous avez remarqué, dans ces derniers mots, comme le vocabulaire météo peut sentir le médical. Il peut sentir aussi l’économique mais c’est une autre histoire.

 
L’automne est anxiogène.


Pour Monsieur ou Madame Toutlemonde, on le sait, c’est quasi mécanique, la diminution de la température et l’augmentation de la longueur de la nuit, intensifient les troubles anxiogènes. Il n’y a pas que cela. Les variations barométriques qui s’accompagnent de changements brutaux du vent et de l’humidité au passage des perturbations, réveillent des douleurs articulaires, des pressions sur les terminaisons nerveuses, des migraines. Des études tentent de démontrer que les basses pressions barométriques affectent nos corps en amenuisant la force gravitationnelle. On se sentirait alors plus lourd. Puis, les hautes pressions et l’air sec des anticyclones apportent un léger répit. Mais en automne ces changements sont rapides et répétés, notre mécanique a du mal à suivre. Au lieu de nous dérouiller, cet « effet yoyo » induit, en nos points sensibles, un stress répétitif qui n’a rien de réparateur.
 

Pour Monsieur ou Madame Skipper, cette saison 2013 a été, du point de vue météo yo-yo, particulièrement éprouvante. Le paroxysme de la douleur a sans doute été atteint lors des épisodes « départs reportés », par principe de précaution, tant pour la Transat 6.50 que pour la Transat Jacques Vabre.


La première, dont le départ de Douarnenez devait pourtant permettre une « expectoration » efficace du Golfe de Gascogne, a vu son départ annulé le dimanche 13 octobre sans perspective de rétablissement rapide. Longue et pénible incubation durant laquelle les coureurs se consolaient sur le mode « il suffit de penser dans quel état on serait si on était parti ». Attente anxieuse pour une flotte qui connaît des piques de fièvre avec un départ possible dans les prochaines 36h annoncé le 23 et chute de tension avec un nouveau report décidé le 24 octobre. Enfin une libération entre deux dépressions le 28 mais dans une ambiance de toux souffreteuse qui se traduit par des abandons en série.

Ici, je ne résiste pas à l’envie de vous donner la description (un peu édulcorée, il est vrai) de la toux par wikipédia : « contraction spasmodique soudaine et souvent répétitive, dont résulte une expulsion violente d'air usuellement accompagnée d'un son distinctif.» Pour le son, je pense que l’on parle du vent dans le gréement qui sait jouer, en plus fort, le registre des cordes vocales.
 

En mer, malgré le mal de mer on est là pour ça, les choses devraient s’arranger. Mais, convalescence fragile ou peut-être même infection nosocomiale, rechute de la pression atmosphérique et du moral, hausse des vagues et de la fatigue… le médecin directeur de course décrète une pause pour permettre un meilleur rétablissement dans un port espagnol.
Ne poursuivons pas ce bulletin de santé jusqu’à l’arrivée, la luminothérapie alizéenne, les coups de chaleurs tropicales, les brûlures au soleil… on le devine, météo et bobo iront de pair jusqu’au bout.


Les concurrents de la Transat Jacques Vabre auront eux aussi connu les affres du départ reporté. Puis vient tout de suite, pour les pilotes de multicoques, le stress que le commun des mortels ne peut pas imaginer jusqu’à ce qu’une vague traitresse vous mette sur le dos et vous immobilise, comme stoppé net par une lombalgie paralysante dont on ne se remet pas sans l’aide de secours. Antiinflammatoire, ostéo, on peut tout essayer mais c’est surtout de patience qu’il faut s’armer pour se reconstruire. A l’autre extrémité de la longue chaîne des états d’âme, les vainqueurs, déjà arrivés après à peine plus de 11 jours de course, se relâchent complètement. Maintenant ils sont pris d’une certaine ivresse avec la terre qui bouge sous leurs pieds alors que les vagues, normalement, sont restées en mer. La météo les a tellement sollicités, les corps ne s’en remettent que peu à peu. Et puis il y a cette fameuse dette de sommeil qu’il faut rembourser aussi.

 

Si Monsieur ou Madame Toutlemonde se plaint des effets de la météo c’est souvent pour exprimer sa propre anxiété. La psychanalyste Marie Romanens dit que « C'est une façon de signifier son mal-être tout en restant dans son quant-à-soi.»
 

Si Monsieur ou Madame Skipper se plaint de « passages à vide » liés à une météo contrariante, c’est avec les autres qu’il revit mentalement sa course. Il cherche les remèdes qui lui permettront, peut-être, la prochaine fois, à l’aide d’un vaccin ou d’un traitement homéopathique, de ne pas subir mais d’utiliser l’instabilité du vent. En tout cas, partager ses souvenirs aide au retour à terre.

 

De mon côté, pas moins de cinq velux pour éclairer mon bureau : je suis en luminothérapie permanente.
 

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.