Panique à bord : mon alternateur ne charge plus

Mercredi 10 octobre 2018 à 16h43

Tous les bateaux avec un moteur in-bord ou un hors-bord d’une certaine puissance sont équipés d’un alternateur. Que faire s'il ne charge plus ? Nous avons posé la question à un chantier malouin.

Sur la majorité des bateaux, l'alternateur est le seul moyen de recharge en navigation et au mouillage. Un problème d'alternateur signifie plus de recharge de batterie et rapidement plus de courant à bord.
Tous les bateaux avec un moteur in-bord ou un hors-bord d’une certaine puissance sont équipés d’un alternateur. Que faire s'il ne charge plus ? Nous avons posé la question à un chantier malouin.

L'alternateur assure la recharge des batteries lorsque le moteur est en marche. Sur la majorité des bateaux, c’est le seul moyen de recharge en navigation et au mouillage. Un problème d’alternateur signifie plus de recharge de batterie et rapidement plus de courant à bord. Pour en savoir plus, nous avons interrogé le chantier Chatelais Le Gall, motoriste à Saint-Malo. Mais pour lui tout ce qui concerne les moyens de recharge tournant (alternateur et démarreur) est une affaire de spécialiste. Lorsqu’un problème se présente sur un bateau de plaisance ou professionnel, il fait appel aux Etablissements Balavoine à Lamballe, spécialiste dans ce domaine. Nous nous sommes rendus dans cet établissement pour en savoir plus.

Comment ça marche ?

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L'alternateur est l'équipement qui assure la recharge des batteries en navigation.© Albert Brel

Un alternateur est un élément mécanique qui, lorsqu'il est mis en rotation, transforme l'énergie mécanique en énergie électrique. La partie tournante (rotor) est un électro-aimant. En pratique, il est constitué de deux coquilles formant trois électro-aimants. La partie fixe (stator) est constituée de trois bobines décalées de 120°. L’électro-aimant, à l’inverse d’un aimant, doit être alimenté (excitation) pour générer un champ magnétique. Cette alimentation est assurée par des bagues en cuivre sur lesquelles frottent des balais (charbons). Lorsque l’électro-aimant (polarité – et +) passe devant les bobines du stator, par induction électromagnétique, un courant alternatif triphasé apparaît aux bornes des bobines d’où le nom d’alternateur. Pour rendre ce courant compatible avec les batteries, il est redressé en courant continu par des diodes de puissance et stabilisé par un régulateur. Sur un moteur de bateau, l’alternateur est accouplé par une courroie entrainée par le moteur. Par construction, il fournit une tension compatible avec les batteries et un courant qui dépend de sa puissance. Sur les bateaux, les modèles les plus communs vont de 55 à 70 ampères voire 115 ampères sur la nouvelle génération de moteurs. Un tel alternateur qui ne dispose d'aucun réglage (tension, courant) est dit de maintenance. En pratique, il est relié directement aux bornes des batteries. Il en assure la recharge qui est régulée (tension courant) par le régulateur électronique interne.

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Courroie trapézoïdale© Albert Brel

Incidents de fonctionnement et maintenance

Pour en savoir plus, nous nous sommes rendus aux Etablissements Balavoine et nous avons interviewé son directeur.

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Sur les nouveaux moteurs, la courroie trapézoïdale est bien souvent remplacée par une plate, plus fiable. © Albert Brel

Un alternateur est-il un équipement fiable ?

Ma réponse est oui. Il suffit de regarder dans le domaine de l’automobile, il est rare de rencontrer des disfonctionnements avant plusieurs dizaines de milliers de kilomètres.

Faut-il en déduire qu’il n’y a aucun entretien ?

Non, lors des révisions générales du véhicule (tourisme et industriel), le garagiste s’assure du bon fonctionnement, qu’il n’est pas bruyant, vérifie la courroie, au besoin la change et toutes les connexions électriques sont nettoyées.

En utilisation sur un bateau, on retrouve le même entretien ?

Au minimum oui, mais l’air salin étant corrosif, l’examen est plus approfondi, en particulier, au niveau de la connectique.

Quels sont les incidents les plus courants ?

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Un mauvais contact à la cosse d'excitation est l'une des cause d'un fonctionnement aléatoire.© Albert Brel

Tout d’abord, la courroie qui peut se détendre. Elle entraîne une charge fluctuante et à terme l’usure prématurée des poulies. Ensuite, le câble entre l’alternateur et la batterie. S’il vient à se casser ou à se desserrer, le régulateur est instantanément grillé. Mais aussi, l’alignement des poulies qui entraine une usure rapide de la courroie.

Un alternateur qui n’assure plus sa fonction doit-il être changé ou réparé ?

Lorsque l’on est amené à vérifier un alternateur (fonctionnement aléatoire ou défectueux), on le démonte, on change systématiquement les roulements, le régulateur et les charbons, on nettoie l’ensemble et si besoin on reprend les bagues au tour. Si les bobinages sont défectueux, il est préférable de changer l’alternateur mais en principe ce point est très rare et détecté au banc avant démontage. Pour une révision complète (alternateur plaisance) avec changement des pièces (régulateur, charbons, roulements) il en coute entre 180 et 250 euros. 

Réparer ou changer d’alternateur ?

Les motoristes utilisent des alternateurs qui sont soit développés spécifiquement pour eux soit ils se tournent vers de grandes marques (Valéo, Bosch, Lucas, etc.). Lorsque l’on est amené à changer des éléments, on utilise des pièces d’origine certifiées. Si on doit le remplacer, on se tourne vers un modèle conseillé par le motoriste jamais vers un produit compatible.

Pas de produit compatible ? Pourquoi ?

Dans ce domaine, il y a le pire et rarement le meilleur. Si mécaniquement, il se met en lieu et place y compris la connectique, on n’est jamais assuré de sa durée dans le temps et de la possibilité de le réparer.

Quels risques encourus avec un alternateur défectueux ?

Sur un bateau, il y en a plusieurs. Le premier une absence de charge et une décharge rapide des batteries. Une courroie qui casse peut entrainer une surchauffe moteur car bien souvent elle entraîne la pompe à eau. Une tension de sortie trop élevée, un échauffement des batteries qui peut aller jusqu’à l’explosion.

Quels sont les symptômes d’un disfonctionnement ?

C’est le voyant de charge (rouge) qui donne l’alerte. En effet, s’il s’allume alternativement, c’est bien souvent la courroie détendue ou les poulies ovalisées. S’il s’allume franchement, c’est la courroie qui est cassée ou le régulateur défectueux. Une tension trop élevée est synonyme d’un régulateur qui n’assure plus sa fonction.

Avez-vous des conseils à donner aux plaisanciers ?

Le premier est de vérifier régulièrement l’état de la courroie et au besoin la retendre (avec une flèche d’environ 1 cm.). En cas d’usure, même minime il faut la changer et avoir toujours à bord une courroie d’origine de rechange. Ne pas attendre la panne pour faire vérifier l’alternateur surtout s’il a un fonctionnement aléatoire.

Lorsque l’on envisage une grande croisière, des précautions particulières ?

Oui, faire vérifier votre alternateur par un spécialiste. Pour la maintenance, prévoir des courroies voire des pièces de rechange. Vous ne les changerez sans doute pas à bord à moins d’avoir pris conseil avant le départ auprès d’un spécialiste mais elles peuvent vous être utiles lors d’une escale pour les donner à un spécialiste qui n’a pas nécessairement les bonnes pièces (roulement, charbons, régulateur).

Nos conseils

Ils rejoignent ceux donnés par les Etablissement Balavoine (tél 02 96 31 02 60). Mais, comme nous l’avons vu, les conséquences d’un alternateur défectueux peuvent être graves. Nous reviendrons dans un prochain article sur la détection des pannes et les remèdes de fortune pour éviter un incident sérieux.

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Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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