Plongée : la vie cachée de la « muck »

Jeudi 16 août 2018 à 17h24

Ce ne sont pas les barrières récifales investies par des nuées de poissons aux couleurs électriques, ni les bancs compacts de pélagiques naviguant dans le bleu, ni les grands prédateurs ou mammifères qui attirent dans la « muck dive ». Au contraire, dans ce genre de plongée - littéralement : « plongée boue » - il faut être sensible aux conditions peu amènes, mais surtout fin observateur.


L'île de Lembeh vue depuis le port de Bitung, sur la côte de Sulawesi. / Wikimedia

Une visibilité souvent réduite, des plongées peu profondes, allant rarement au-delà de 20-25 m, sur des fonds de sable ou de vase plutôt désertiques… A priori, pas de quoi s'enthousiasmer. Pourtant, la « muck dive » est aujourd'hui une activité de plongée à part entière, avec ses destinations dédiées. Le détroit de Lembeh, dans la mer des Moluques, en Indonésie, compte parmi les plus emblématiques. De surcroît, le sable, ici, est noir ! Le détroit sépare l'île de Lembeh de la côte nord-est de Sulawesi. Il est assez étroit, de 200 à 500 m de large, et long d'une quarantaine de kilomètres. Les plongées s'organisent sur ses deux rives.

Le poisson-mandarin, aux couleurs éclatantes. / Wikimedia

Un bestiaire étrange

Passée la première impression de dénuement, c'est tout un monde d'espèces étonnantes, et plutôt rares, qui se révèle au plongeur patient et observateur. Le camouflage, l'enfouissement, le mimétisme sont les principales stratégies de survie dans ce paysage. La pieuvre mimétique (Thaumoctopus mimicus) est unique, capable, en se contorsionnant et en changeant de couleur, d'imiter une quinzaine d'espèces d'animaux marins, parfois très éloignées d'elle. Elle peut prendre l'apparence et adopter les mouvements d'une rascasse volante, d'une squille, d'un coquillage, d'un poisson-grenouille ou d'un poisson plat… L'hippocampe pygmée (Hippocampus bargibanti), quant à lui, ne mesure pas plus de deux centimètres (c'est la plus petite espèce d'hippocampe répertoriée) et adopte une tenue de camouflage imparable : il porte des excroissances bulbeuses sur le corps, qui sont de la même couleur que la gorgone sur laquelle il vit : corps blanc et tubercules roses à rouges sur Muricella plectana, corps jaune et tubercules orange sur Muricella paraplectana.

Comment se fondre dans son milieu ? Démonstration d'une sole d'une quarantaine de centimètres. / Wikimedia

Le détroit de Lembeh est particulièrement réputé pour sa profusion de poissons-grenouilles (les antennaires). Le poisson est facilement repérable lorsqu'il se met en mouvement, lui qui « marche » sur le fond en se propulsant plus qu'il ne nage, alors il reste le plus souvent totalement immobile ; adoptant une texture de peau et une couleur en tous points semblables à son milieu environnant, il se confond en une pierre, une éponge, une algue… prêt à gober la proie malheureuse qui se laissera abuser par son leurre pêcheur ; la terminaison de sa première épine dorsale est en effet une redoutable canne à pêche.

Contraste des couleurs

La seiche flamboyante (Metasepia pfefferi) est la seule espèce de seiche capable de « marcher » sur le fond. Sa chair est toxique, ce dont elle informe ses prédateurs par son rouge vif. / Wikimedia

D'autres espèces contrastent au pays de la muck par leurs couleurs chatoyantes. Comme à leur habitude, les nudibranches sont superbes. Ces mollusques gastéropodes, dépourvus de coquilles, ont des branchies externes, disposées en touffes bien visibles sur le corps (on parle de branchies nues, d'où leur nom). Il en existe une grande variété de par le monde, rivalisant de formes, de couleurs, d'ornementations, mesurant de quelques millimètres et à une dizaine de centimètres. Ces « limaces de mer » sont sans doute les plus beaux mollusques marins.

Les poissons-mandarins (Synchiropus splendidus) plaisent aussi beaucoup. Le petit dragonnet de 6-7 cm, recouvert d'une fine peau sans écailles, offre, comme son nom l'indique, une livrée des plus resplendissantes, orangée et bariolée de bleus vif et turquoise, quelquefois ponctuée de vert ou de jaune d'or. Parmi les trésors de Lembeh, la seiche flamboyante (Metasepia pfefferi), à la chair très toxique, l'apogon de Kaudern (Pterapogon kauderni), originaire des îles Banggaï toutes proches, la délicate et élégante crevette arlequin (Hymenocera picta) ou l'étrange poisson-fantôme (Solenostomus paradoxus) intrigueront également vos plongées.

Le poisson-scorpion d'Eschmeyer (Rhinopias eschmeyeri), avec sa tête disproportionnée et sa gueule protubérante. / Wikimedia

Si Lembeh reste la référence, avec depuis longtemps ses fidèles, d'autres endroits du bassin Indo-Pacifique commencent à s'apprécier : les îles indonésiennes de Bali, d'Ambon ou d'Alor, les îles Negros et Cabilao dans l'archipel des Visayas aux Philippines, ou encore la Papouasie Nouvelle-Guinée.

 

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